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La vie musicale au Liban

Alexandre Hawari de Oct 8, 2015 - 16:43 dans Société et culture

Après Compositeurs libanais : XXe et XXIe siècles, [Séguier, 2011], Zeina Saleh Kayali publie aux éditions Geuthner La Vie musicale au Liban, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Elle nous parle de ce nouvel ouvrage et de sa démarche générale de valorisation des compositeurs libanais et de leurs musiques.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un ouvrage sur la vie musicale au Liban ?
Ce livre n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une démarche bien plus large que je mène depuis 2006 et que j’espère pouvoir mener longtemps encore : réhabiliter et valoriser le patrimoine musical libanais de musique classique – ou savante – qui présente des caractéristiques extraordinaires. Il est foisonnant, passionnant, multiple, riche et souvent, hélas, ignoré de nos compatriotes.
Un premier ouvrage publié en 2011 faisait l’inventaire des compositeurs libanais de musique savante et de leur catalogue, tant au Liban qu’à travers le monde. Il a nécessité cinq ans de recherches, d’enquêtes et d’entrevues – les sources écrites sont rarissimes.
Puis, en 2012, au collège Notre-Dame de Jamhour, le Centre du patrimoine musical libanais – CPML-espace Robert Matta – voyait le jour. Son but est de rassembler, conserver et valoriser les archives des compositeurs et des interprètes libanais de musique savante. Il a déjà reçu un grand nombre de trésors et j’espère que ce n’est qu’un début !
Et maintenant, cet ouvrage qui a nécessité trois ans de recherches et d’enquêtes – toujours le problème du manque de sources écrites sur notre musique classique…

Cet ouvrage est-il la suite du précédent ?
Non, ce sont deux livres totalement différents. Compositeurs libanais : XXe et XXIe siècles était beaucoup plus technique. Un inventaire des compositeurs libanais de musique savante, présenté en fiches, et qui s’est avéré un outil de travail pour les musiciens. La Vie musicale au Liban est au contraire un récit chronologique de l’évolution de la vie musicale au Liban de 1870 à nos jours. Quels événements, quelles personnes ou quelles institutions ont favorisé l’évolution et l’essor de la musique au Liban ? Comment les choses se sont-elles déroulées, malgré les nombreuses vicissitudes traversées par notre pays ? Qui sont les pères fondateurs de la musique classique libanaise – qui est très jeune puisqu’elle ne date que du début du XXe siècle ? Et un tas d’autres questions auxquelles je tente de répondre de façon satisfaisante.

Le Conservatoire national y joue-t-il un rôle important ?
Et comment ! Le Conservatoire national, fondé en 1929 par Wadih Sabra, est en fait le fil conducteur du récit. À chacune des quatre étapes chronologiques – 1870 à 1929, 1930 à 1975, 1975 à 1990 et 1991 à nos jours –, le Conservatoire est présent, tel un phare qui éclaire le chemin – parfois escarpé ! – de la musique au Liban.

Pensez-vous qu’il soit important pour les Libanais de connaître leur patrimoine musical ?
La musique nationale est l’un des éléments de la construction de l’identité d’un peuple. Les exemples pullulent dans l’histoire, notamment pendant les révolutions de 1848 en Europe : Franz Liszt et la construction de l’identité hongroise face à la tyrannie de l’Autriche ; Giuseppe Verdi dont l’opéra Nabucco devient l’hymne des patriotes italiens ; Frédéric Chopin qui « résiste » à l’envahisseur russe de son pays, la Pologne, en composant le cycle pour piano des Polonaises, et bien d’autres.
Notre musique classique est un patrimoine précieux, elle est transcommunautaire et il nous appartient d’en faire un facteur d’unité.

Vous donnez aussi régulièrement des conférences sur le patrimoine musical libanais…
En effet, je présente les différents genres de musiques libanaises avec une écoute à la clef. Cette conférence intéresse aussi les Français qui découvrent une musique savante de haut niveau, et les Libanais qui réalisent qu’ils ont un bien commun qu’il faut faire fructifier !

Comment comptez-vous poursuivre ce combat en faveur des musiques libanaises ?
Tout d’abord en persistant à valoriser notre patrimoine musical par le biais du CPML-espace Robert Matta, ensuite par des articles qui rendent compte régulièrement de l’actualité de nos compositeurs et de nos interprètes en France où je vis et, enfin et surtout, je souhaite lancer une collection de livres-disques consacrée aux compositeurs libanais de musique savante. Chaque volume de cette collection, d’une cinquantaine de pages, serait accompagné d’un disque d’extraits de pièces musicales. Mon éditrice Myra Prince me soutient. Alors allons-y ! Le patrimoine musical libanais le vaut bien !