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Une politique de Sanctions

Alexandre Hawari de Mai 20, 2013 - 17:30 dans Politique

Une politique de sanctions

Par Christian malard, éditorialiste sur France 3

En mars dernier, quelques jours avant sa visite officielle en Israël, le président américain, Barack Obama, déclarait à la télévision israélienne : « L’Iran disposera de la bombe nucléaire dans un an, mais je ferai tout pour l’en empêcher. » Puis il ajoutait : « J’utiliserai jusqu’au bout la carte diplomatique plutôt que la force, toutes les options restent cependant sur la table. »

En dépit d’une visite qui s’est plutôt bien déroulée, il n’en demeure pas moins que le président américain et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, ont une approche bien différente du problème nucléaire iranien. Barack Obama pense, sans doute naïvement, que l’on peut encore amener l’Iran à négocier en renforçant la politique des sanctions, alors que Benjamin Netanyahu, plus lucide, considère à juste titre qu’un Iran doté de la bombe nucléaire est une menace pour Israël dans la mesure où le régime iranien nie l’Holocauste et appelle à la destruction de l’État hébreu.

Le président américain et ses alliés européens doivent reconnaître que la politique de sanctions qu’ils appliquent est loin d’avoir produit les effets escomptés, telle l’incitation à une révolte populaire contre le régime. Même si les sanctions appliquées depuis neuf mois sont très dures, le régime n’est pas sur le point de s’effondrer et n’a pas l’intention de faire la moindre concession.

Le représentant d’Ali Khamenei, le guide suprême de la république islamique, auprès des pasdarans (gardiens de la révolution), Ali Saeedi ne cesse de répéter : « Nous sommes décidés à résister aux puissances arrogantes, à commencer par les États-Unis. »

Le général James Mattis, chef du commandement suprême des forces américaines, déclare de son côté : « Durant l’année 2012, l’Iran n’a cessé d’accélérer le développement de son programme nucléaire à des fins militaires et a gagné du temps. »

En fait, l’Iran n’a fait que s’adapter aux restrictions économiques imposées par l’Occident. Même si les sanctions pétrolières ont réduit les exportations iraniennes, le régime a vendu suffisamment de pétrole pour maintenir le niveau de vie de la classe dirigeante, de l’élite et des classes moyennes.

Par le biais de magnats grecs de la navigation, le régime a vendu, pour des centaines de millions de dollars, du brut iranien à de nombreux clients. Il a aussi utilisé des moyens légaux en recourant à ses réserves en euros dans des banques étrangères et a monté des opérations qui ont échappé au système de contrôle bancaire américain.

Les alliés des États-Unis comme le Japon et la Corée du Sud ont bien réduit, de façon substantielle, leurs importations de pétrole iranien, mais le peu d’efficacité des sanctions les incite à ne plus poursuivre cette politique.

Le 6 avril dernier, à Almaty, au Kazakhstan, une fois de plus, les négociations entre l’Iran et les six puissances mondiales – que sont la Chine, les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France – pour amener le régime des ayatollahs à renoncer à son programme nucléaire ont échoué.

Les tentatives diplomatiques sont de plus en plus stériles et Israël s’impatiente. Le ministre israélien des affaires stratégiques, Yuval Steinitz, déclarait récemment : « Les Iraniens profitent des discussions pour gagner du temps, il est temps que le petit jeu des négociations touche à sa fin. »

L’Occident a d’autre part des preuves selon lesquelles l’Iran pourra dans quelques années construire un réacteur capable de produire du plutonium, une autre façon de se doter de l’arme nucléaire.

Avec l’approche de la campagne présidentielle iranienne qui culminera le jour du vote, le 14 juin prochain, les semaines à venir seront déterminantes quant au choix de l’Iran : réduire les tensions avec l’Occident ou rechercher la confrontation.

La campagne commencera au début de mai, vingt candidats sont déjà en lice. Parmi eux, peut-être, deux anciens présidents : Ali Akbar Hachemi Rafsandjani et Mohammad Khatami, considérés comme des réformistes par l’establishment religieux.

Tout comme Mahmoud Ahmadinejad qui soutient son directeur de cabinet, Esfandiar Rahim Mashaei, ils sont perçus comme une menace à la politique de domination religieuse et à la politique antiaméricaine qui, depuis 1979, année du renversement du shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, a été la fiche identitaire du régime.

J’ajouterai enfin que ce n’est pas un hasard si, dans le même temps, la Corée du Nord – qui livre des missiles de moyenne portée à l’Iran et a dépêché dans les centrales nucléaires iraniennes bon nombre de ses ingénieurs nucléaires – nargue les États-Unis et leurs alliés sur les fronts asiatique et moyen-oriental.

Spécialiste de

politique étrangère, consultant pour CNN, NBC, MSNBC, BBC, BBC World, Al-Arabiya

www.christian-malard.com