/ International / Visées expansionnistes du Qatar

Visées expansionnistes du Qatar

Alexandre Hawari de Août 7, 2012 - 09:31 dans International
Mezri Haddad, philosophe et écrivain tunisien, ancien ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco, est l’auteur de La Face cachée de la révolution tunisienne.
Par Pierre FAUCHART, Tripoli
 
Le Qatar a montré une agressivité flagrante durant le printemps arabe… Quels ont été en réalité ses objectifs en Tunisie et en Libye ?
Il y a à mon sens trois éléments qui expliquent cet expansionnisme qatari. Le facteur géostratégique, le facteur économique et le facteur idéologique et religieux. Doha est en effet une pièce maîtresse des visions anglo-américaines. Elle exécute ce qui lui dictent ses protecteurs selon les intérêts exclusifs de ces derniers. Compte tenu de sa taille géographique et de sa démographie insignifiante, cet émirat n’a donc aucune valeur stratégique intrinsèque.Le Qatar, en revanche, a joué un rôle majeur en Tunisie et en Libye, et même dans le monde arabe, jusqu’à maintenant, selon les exigences des États-Unis et de la Grande-Bretagne, qui lui assurent en retour sa sécurité. Pour le volet économique, le Qatar vise à mettre la main sur la décision politique en Tunisie et sur une partie des richesses de la Libye en hydrocarbures. Reste le facteur idéologique, c’est-à-dire la propagation partout dans le monde d’un islamisme qui n’est pas celui de l’Arabie Saoudite, encore moins celui de la Turquie. L’islamisme qatari est un syncrétisme.
 
Nous remarquons depuis un certain temps un fléchissement du rôle des Qataris dans les pays du printemps arabe… Comment évaluez-vous ce changement d’attitude des populations de ces pays ?
Les peuples tunisien et libyen sont passés de l’effervescence révolutionnaire au désenchantement politique. En termes psychanalytiques, ils sont passés de l’hystérie à la dépression, de la joie extatique à la morosité culpabilisatrice. Ils se sont rendu compte que le Qatar a joué un rôle moteur dans ce printemps arabe. Qui a naturellement viré à l’hiver islamiste, conformément à l’agenda américain. Il est donc tout à fait normal que ces populations éprouvent un sentiment de rejet et même de haine vis-à-vis de leurs « libérateurs ». Je crois que les Qataris sont allés trop loin dans cette guerre subversive.