/ International / Peut-on se fier à l’Iran sur le nucléaire ?

Peut-on se fier à l’Iran sur le nucléaire ?

Alexandre Hawari de Jan 12, 2014 - 18:29 dans International

Peut-on se fier à l’Iran sur le nucléaire ?

Par Christian malard, éditorialiste sur France 3

L’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait réussi une chose : se mettre à dos tous les opposants à son régime. Depuis que son successeur, Hassan Rouhani, a pris les rênes du pouvoir en juillet dernier avec un sourire à l’élasticité variable selon les circonstances, lesdits opposants sont divisés, en particulier aux États-Unis où le président Barack Obama et le Congrès ne sont pas d’accord sur l’idée de renforcer les sanctions contre le régime iranien. Le jeu subtil, voire insidieux, de Hassan Rouhani, pose problème par rapport à la nature actuelle du régime et à celle de la société iranienne.

Obama ne cesse de déclarer que les choses ont changé en Iran. Le Congrès, plus méfiant et peut-être plus réaliste, déclare le contraire. Obama s’est dit impressionné par l’accueil enthousiaste qu’ont reçu, à leur retour de Genève, les négociateurs de la délégation iranienne sur le nucléaire. Pour le président américain, les jeunes qui les attendaient à l’aéroport étaient plus intéressés par les couvertures de presse montrant les poignées de mains de leurs représentants officiels avec les Américains que par les détails de l’accord intérimaire de six mois sur le nucléaire.

Pour l’administration américaine, Hassan Rouhani, présenté peut-être faussement par la presse et les politiques occidentaux comme un modéré, reflète la volonté d’une majorité d’Iraniens de rompre avec l’isolement de leur pays, causé par les sanctions, mais aussi la rupture politique entre les ultraradicaux du régime et une grande partie de la société. En fait, l’accord intérimaire de Genève n’est pas juste une prétendue pause dans le programme nucléaire iranien. Il a aussi pour but de tester la crédibilité de Rouhani et sa volonté de faire les concessions souhaitées pour parvenir à un accord final en avril ou mai 2014.

Le président américain est convaincu que l’ajout de nouvelles sanctions ne fera que compliquer la tâche de Rouhani vis-à-vis de ses détracteurs ultraradicaux. Obama n’a pas voulu voir que l’accord intérimaire signé a assuré la survie politique et économique d’un régime au bord de l’implosion, parce que rejeté par une majorité d’Iraniens.

Il n’y a pas beaucoup de différence sur le fond entre Ahmadinejad et Rouhani, sinon un jeu de rôles pour Occidentaux naïfs, même si, en votant Rouhani, une majorité d’Iraniens a signifié son désir de changement de ligne politique de la part du régime.

Le problème pour Obama, c’est qu’une majorité des représentants du Congrès américain pensent, comme le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, que Rouhani est : « un loup déguisé en agneau ». N’ayons pas la mémoire courte : c’est le même Rouhani qui, en 2003, alors qu’il était dans la délégation iranienne qui tentait déjà de négocier un accord sur le nucléaire, déclarait :
« Nous avons roulé les Occidentaux dans la farine. »

Au Congrès, personne ne se fait d’illusion. On est persuadé que, à plus ou moins long terme, l’Iran se dotera de la bombe nucléaire. En jouant à l’homme affable, souriant, avec une étiquette de modéré, Rouhani fait tout pour éviter de nouvelles sanctions et gagner du temps afin que l’Iran puisse continuer à développer son programme nucléaire, au grand dam des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui déclaraient récemment qu’ils n’avaient pas les moyens financiers de mener à bien leur mission de vérification sur le terrain.

C’est la raison pour laquelle aujourd’hui nombreux sont ceux qui, au Congrès américain, veulent renforcer les sanctions pour dire à l’Iran : « Vous paierez le prix fort si vous entravez un accord final. »

Nul n’est dupe : Rouhani joue la carte de l’ouverture et les durs du régime jouent les empêcheurs de tourner en rond.

Bref, qu’on joue la carte de l’apaisement et qu’on donne une chance à la négociation, pourquoi pas ! Mais attention, il faut vérifier avant de faire confiance.

Comment peut-on se fier à un tel régime qui veut exercer son hégémonie sur le Moyen-Orient et qui tente de déstabiliser des grandes monarchies du Golfe comme l’Arabie Saoudite ou de plus petites comme celle du royaume de Bahreïn où il instrumentalise le parti Al-Wefaq qui représente un noyau d’extrémistes chiites et qui sème le trouble dans le pays.

Barack Obama ne doit surtout pas devenir un Jimmy Carter numéro 2, lequel m’avait déclaré lors d’une interview : « Je vais bien m’entendre avec Khomeiny qui comme moi est un homme de foi et de croyance. » On a vu la suite et on la voit encore trente-cinq ans après.