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L’impuissance de l’Occident

Alexandre Hawari de Oct 20, 2013 - 18:23 dans International

L’impuissance de l’Occident

Par Christian malard, éditorialiste sur France 3

La question revient régulièrement depuis des mois : l’Occident doit-il armer les rebelles syriens ? Derrière cette interrogation, il faut voir un débat à plus grande échelle sur la capacité des puissances occidentales à façonner, comme elles l’ont fait durant le siècle passé, l’avenir du Moyen-Orient. Durant la guerre froide, les États-Unis et l’Union soviétique en étaient les deux principaux acteurs. Depuis l’effondrement de l’empire soviétique, en 1991, les États-Unis sont restés la seule grande puissance au Moyen-Orient. Tout d’abord en dirigeant la coalition internationale qui a renversé Saddam Hussein en 1991, puis en se posant en rempart face à l’Iran, et enfin en essayant vainement d’amener Israéliens et Palestiniens à faire une paix durable.

Aujourd’hui ceux qui incitent l’Amérique à s’impliquer davantage dans le conflit syrien rêvent du passé. Ils pensent que Barack Obama peut et doit continuer à maîtriser la politique du Moyen-Orient. Ils oublient qu’il y a plusieurs raisons fondamentales pour lesquelles il ne serait ni réaliste ni souhaitable de le faire dans l’esprit de l’administration américaine. Les guerres en Afghanistan et en Irak sont des échecs, la crise économique mondiale en est une raison majeure tout comme les révolutions du printemps arabe.

Ces dix dernières années, les Américains ont appris que tout en disposant de la puissance militaire nécessaire pour renverser certains régimes, eux et leurs alliés n’ont jamais été capables d’y instaurer l’équilibre et la stabilité voulus. En voulant faire de l’Irak une « démocratie Coca-Cola », G. W. Bush a lamentablement échoué. L’Afghanistan demeure plus qu’instable et il y a fort à parier qu’une fois les troupes de l’Otan parties en 2014, le président Hamid Karzai, pantin des États-Unis, sera renversé par les talibans.

En Irak, depuis le départ des troupes américaines, ce pays est en pleine guerre civile entre shiites et sunnites et son Premier ministre, Nouri al-Maliki, fait le jeu des Iraniens qui souhaitent en faire une république islamique à leurs frontières.

Il est clair qu’aujourd’hui Obama est réticent et sceptique à l’idée d’envoyer des armes aux rebelles syriens. Après une intervention à grande échelle en Afghanistan et en Irak qui n’a pas produit le résultat escompté, se dit-il, en quoi les livraisons d’armes aux rebelles syriens pourraient changer le cours des événements ? Qui plus est, la récession signifie que la capacité de l’Occident à supporter le poids financier de certaines guerres n’est plus évidente avec les réductions des dépenses militaires aux États-Unis et en Europe.

Quant aux révolutions du printemps arabe, elles ont mis en lumière l’impuissance de l’Occident à peser sur le cours des événements. Au grand dam de l’Arabie Saoudite et d’Israël, ses alliés, Barack Obama a décidé de lâcher Hosni Moubarak en 2011 pour éviter que l’Égypte ne sombre dans une guerre du type de celle d’aujourd’hui en Syrie. Obama s’est dit qu’il valait mieux finalement que les peuples du Moyen-Orient choisissent et façonnent leur propre avenir.

Nombreux sont ceux qui, parmi les courants qui s’affrontent au Moyen-Orient – islamistes, salafistes, sunnites et chiites –, inquiètent l’Occident, mais échappent à son contrôle. Cela dit, s’il faut bien constater que la domination occidentale au Moyen-Orient est arrivée à son terme, cela ne signifie pas que les Occidentaux ont renoncé à défendre leurs intérêts dans la région.

Les Américains feront tout pour empêcher que le Moyen-Orient ne soit dominé par une puissance ennemie. Même en dépit de son rôle majeur aux côtés de la Syrie, la Russie n’est pas une menace. L’Iran chiite, en revanche, avec son programme nucléaire, a des visées hégémoniques sur l’ensemble du Moyen-Orient, face à son grand rival sunnite, l’Arabie Saoudite.

Enfin, avec la situation en Égypte, qui est peut-être aussi un signe avant-coureur d’événements semblables en Tunisie, il faut se demander si on assiste au début de l’échec de l’islam politique après le renversement du dernier président égyptien, Mohamed Morsi.

En fait, l’homme fort de l’armée égyptienne, le général Abdel Fattah al-Sissi, a fait un coup d’État militaire pour appuyer une contre-révolution attendue par une majorité d’Égyptiens qui souhaitaient mettre une fin à la dictature politico-religieuse naissante voulue par Morsi et les frères musulmans.

Morsi a fait une mauvaise lecture des printemps arabes. Le soulèvement qui a mis fin à trente ans d’ère Moubarak et a conduit l’Égypte à tenir ses premières élections libres avait pour but de supprimer la mainmise sur le pouvoir par un seul homme et sa clique et le droit de vivre dans une société plus ouverte, dans un État de droit. Les Égyptiens ont vite compris que Morsi ne l’entendait pas ainsi et voulait s’arroger les pleins pouvoirs.

Morsi a peut-être été renversé, mais les frères musulmans sont là et demeurent une force politique incontestable. Il faudra que l’armée, qui ne doit en aucun cas garder le pouvoir, organise au plus vite d’autres élections avec la rédaction d’une Constitution équilibrée et non partisane digne de ce pays, pilier du Moyen-Orient.