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Liban : Un pays au bord du gouffre

Alexandre Hawari de Sep 24, 2012 - 07:53 dans International

Comment épargner au Liban l’instabilité puis l’implosion ? Et contenir tout débordement, y compris les répercussions de la situation en Syrie et une guerre entre chiites et sunnites ?

Par Chadi ACHKAR, Beyrouth

Quelles que soient les déclarations des responsables libanais affirmant que le pays du Cèdre pourrait échapper, cette fois, aux vagues de violence et aux guerres civiles qui envahissent le Proche-Orient, les évènements qui se succèdent depuis le mois de juillet dernier prouvent le contraire.

Certains représentants de la classe politique libanaise laissent entendre, dans leurs déclarations, que les États-Unis et les pays de l’Union européenne, déploient des efforts considérables auprès de toutes les factions politiques et des différentes communautés libanaises, pour faire en sorte d’épargner au Liban l’implosion, l’instabilité et la guerre civile. Et contenir ainsi tout débordement, y compris les répercussions de la situation en Syrie et une guerre entre chiites et sunnites. Cette deuxième éventualité a été jusqu’à présent évitée de justesse à plusieurs reprises.

Mais ce qui se passe au Nord du Liban, notamment à Akkar – avec l’arrivée en masse des réfugiés civils syriens et des membres de l’Armée libre syrienne (ALS) – et à Tripoli – où il y a des centaines de salafistes de toutes nationalités – pourrait accélérer la détérioration de la situation.

Cela en présence d’un gouvernement impuissant et d’une armée que l’on tient à tout prix à affaiblir.

Selon un observateur des plus avisés dans la capitale libanaise, et qui a préféré garder l’anonymat : « tant que la capitale Beyrouth demeure loin de l’explosion, il y a toujours une grande chance de laisser passer la tempête. Cela n’empêche pas de souligner que tous les ingrédients sont déjà rassemblés pour que la guerre civile éclate d’un moment à l’autre. Toutes les parties possèdent des armes en tout genre, et reçoivent les soutiens financiers nécessaires, chacune de la part de son “maître” à l’extérieur ».

En fait, il ne manque qu’un mot d’ordre pour appuyer sur le bouton. Les chrétiens libanais s’efforcent de rester loin de la spirale de la violence, les chiites, le Hezbollah et le mouvement Amal du président du Parlement, Nabih Berri, se retiennent jusqu’ici… Malgré les provocations des salafistes que le parti sunnite Al-Moustakbal, de l’ancien Premier ministre, Saâd Hariri, n’arrive plus à contrôler. La question reste dans les camps des Palestiniens qui ont déjà été infiltrés par des mouvements extrémistes religieux et par des organisations proches du régime syrien.

Dans la foulée, l’armée libanaise qui manque d’équipements et d’hommes, serait impuissante à arrêter l’explosion qui se profile à l’horizon.

La classe politique libanaise ne s’intéresse qu’aux prochaines élections législatives de 2013. Les uns misent sur la chute du régime syrien pour prendre le pouvoir, les autres sont certains que ni la Syrie, ni la Chine, encore moins l’Irak, ne le permettront.

Ce qui est possible, c’est une solution imposée par les forces étrangères impliquées, basée sur la constitution d’un gouvernement d’union nationale où le président actuel Bachar al-Assad ne ferait pas partie de la nouvelle formule, mais où des symboles de son régime participeraient au nouveau pouvoir.

Cela dit, les tiraillements entre Libanais continueront sous différentes formes, sans écarter la possibilité d’un retour à une guerre civile. Surtout si les belligérants ne tombent pas d’accord sur la nouvelle loi électorale. De plus, le Liban et les Libanais risquent d’être confrontés à une vague de règlements de comptes si une partie l’emportait sur l’autre. Ou, dans le pire des cas, la Syrie serait divisée où l’on verrait la naissance de mini-États : un sunnite, l’autre alaouite, un troisième druze… Quant aux chrétiens et aux Kurdes, ils doivent chercher ailleurs.

D’après un vieux routier de la politique libanaise, un compagnon de route de Pierre Gemayel, fondateur du parti Kataeb (Phalanges), le régime syrien n’a pas utilisé ses cartes au Liban. Ce serait donc une erreur monumentale pour ces contestataires libanais de crier victoire prématurément. Et de commencer à se quereller pour se « partager le gâteau ».

N’oublions pas que le régime syrien, avec ses réseaux, est resté trente ans au Liban. Années au cours desquelles il a presque tout infiltré, y compris les comptes dans les banques.

En d’autres termes, le régime syrien n’est pas resté pour apprendre la démocratie ni pour former les cadres supérieurs d’une administration publique corrompue. Ni pour enseigner la transparence et la bonne gouvernance à la classe politique libanaise, dont une grande partie d’adversaires et ennemis de Damas d’aujourd’hui étaient les serviteurs des Moukhabarates (services de renseignements) siégeant dans la ville d’Anjar dans la Bekaa.

La vérité, c’est que « les Libanais ont la mémoire courte et n’apprennent jamais de leurs erreurs », nous disait un jour l’ancien Premier ministre, Salim Hoss. Ainsi, il faut une fois de plus s’attendre à tout, au prix même de l’avenir du Liban. D’ailleurs, le quotidien saoudien Al Riyad a, dans un article, paru le 18 août dernier, rappelé aux Libanais que leur pays fait partie de la Syrie ! Allez comprendre…