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Le Retrait Stratégique Américain

Alexandre Hawari de Déc 12, 2013 - 17:39 dans International

Le retrait stratégique américain

Par Christian malard, éditorialiste sur France 3

C’est au moment où le Moyen-Orient est en pleines convulsions que les États-Unis et Barack Obama choisissent de se mettre en retrait.

Plus la dynamique du conflit se renforce dans cette région, plus les États-Unis, échaudés par les guerres d’Irak et d’Afghanistan, affichent leurs velléités de désengagement. Il faut admettre qu’au sein du monde arabe le sentiment antiaméricain gagne du terrain.

La décision prise par l’Arabie Saoudite de refuser le siège tournant qui lui est proposé au Conseil de sécurité des Nations unies est plus dirigée contre l’Amérique que contre la Communauté internationale dans son ensemble. Le mécontentement s’étend aussi à la Turquie qui reproche à Obama de ne pas s’être impliqué dans la crise syrienne et d’avoir laissé ce pays devenir un repaire de djihadistes.

Les pays arabes s’interrogent beaucoup aussi sur le jeu d’Obama avec le régime iranien. Ils se demandent si le président américain ne cherche pas à négocier sur leur dos en laissant dans le même temps se raviver la guerre d’influence entre l’Iran, chef de file du chiisme, et l’Arabie Saoudite, chef de file du sunnisme.

Les pays arabes sunnites et certains pays occidentaux pensent, à juste titre, que même s’il peut se féliciter aujourd’hui du désarmement chimique en cours de la Syrie, Obama a laissé Vladimir Poutine maître du jeu. Il lui a certes permis d’y sauver les intérêts russes en Méditerranée en préservant le port de Tartouss où est ancrée, depuis de longues années, la flotte russe. Il lui a laissé aussi préserver les intérêts de l’Iran et du Hezbollah dans la région et, surtout, il lui a laissé sauver le pouvoir de Bachar al-Assad qui continue d’exterminer ses adversaires, parmi lesquels la majorité sunnite de son pays. Poutine vient en tout cas de signer le grand retour de la Russie sur la scène politique internationale.

Autre erreur commise par Obama : son approche naïve de la situation en Irak en pleine guerre civile entre sunnites et chiites et au bord du chaos. Récemment, il a reçu, à la Maison-Blanche, le Premier ministre irakien chiite, pro-iranien, Nouri al-Maliki, qui a eu le culot de lui demander une double aide financière et surtout militaire. Obama devrait savoir que Nouri al-Maliki est une marionnette de Téhéran qui ne fera rien pour empêcher l’Irak de devenir une république islamique à côté de l’Iran. Voilà ce qui pourrait arriver si l’Amérique ne prend pas ses responsabilités et ne fait plus preuve de fermeté.

Oui, l’Amérique bat en retraite. Obama ne cesse de répéter qu’il a été élu pour mettre fin aux guerres dans lesquelles les États-Unis étaient impliqués et ne pas se lancer dans d’autres aventures militaires. La poursuite des révolutions arabes ne l’empêchera pas, pense-t-il, de se tourner d’avantage vers l’Asie.

Ces décisions prises par Obama se sont muées en une nouvelle stratégie. Le président américain y a fait allusion dans son dernier discours devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier. Les États-Unis sont en train d’abandonner un demi-siècle de leadership au Moyen-Orient, même si Obama a déclaré : « Les États-Unis utiliseront tout ce qui est en leur pouvoir, y compris la puissance militaire, pour défendre leurs intérêts fondamentaux dans la région et protéger les alliés de toute agression extérieure. »

Il apparaît de plus en plus évident qu’après avoir longtemps opté pour l’extension de la démocratie partout où c’était possible, l’Amérique y a aujourd’hui renoncé en se disant qu’il est de plus en plus difficile de l’imposer surtout à des pays qui ont une même culture différente.

Obama veut de moins en moins s’impliquer aujourd’hui, en Egypte, en Syrie, on l’a vu… La résolution des conflits sectaires n’est plus son affaire. L’interventionnisme libéral a fait place au réalisme pur et dur. L’Amérique et l’Occident n’ont pas de quoi se vanter de leurs actions au Moyen-Orient. Barack Obama ferait bien de se raviser aussi avant de signer tout éventuel accord sur un très hypothétique désarmement nucléaire de l’Iran. Le régime des ayatollahs ne comprend que le langage de la fermeté.

Le président américain ne doit pas devenir un « Carter numéro 2 ». Jimmy Carter avec l’ancien président français, Valéry Giscard d’Estaing, n’ont-ils pas été responsables de l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny, en 1979, en étant les artisans de la chute de Mohammad Reza Pahlavi, feu le Shah d’Iran, dont nous payons toujours le prix, bientôt trente-cinq ans après son éviction du pouvoir ?

I Arabies Décembre 2013