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La Russie, l’Iran et l’État islamique comblent le vide laissé par Obama au Moyen-Orient

Alexandre Hawari de Oct 13, 2015 - 04:19 dans International

A seize mois de la fin de son mandat présidentiel, la Syrie et, sans doute, l’Iran resteront pour Barack Obama, un cauchemar, un échec aux proportions inquiétantes.

Depuis 2011, la guerre perdure en Syrie. Le pays est détruit. Quatre millions de Syriens sont réfugiés dans les pays voisins comme la Jordanie, la Turquie, l’Irak, le Liban et, depuis peu, en Europe où la crise des migrants est devenue la chronique d’un désastre annoncé. Qui plus est, l’État islamique a comblé le vide laissé et Bachar al-Assad continue de lâcher des tonnes de bombes à fragmentation sur sa population dont 250000 personnes ont déjà péri.

La tragédie syrienne est, en grande partie, due à l’inaction de l’Occident. Comme l’histoire l’a déjà démontré, l’interventionnisme américain en Irak, sous G. W. Bush, a eu de terribles consé- quences. Aujourd’hui, la non-intervention des Américains en Syrie est pourtant dé- vastatrice. Ne rien faire est une décision politique. Les aiguilles de l’horloge oscillent entre interventionnisme et repli sur soi, parce que l’administration américaine est accrochée à la notion qu’elle peut rendre le monde meilleur.

Chaque conflit majeur induit la question : jusqu’où peut aller l’engagement américain ? Après les débâcles en Irak et en Afghanistan, Barack Obama a essayé de ne pas viser trop loin. Il a répondu aux aspirations de la nation américaine, lasse des conflits. En Syrie comme en Libye, il ne s’est pas impliqué. Sa négligence est un retour de bâton pour l’Amérique. Les djihadistes de l’État islamique ne cessent de gagner du terrain. Il n’y a pas une personne aujourd’hui qui apprécie plus les hésitations américaines que Vladimir Poutine, avec l’Iran et le Hezbollah omniprésents au Liban et en Syrie.

En 2011, au début des mouvements de protestations en Syrie, Obama avait déclaré : « Il est temps pour Bachar al-Assad de quitter le pouvoir. » À l’époque, le président américain n’avait aucun moyen d’atteindre un tel objectif et de mener une politique volontaire. Ses propos étaient irresponsables. En août 2013, alors que la France et François Hollande étaient prêts à se joindre aux États-Unis pour effectuer des frappes militaires sur la Syrie, Obama s’est défaussé, s’en tenant à la ligne rouge fixée à Bachar al-Assad pour qu’il n’ait pas recours aux armes chimiques, ligne rouge que ce dernier a franchie allègrement sans être puni.

En agissant de la sorte, Obama a renforcé Al-Assad, Poutine et les Iraniens, refusé de changer le cours des événements en Syrie et démontré que l’Amé- rique n’était pas de parole. Depuis, la Chine et la Russie ne cessent de mettre des bâtons dans les roues des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU. En Libye, Obama a fait bombarder puis s’est retiré. En Afghanistan, il a envoyé des dizaines de milliers de soldats, puis s’est retiré. En Syrie, il a parlé, menacé d’intervenir, puis a reculé.

Il n’est pas étonnant aujourd’hui, devant les hésitations et le manque de courage politique et militaire d’Obama, que Poutine et les Iraniens s’engouffrent dans la brèche syrienne et envoient sur le terrain quelques centaines de soldats avec blindés, avions et navires à l’appui pour y soutenir les troupes d’Al-Assad en difficulté. Outre sa volonté non affichée officiellement de vouloir participer à l’anéantissement de l’État islamique, Poutine veut défendre son allié, Bachar Al-Assad, et ses intérêts stratégiques de longue date qui remontent à 1971 lorsque le père de Bachar, Hafez alAssad, avait pris le pouvoir.

Il faut préciser que la flotte russe en Méditerranée se trouve ancrée dans le port de Tartous, en Syrie. En juin 2012, à l’issue du dîner d’État qui avait été donné par François Hollande en l’honneur de Vladimir Poutine, au palais de l’Élysée à Paris, Dmtry Peskov, le porteparole du président russe depuis quinze ans, me disait : « Le président Poutine a clairement fait comprendre à François Hollande qu’il en avait assez des erreurs commises à ses yeux par la gouvernance occidentale qui avait lâché Moubarak en Égypte au profit des Frères musulmans, Ben Ali en Tunisie au profit des islamistes d’Ennahda et Kadhafi en Libye, semant le chaos que l’on connaît aujourd’hui. » Poutine d’ajouter: « Je suis désolé, mais je préfère Bachar al-Assad aux Frères musulmans et aux islamistes de la région. »

La messe était donc déjà dite clairement il y a trois ans sur la vision et les intentions de Poutine au Moyen-Orient. Quoi qu’il arrive aujourd’hui, toute sortie de crise au Moyen-Orient devra prendre en compte la Russie et l’Iran.