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Jordanie dans l’œil du cyclone

Alexandre Hawari de Août 2, 2012 - 11:03 dans International

Après des mois passés sur l’ouverture des dossiers de scandales et de corruption des figures de proues du régime jordanien, le royaume hachémite revient à la case départ…

Par pierre fauchar

La situation socio-économique en Jordanie se dégrade de jour en jour… Les manifestations qui envahissent les rues de toutes les villes prennent une allure dangereuse. Les promesses de réformes politico-sociales, faites par le palais, et des gouvernements qui changent tous les trois mois ne parviennent pas à voir le jour. Cela alors qu’un flou total perdure et domine la scène.

La Jordanie n’a jamais été, comme c’est le cas pour elle aujourd’hui, dans l’œil du cyclone. Les analystes politiques jordaniens, occidentaux, et plus particulièrement israéliens, qui suivent de près la situation de ce pays voisin, parlent d’un éventuel risque de chute du régime si des mesures concrètes d’aides, d’où qu’elles viennent, ne sont décidées pour le sauver.

En plus de tout cela, la montée en puissance des courants islamiques et la présence de plus de 200 000 réfugiés syriens pèsent de plus en plus sur le pouvoir. Ce dernier pourrait se retrouver en opposition de déstabilisation à n’importe quel moment. Les événements qui ont lieu chez le voisin syrien ont déjà des répercussions négatives sur les plans politique, économique et surtout sécuritaire. Cela en présence d’une grande partie d’opposants syriens sur le territoire jordanien.

Une situation catastrophique. Mais le danger le plus significatif vient de la situation catastrophique de l’économie et de la finance de cette petite monarchie. Cette dernière ne pouvait tenir que grâce aux pays amis, les États-Unis et la Grande-Bretagne, d’une part et, d’autre part, des pays du Golfe, plus précisément d’Arabie Saoudite qui vient de lui accorder 1, 4 milliard de dollars afin de résister aux pressions de la rue.

Dans les coulisses du palais royal, on laisse entendre que la crise économique, devenue financière, pourrait se transformer en crise politique. Deux ingrédients qui accélèrent l’explosion. Dans ce contexte, force est de noter que la dette publique dépasse 21 milliards de dollars, dont le tiers est dû aux institutions régionales, internationales, entre autres la Banque mondiale, ainsi que des pays occidentaux comme le Japon, l’Allemagne…

La déception face au rejet de l’intégration de la Jordanie au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG), une initiative prise par l’Arabie Saoudite, est venue aggraver la tension et fait perdre tout espoir de sortir de la crise et d’éviter le pire qui se profile à l’horizon.

À Amman, les économistes, dont Fahd al-Fanek, interrogés par Arabies, estiment que la montée du chômage qui atteint officiellement 14,3 % et officieusement 30 %, constitue une des principales sources de danger pour le régime.

La nomination récente de Fayez al-Taraouneh au poste de Premier ministre n’a fait que compliquer les choses. Ce personnage, qui n’est absolument pas populaire, appelle déjà à réviser à la baisse les subventions des produits de première nécessité, et il a déclenché un nouveau tollé au sein d’une population qui ne peut plus supporter l’austérité.

Comme la cerise sur le gâteau, la finance jordanienne renforce plus encore les doutes. Les énormes pertes subies par la bourse jordanienne l’ont contrainte à rayer 500 millions de dollars de la valeur de ses actions, et lui ont fait perdre la confiance des investisseurs locaux et arabes.

Tous ces éléments sont capables de mettre le royaume hachémite sur le fil du rasoir. Jusqu’à quand ce petit pays sans ressources, hormis le phosphate et les aides extérieures, sera-t-il capable de résister ?