/ International / Iran : Puissance régionale incontournable

Iran : Puissance régionale incontournable

Alexandre Hawari de Sep 6, 2012 - 07:56 dans International
Tous les indices tendent à prouver que la république islamique d’Iran s’impose encore davantage comme un décideur de l’avenir de la région la plus riche du monde.

Par Samir SOBH

Déclaration.

Ali Khamenei a provoqué Israël et ses alliés en affirmant que le « Moyen-Orient devra dorénavant s’habituer à vivre sans l’existence de l’État hébreu ».

Les États Unis, alliés occidentaux de l’Iran, n’ont pas réussi, depuis des années – malgré les pressions et les menaces en tout genre – à faire plier Téhéran et à le pousser à faire marche arrière sur son programme nucléaire. Au point que ce dernier est aujourd’hui sur le point d’être réalisé, sans que ses contestataires, en tête desquels Israël, n’arrivent à convaincre Washington de leur donner le feu vert pour frapper les sites nucléaires. Mi-août dernier, le ministre du département d’État, Hillary Clinton, a déclaré que « l’Iran a encore devant lui le temps et les chances d’arriver à trouver une solution au problème concernant son programme nucléaire à travers les négociations ».

De son côté, le mourched (chef spirituel) de la république islamique d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, dans son discours à l’occasion de la journée consacrée à la Mosquée d’Al-Aqsa, a provoqué Israël et ses alliés en affirmant que le « Moyen-Orient devra dorénavant s’habituer à vivre sans l’existence de l’État hébreu », et d’ajouter : « nous sommes capables de rayer cette entité sioniste de la carte si elle tente d’attaquer l’Iran ». Les propos de Khamenei – qui ont coïncidé avec les menaces du secrétaire général du Hezbollah libanais visant à bombarder les sites nucléaires et les bases d’armes chimiques dans le bassin de Haïfa – ont créé des polémiques et un vent de panique à tous les niveaux de l’establishment et de la société israélienne.

L’Iran, jusqu’à présent, a pu résister, voire contourner les sanctions économiques graduelles imposées par les États-Unis et ses alliés occidentaux dans la région, notamment au niveau des pays du Golfe. En dépit des effets négatifs enregistrés, visant le secteur de l’énergie, le domaine financier et les échanges commerciaux, Téhéran a fini par faire des percées de taille dans le blocus imposé. Pour preuve, Washington, sous la pression de certains États alliés, a été obligée de faire marche arrière et accepter d’accorder « quelques exceptions » au Japon et à dix pays européens. Cela en appliquant des sanctions financières visant leurs entreprises qui participent à l’exportation du brut iranien, après avoir réduit leurs importations de la république islamique. Cette exception a poussé la Turquie à entrer en scène, et à contraindre à son tour les États-Unis à accorder les mêmes « privilèges » à Ankara. Ce que Téhéran a considéré comme une « défaite cuisante » des États-Unis et de sa stratégie de sanctions économiques.

Ce qui prouve aussi que l’Iran est une puissance économique régionale, c’est que la Turquie ne cesse d’augmenter ses échanges commerciaux avec Téhéran. Ankara n’hésite pas à fournir à son voisin la majorité de ses besoins en fer et acier, et à faciliter le passage des équipements pétroliers et gaziers nécessaires au développement des champs.

Sanctions financières. Les banques publiques turques contournent les sanctions financières américaines en accordant des lignes de crédits aux entreprises iraniennes et aussi en arrangeant le financement de plusieurs grands projets de développement mis en place par le gouvernement iranien. L’Iran achète la majorité des exportations d’or de la Turquie. De ce fait, malgré les divergences politiques entre les deux grands pays de la région, Ankara n’est guère prête à perdre un marché de 86 millions de consommateurs habitués à acheter turc, juste « pour les beaux yeux » de l’Europe ou des États-Unis.

Les analystes économiques affirment que les sanctions occidentales ont perdu beaucoup de leur élan. Surtout après que l’Iran a réussi à compenser sa clientèle européenne par le client asiatique au plan du pétrole. L’Iran a montré qu’il était prêt à faire des percées importantes au niveau des banques occidentales, comme la britannique Chartered Bank, entre autres, pour acquérir ses besoins en devises. Ce qui a causé un scandale qui vient prouver la capacité des réseaux iraniens à contourner les sanctions financières.

Reste l’élément le plus significatif : les cartes que l’Iran a en main, comme la Syrie ou encore le président Mahmoud Ahmadinejad qui a déclaré récemment que son pays ne permettrait en aucun cas la chute du régime syrien. Lequel résiste depuis environ dix-huit mois, malgré les pressions et humaines apportées à l’opposition.

Deuxième carte de taille, l’Irak, ce riche pays qui a remplacé l’alliance des Américains par celle des Iraniens. Troisième atout : l’Afghanistan, où Téhéran est redevenu l’allié des talibans. Enfin, sa relation stratégique avec le Hezbollah.

Dernier positionnement géostratégique de l’Iran : son récent rapprochement avec le nouveau régime égyptien. Son président Mahmoud Morsi se rendra bientôt à Téhéran et en Irak, à la recherche du rôle perdu de l’Égypte avec Moubarak. Téhéran est prête à lui accorder son aide dans ce sens, à ouvrir son marché et celui de l’Irak aux marchandises et aux sociétés égyptiennes.

Ce rapprochement avec la troisième puissance régionale qu’est l’Égypte changerait la donne dans la région et ferait comprendre à l’Occident que l’Iran n’est pas seulement incontournable mais qu’il est aussi un décideur de l’avenir de la région la plus riche du monde. Les Américains en sont conscients. De ce fait, ils poursuivent leurs négociations discrètes avec la république islamique depuis plus de sept mois.

Ankara n’hésite pas à fournir à son voisin la majorité de ses besoins en fer et acier, et à faciliter le passage des équipements pétroliers et gaziers nécessaires au développement des champs.

© Arabian Eye