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Un secteur face à la crise

Alexandre Hawari de Déc 18, 2012 - 10:34 dans Economie

Les banquiers maghrébins reconnaissent que l’exercice 2013 ne sera pas une promenade de santé pour le secteur. Petit tour d’horizon des spécificités et des évolutions…
par Samir SOBH, Paris

En dépit des mesures prudentielles prises notamment au niveau de l’application des règles de Bâle II et de Bâle III, ou encore de l’existence de surliquidités pour certains – comme c’est le cas en Algérie – ou bien de la résilience face aux chocs exogènes – comme on le remarque sur le plan du marché bancaire et financier marocain –, les banquiers savent bien que l’année 2013 ne sera pas facile pour le secteur au Maghreb.

Concernant les secteurs bancaires tunisien et libyen, la situation est différente, car elle est liée au risque politique et à la stabilité économique.

Les préoccupations des gouverneurs des banques centrales maghrébines sont différentes d’un pays à l’autre. À titre d’exemple, à Alger on mise trop sur la notation des établissements bancaires dès 2013. Laquelle devrait améliorer leur mode de gouvernance.

Mais, d’un autre côté, on craint l’influence des lobbys, de l’impact dans les sphères décisionnelles et des entraves bureaucratiques. À Tunis, les responsables du secteur bancaire ont peur du risque de krach. Une inquiétude basée plus précisément sur le risque classifié 8 sur l’échelle Standard & Poor’s qui comporte 10 échelons.

Quant aux banquiers marocains, bien que le secteur soit considéré par certains économistes – tel Khalil e l-Yamani de la banque d’investissement Capital Gestion Groupe – comme bien capitalisé, profitable, et le plus développé de la région, on craint cependant les répercussions que pourraient avoir d’éventuelles protestations sociales si le gouvernement en place ne surmonte pas les problèmes socio-économiques qui pourraient déstabiliser le pays.

Pour le secteur banquier libyen, il est prématuré de parler de perspectives aussi bien positives que négatives car, d’une part, la situation demeure floue et, d’autre part, le secteur ne connaît une évolution que depuis peu de temps, notamment après la levée totale des sanctions du Conseil de sécurité, il y a un peu plus de sept ans.

Quelles que soient les contraintes auxquelles pourrait être confronté le développement du secteur bancaire algérien, ce dernier connaît ces dernières années une évolution remarquable.

En dépit du rapport spécial réactualisé sur les perspectives économiques de l’Algérie – que le FMI a classé 2e plus gros pays détenteur de réserves officielles de change dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (Mena), avec des prévisions de clôture pour l’année 2012 de plus de 205 milliards de dollars –, le secteur bancaire algérien montre davantage qu’il est capable d’élargir son éventail, et d’améliorer ses performances.

À cet égard, force est de noter qu’à la fin de l’année 2011 le ratio de solvabilité des banques algériennes, c’est-à-dire le taux de couverture de leurs engagements par rapport à leurs fonds propres, est de 22 %. Mieux encore, le ratio de rentabilité des banques publiques est estimé à 22 % et celui des banques privées de 28 %.

Ce qui rend le secteur prometteur, c’est que, malgré la crise financière internationale et ses effets négatifs, les dépôts bancaires ne cessent d’augmenter en 2012 alors que partout ailleurs ils baissent ou, dans les meilleurs cas, ils stagnent.

Par ailleurs, selon le gouverneur de la Banque d’Algérie (Banque centrale), Mohamed Laksaci, la position de l’État, créancier vis-à-vis des banques, s’est stabilisée dans une fourchette de 3 200 à 3 400 milliards de dinars.

Quant aux crédits à l’économie, ils ont grimpé de 7,76 % au premier semestre de l’exercice en cours. De leur côté, les crédits bancaires au secteur privé ont atteint 2 121 milliards de dinars durant la même période, dépassant l’encours du crédit au secteur public qui s’est établi à 1 893 milliards de dinars à la fin de juin 2012.

La part du crédit à moyen et long termes a augmenté de 65,21, traduisant l’amélioration de la structure et des conditions de financement, notamment à la suite du soutien financier apporté par l’État aux PME. Le crédit bancaire reste ainsi potentiellement important dans le financement de la croissance de l’Algérie.

L’état du secteur bancaire algérien a connu une amélioration, progressive certes, non entravée. Dans ce contexte, soulignons que le syndrome financier de 1986 et celui de « l’affaire Al-Khalifa » continuent de produire leurs effets.

Sinon, comment expliquer la logique défensive de la Banque d’Algérie, qui se lit notamment dans le système de notation des banques introduites l’année dernière.

D’autre part, tant que la question de la dépénalisation des actes de gestion au profit des managers et administrateurs des banques publiques n’est pas traitée, « l’inertie et la faible efficacité du système bancaire algérien persistent ».

C’est ce qu’a déclaré Abderrazak Trabelsi, délégué général de l’Association des banques et des établissements financiers (Abel). Ce dernier a en effet affirmé que les banques de la place sont des usines de conformité, alors qu’elles devraient être les instruments de la croissance des entreprises, c’est-à-dire de l’économie.

Le secteur bancaire reste déconnecté du système financier international parce qu’il évolue dans une croissance de rente. Ce qui explique le fait que les banques algériennes publiques, dont les actifs sont détenus à 100 % par l’État, peinent à atteindre leur pleine efficacité.

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