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Plans de santé des entreprises

Alexandre Hawari de Déc 12, 2013 - 17:58 dans Economie

Plans de santé des entreprises

Généralement, les entreprises du Moyen-Orient assument les frais médicaux de leurs employés, mais le manque de données pourrait conduire à un système non viable.

Par Atique Naqvi, Dubaï

données

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le manque de données sur les problèmes de santé des employés est l’un des plus grands obstacles dans la planification de la couverture santé

Une entreprise en bonne santé est une entreprise lucrative. Les employeurs des marchés développés ont réalisé que la bonne santé des employés est vitale pour leur développement, et les organismes disposent de données importantes les aidant à prendre les décisions en connaissance de cause, tout en mettant en place des plans de santé pour leur personnel.

Cependant, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le manque de données sur les problèmes de santé des employés constitue l’un des plus grands obstacles dans la planification de la couverture santé. La plupart des employeurs de la région ignorent les pertes subies en raison des congés, indique l’enquête Emea sur les soins de santé, publiée par Mercer Marsh Benefits.

La compagnie Mercer de consultants en ressources humaines et services financiers, dont le siège est à New York, a inclus pour la première fois dans sa dernière étude des pays arabes comme les Émirats arabes unis (EAU) et l’Arabie Saoudite. Elle affirme que le coût pour assurer aux employés des prestations de santé est nettement plus élevé pour les entreprises
du Golfe que pour celles du reste de la zone Emea (Europe, Moyen-Orient et Afrique). L’une des causes de ce coût élevé est le plan d’approche unique, en raison du manque de données disponibles sur le marché.

Réagissant à l’enquête, les participants des pays du Golfe ont signalé des coûts sensiblement plus élevés, de 6 % des salaires de plus que pour l’Europe de l’Est et de l’Ouest (respectivement de 3,9 et 3,3 %). En comparant les chiffres avec ceux des États-Unis, l’enquête a montré que 13 % du montant total des salaires est destiné à la santé. Les auteurs du rapport affirment que la raison de cette disparité est la nature des programmes d’assurances médicales proposés dans la région, aussi bien que la façon dont les soins de santé y sont prodigués.

Mesures appropriées. Steve Clements, responsable de Mercer au Moyen-Orient pour la couverture santé des employés, déclare : « En prenant en considération l’inflation, le taux d’augmentation de la prime d’assurance médicale dans les marchés développés est d’environ 6 %, alors qu’elle est proche de 15 % dans cette zone. Le coût de l’assurance médicale dans la région pourrait doubler dans quatre ou cinq ans. »

Le coût pour les entreprises, en vue d’assurer aux employés une assurance santé, pourrait devenir non viable si les parties prenantes ne prennent pas les mesures appropriées pour adapter les plans médicaux et réduire les dépenses.

L’un des problèmes les plus complexes dans la région est le manque d’information, ajoute-t-il, précisant qu’au cours de l’étude, par exemple, Mercer a trouvé que la plupart des employeurs de la région n’étaient pas conscients des conséquences des congés maladie sur les ressources financières de l’entreprise. « Si vous n’avez pas connaissance du problème, comment trouverez-vous une solution, quand cela entraîne des frais de programmes de santé ? »

L’étude indique que près de la moitié des personnes interrogées (45 %) dans la zone Emea ignoraient quelles étaient les raisons les plus communes des congés maladie de longue durée dans leur entreprise. Pour ceux qui avaient accès à ces informations, les trois raisons majeures étaient les troubles musculo-squelettiques – autres que les douleurs du bas de dos – (26 %), le stress et la santé mentale (20 %), et les douleurs du bas du dos (19 %). Le stress et la santé mentale étaient signalés comme une raison majeure des congés maladie de longue durée, plus souvent en Europe de l’Ouest (29 %) qu’en Europe de l’Est (6 %), ou dans la zone MEA – Moyen-Orient et Afrique – (9 %). Plus de trois cinquièmes des personnes interrogées au Royaume-Uni (61 %) ont cité le stress et la santé mentale comme cause principale, selon la dernière étude.

Dans cette région, les dépenses montent également en flèche en raison d’un problème structurel. « Dans les marchés développés, il y a au niveau des soins primaires le principe du médecin de famille, qui agit en tant que premier contrôleur. Dans cette région, l’absence de ce contrôleur a pour résultat un surdiagnostic, conduisant à une hausse des coûts, due à l’utilisation excessive du programme de santé », déclare Clements. Avec une importante population d’expatriés, le golfe Arabique est un marché complexe.

« Les prestations d’assurance santé sont de loin plus complètes dans le Golfe en raison de la démographie des expatriés. Les programmes proposés reflètent la pratique habituelle de fournir aux expatriés de nombreux avantages, et de permettre aux employés de recevoir des soins non seulement dans le pays, mais également au sein du Conseil de coopération du Golfe, voire en Europe et aux États-Unis », ajoute-t-il. Les EAU ont eu les plus hauts niveaux de dépenses, avec une moyenne de 5,9 %, révèle l’étude.

Complétez cela avec une capacité de développement rapide pour assurer des traitements (onéreux) pour des conditions médicales complexes, et vous aurez très rapidement une importante pression sur les coûts.

Prestations sociales. Avec les réponses de plus de 500 compagnies à travers 16 pays, les résultats de l’enquête sur les soins de santé dans la zone Emea de Mercer Marsh Benefits visent à fournir aux décideurs et aux parties concernées du secteur de la santé un aperçu des tendances des soins de santé et des prestations sociales à travers cette vaste région.

L’étude a fait une découverte importante : les employeurs de la région du Golfe adoptent des approches plus sophistiquées de la gestion des coûts, en utilisant des analyses de données pour cibler leurs stratégies, et en adoptant une approche plus globale à l’égard de la prévention des maladies, le dépistage précoce, et les interventions ciblées pour générer de meilleurs retours sur investissement.

En plus des programmes traditionnels privés d’assurance maladie et des dépistages de santé individuels, les compagnies
se concentrent sur l’offre de cliniques sur place, sur des programmes d’aide aux employés, sur la formation en ligne sur la santé, ainsi que sur les outils d’évaluation des risques, en vue de connaître la santé de leur main-d’œuvre. L’auteur de l’étude précise que cette stratégie intégrée est mise en œuvre pour garantir une main-d’œuvre en meilleure santé, plus engagée et plus productive, ainsi que pour avoir un impact direct sur la réduction du coût des demandes de remboursement d’assurance maladie.

« Les employeurs reconnaissent de plus en plus le rôle d’une bonne santé non seulement comme un avantage pour les employés, mais comme un outil pour améliorer la productivité de la main-d’œuvre à travers un engagement, une motivation et une productivité plus importants », précise Clements.

Méthodes « De nombreuses études de cas ont démontré qu’investir dans des programmes de santé et de bien-être préventifs pour les employés est susceptible d’aboutir à un bon retour sur investissement. 40 % de l’ensemble des personnes interrogées dans notre étude ont précisé qu’elles étaient plus enclines à investir dans des programmes de bien-être, afin de réduire les risques pour la santé et améliorer la productivité. C’est juste une des méthodes que les employeurs sont en train d’adopter pour prévenir la maladie », ajoute-t-il

Contrairement à la croyance populaire selon laquelle les employeurs de la région sont obligés de fournir des prestations de santé en raison de l’intervention du gouvernement, Clements affirme que près de 80 % des employeurs proposent des programmes de santé comme part de la rémunération, non pas en dehors de toute contrainte, mais plutôt pour des raisons purement commerciales. « Un bon programme de santé est un facteur d’attraction dans la rémunération et les avantages sociaux d’un employé, et contribue à retenir les talents et à gérer les risques de santé du personnel. » Les gouvernements d’Abou Dhabi, d’Arabie Saoudite et du Qatar ont rendu obligatoire l’assurance santé pour les travailleurs.

L’étude, menée avec le magazine Trends, précise : « Globalement, trois quarts des personnes interrogées ont indiqué qu’elles offraient à leur main-d’œuvre des prestations de santé et des avantages sociaux pour des raisons
autres que le fait d’y être obligées par des réglementations locales. Ce chiffre est plus élevé dans les pays appliquant un système de soins de santé contrôlé par le gouvernement (84 %), que dans ceux ayant des systèmes d’assurance sociale (68 %). »

Néanmoins, une légère majorité pense que les réformes gouvernementales pour la santé et le bien-être vont de plus en plus exercer une pression sur les employeurs pour financer des prestations de santé privées. L’un des objectifs les plus importants pour les employeurs était de gérer les risques de santé des employés. « Presque trois quarts des
personnes interrogées – et 94 % de celles des EAU – ont classé cela comme un objectif important ou très important. Toutefois, de nombreux employeurs ne considèrent plus maintenant les avantages sociaux de la main-d’œuvre uniquement comme un avantage pour les employés, mais pour les employeurs. Plus de la moitié (58 %) ont reconnu dans les prestations sociales un outil important pour améliorer la productivité et les résultats de l’entreprise », selon l’étude.

Alors que le coût des prestations de santé est une préoccupation pour de nombreux organismes, les personnes interrogées ont indiqué que les cadres supérieurs restaient plus concentrés sur l’offre de prestations de santé, qui aideront à attirer et retenir les talents clés. La santé de l’employé, 56 %, et l’absence de productivité, 55 %, ont été citées comme préoccupations majeures par les conseils d’administration des sociétés.

Coût. Les personnes interrogées au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe de l’Est étaient les plus enclines à citer l’attraction et le maintien en poste des employés comme une préoccupation (respectivement 71 et 70 %, comparés aux 47 % des personnes interrogées d’Europe de l’Ouest), alors que 47 % précisaient que le coût des prestations de santé était une préoccupation.

Afin de maintenir les programmes de santé à flot et de conserver leur viabilité, les employeurs de la région doivent recueillir des données, en vue de prendre les décisions concernant les programmes médicaux pour leurs employés en connaissance de cause. Autrement, les programmes globaux existants continueront à ronger une grande part des revenus, affectant la rentabilité des entreprises.

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