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Oui, il y a encore de l’espoir pour l’Afrique du Nord

Alexandre Hawari de Mai 20, 2013 - 18:18 dans Economie

Par Oussama Romdhani

Apremière vue, il pourrait sembler à contre-courant de soutenir que l’espoir subsiste en Afrique du Nord ou qu’existent encore des possibilités de faire des affaires dans la région. La tendance, ces derniers mois, a été de favoriser la vision du verre à moitié vide : les missions diplomatiques américaines au Caire, à Benghazi et à Tunis furent saccagées. La violence chronique et les troubles semblent decourager les investisseurs et les touristes, en particulier quand les incidents sont liés aux salafistes radicaux. Après la prise de contrôle des deux tiers du territoire malien par les groupes djihadistes, le Nord et Ouest du continent africain sont devenues synonymes de « danger terroriste ». Les forces françaises deployées sur le terrain et les drones américains installés dans une nouvelle base au Niger ont fait partie des réactions à une situation qui se détériorait.

Il est probable que quiconque quiconque appellerait aujourd’hui au « business as usual » en Afrique du Nord pourrait être accusé de divaguer. Pourtant, même l’observateur le plus lucide pourrait soutenir que les bases essentielles pour la continuation des activités en matière de tourisme, d’investissements et d’échanges existent toujours dans la région. À ce titre, les investissements dans les hydrocarbures en Algérie et en Libye restent essentiellement sûrs. Par ailleurs, l’infrastructure hôtelière moderne ainsi que les grands atouts touristiques importantes toujours là, au Maroc, en Tunisie et en Égypte. La nouvelle génération de jeunes Nord-Africains instruits représente un atout considérable pour les investisseurs étrangers.

Il existe cependant des considérations à prendre en compte sinon il y aurait des raisons de croire que vous êtes en train de divaguer. Il y a certes une instabilité politique et sociale. Mais une grande part de la turbulence est provoquée par les révolutions qui ont mis fin à des décennies de pouvoir autoritaire et ouvert la voie à un processus d’apprentissage de la politique. Une situation souvent due à l’écart entre les ambitions de la jeunesse et les limites des possibilités existantes. Il serait bien hypocrite d’abandonner maintenant les pays de l’après-printemps arabe, alors qu’ils traversent des périodes de réelle transition démocratique en faveur desquelles l’Ouest a longtemps plaidé.

Une grande partie de la turbulence actuelle est la conséquence directe du chômage chez les jeunes ainsi que des inégalités en matière de directe développement. Sans l’aide des nations amies, les pays de la région ne pourront pas vraiment s’en sortir. Depuis le Sommet de Deauville en 2011, personne ne parle plus d’un Plan Marshall pour l’Afrique du Nord. L’argent se fait rare pour tout le monde. Mais personne ne saurait être inspiré par les commentaires de ce banquier européen de haut rang qui constatait avec regret que « le monde arabe a choisi le mauvais moment pour se révolter ». Ce n’est pas là le genre de discours qui réconfortera les jeunes âmes courageuses qui ont mis leurs vies en péril en quête d’un pour un avenir meilleur. Ni même une sage suggestion intéressée, d’un officiel de l’Ouest. De telles remarques ne reflètent même pas une conscience des intérêts de l’Occident. Seules la recrudescence de l’extrémisme radical et l’immigration illégale de l’autre côté de la Méditerranée résulteraient de l’abandon de l’Afrique du Nord.

Les pas nord-africains devront cependant resserrer leurs rangs. Le Maghreb est la région la moins bien économiquement intégrée du monde. Cela doit changer. L’intensification réelle des échanges à travers les frontières ainsi que l’établissement d’une nouvelle doctrine sécuritaire régionale permettront d’améliorer les indicateurs économiques au sein des cinq pays membres, de rassurer les partenaires étrangers et d’attirer les opportunités d’investissement.

Libérées du joug d’un pouvoir autoritaire, de nombreuses sociétés d’Afrique du Nord doivent encore imaginer de nouvelles règles du jeu. Elles doivent également trouver un nouveau terrain d’entente où tous les groupes, y compris les éléments radicaux et les formations marginales, pourraient coexister en paix sans que l’un ou l’autre essaie d’imposer son mode de vie. Les sociétés de la région ont encore à admettre que la violence et l’hostilité envers les autres cultures ne feront que réduire leurs chances d’intégrer le réseau économique mondial. Par ailleurs, il y a dans chaque pays un besoin pressant de réconciliation nationale, de façon à se concentrer sur le futur et non sur le passé. Débarrassés de leur autisme, les pays d’Afrique du Nord sont disposés plus que jamais à écouter les conseils de leurs amis, à condition que ce ne soit pas pour leur dire à quel moment ils peuvent se révolter.

Diplomate tunisien en poste aux États-Unis 1981 à 1995, Oussama Romdhani est lauréet de l’US Foreign Service Distinguished Visiting Lecturer Award. Il a été correspondant à Washington DC ainsi que chercheur à l’université Georgetown

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