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Monnaie en Hausse ?

Alexandre Hawari de Déc 12, 2013 - 17:41 dans Economie

SYRIE

Monnaie en hausse ?

En juin dernier, la livre syrienne a atteint son plus bas niveau de taux de change face au dollar américain : 1 $ s’échangeait au marché noir pour un peu plus de 300 LS. À la veille de la guerre civile, les Syriens achetaient le dollar américain contre 60 livres seulement. Aujourd’hui, le taux de change est de l’ordre de 139 LS pour le prix de 1 $.

Cette hausse spectaculaire, dans un laps de temps de trois mois, ne signifie guère que l’économie est en train de se redresser, affirment les économistes à Damas ainsi que les responsables gouvernementaux. Ces derniers estiment que les pertes subies par le pays dépassent, selon les premières estimations, les 300 milliards de $. Quant aux raisons du redressement du taux de change, au début de novembre dernier, les milieux financiers de la capitale affirment que la campagne menée par le gouvernement – contre les spéculateurs et les barons du marché noir de la monnaie étrangère – vient en tête. D’autres considèrent que ce redressement est aussi dû aux espoirs nés d’une probable solution après la réunion de Genève 2.

Si le Premier ministre syrien assure qu’une des principales raisons est la victoire de l’armée syrienne face aux rebelles armées dans plusieurs villes stratégiques du pays, les observateurs rendent la hausse du taux de change de la LS responsable de l’augmentation de l’afflux du soutien financier des pays alliés au régime syrien. Force est de noter que l’Iran, après l’arrivée du président Rohani au pouvoir, aurait augmenté d’un tiers des aides financières à la Syrie. En même temps, l’Irak aurait augmenté massivement ses importations, en plus d’un dépôt auprès de la Banque centrale syrienne de l’ordre de 6 milliards.

Mais le plus significatif et étonnant, ce sont les informations confirmant que trois pays du Golfe ont accordé, de façon discrète, des aides financières à Damas. Certains participants américains aux négociations avec Téhéran ont laissé entendre qu’il s’agirait du Koweït, des Émirats arabes unis et du sultanat d’Oman.

D’autre part, Arabies a appris de sources concordantes provenant de Doha et de Damas que le Qatar s’est dit prêt à participer à la reconstruction de la Syrie et à proposer l’aide nécessaire au retour des dizaines de milliers de réfugiés en Syrie. À cet égard, deux oncles de l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Khalifa al-Thani, auraient visité récemment Damas, ville avec laquelle ils entretiennent des relations privilégiées, afin de proposer l’offre émanant de leur neveu.

ÉGYPTE

Le Qatar pour cible

L’Égypte n’a pas l’intention de « pardonner » aux Qataris leurs ingérences dans les affaires internes de leur pays tout au long de la gouvernance, pendant un an, des Frères musulmans. Les hommes politiques et des médias égyptiens rappellent aujourd’hui la phrase prononcée, il y a des années, par l’ancien chef de l’État des Émirats arabes unis, feu cheikh Zayed ben Sultan al-Nahyane, un jour où les Qataris avaient rejeté sa médiation pour régler le conflit existant entre le Caire et Doha. Cheikh Zayed, contrarié par l’arrogance des Qataris, avait, lors d’une conférence de presse, déclaré que « tous les habitants du Qatar n’arriveraient guère à remplir les hôtels du Caire ».

Un rappel suffisant à raviver, d’une part, la dignité des Égyptiens et, d’autre part, à monter une grande partie du peuple contre les Qataris. La première décision des autorités égyptiennes a été la fermeture de la chaîne Al-Jazeera, qui qualifia l’écartement des Frères musulmans du pouvoir de « coup d’État militaire ». Le deuxième pas, plus significatif encore, a été la décision du nouveau gouvernement de restituer sans aucune hésitation, les prêts et les dépôts qataris auprès de la Banque centrale égyptienne. Un comportement qui constituait à la fois un défi officiel au Qatar et une montée du sens du nationalisme au sein de la population. Au point que les commerçants qui vendent des objets touristiques au marché Khan al-Khalili refusaient de vendre leurs produits à « ceux qui complotent contre leur pays ».

Les Égyptiens ne se sont pas arrêtés là. Ils ont passé le message, à travers le président de l’Association des hommes d’affaires égypto-qataris, disant que le retrait des investissements qataris du marché égyptien n’aurait aucune répercussion sur l’économie. Ils ont même proposé aux Qataris de céder la Banque Al-Ahli Société générale, rachetée par Qatar National Bank du temps des Frères musulmans, et il y aurait déjà des acheteurs égyptiens. Mais la plus grande provocation est venue des Moukhabates militaires (services de renseignement de l’armée) qui, face à leurs homologues qataris, ont décidé d’éviter d’aider financièrement ou par les armes le mouvement des Frères musulmans.

© Reuters