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L’asphyxie du secteur bancaire tunisien

Alexandre Hawari de Déc 20, 2012 - 15:06 dans Economie

Malgré les efforts déployés par le gouvernement pour convaincre le FMI que la Tunisie est sur la bonne voie, les vulnérabilités des banques sont inquiétantes.

Les responsables de l’État et du gouvernement de la Banque centrale de Tunisie (BCT), par la voix de Chadli Ayari, affirment que le secteur bancaire est loin de l’asphyxie (contrairement à ce qu’indiquent certaines institutions financières internationales et une des agences de notation).

La vérité est différente. Dans ce contexte, comme le disent les économistes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ce qui a incité l’agence internationale de notation Standard & Poor’s à affirmer que ce secteur présente un « risque de krach », suscitant l’inquiétude des analystes tunisiens les plus avisés. Il s’agit plus exactement d’un risque classifié 8 sur l’échelle Standard & Poor’s qui comporte 10 échelons.

Pour preuve, les établissements bancaires tunisiens cumulent un stock important de créances douteuses de 20 %. À titre d’exemple, si les résultats consolidés de la banque publique Société tunisienne de Banque (STB) pour 2011 ne sont pas encore publiés, elle affichait déjà en 2010, 1,9 milliard de dinars de créances dont seulement 50 % sont provisionnées.

Un constat confirmé, le 25 octobre dernier, par le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Chadli Ayari. Ce dernier estime que le niveau des créances serait actuellement de 10 milliards de dinars, soit 19 % des créances bancaires contre une première estimation de 7 milliards. Ces créances sont, d’après les experts de la Banque mondiale, le plus grand handicap du secteur bancaire tunisien qu’il sera très difficile de surmonter alors que le pays s’enfonce de plus en plus dans l’instabilité politico-économique.

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Les quelques prêts du parti islamiste Ennahda, qui dirige le gouvernement, sont loin d’empêcher l’asphyxie du secteur bancaire. Les réformes annoncées par Ayari portant sur plusieurs volets, en l’occurrence la capitalisation des banques privées – jugée en deçà du niveau exigé par les règles de Bâle –, l’amélioration de la gestion du risque à travers l’augmentation des provisions des banques pour qu’elles soient au niveau de leurs engagements, restent loin de convaincre les institutions financières internationales.

Ingérence du politique. L’ingérence du politique dans les affaires de la BCT et des banques publiques et privées complique encore plus la situation du secteur bancaire tunisien.

Les autorités monétaires ne parviennent pas à renforcer les fonctions de supervision exercée par la BCT sur les institutions financières de la place et à sauver ainsi les banques publiques en difficulté. D’autant que la politique de « règlements de comptes » menée par le gouvernement contre les responsables et cadres des établissements bancaires de la place fait perdre toute confiance dans l’avenir proche du secteur bancaire et rend sa sortie de l’ornière quasi impossible.

Le gouvernement déploie des efforts considérables pour convaincre le FMI que le secteur bancaire tunisien est sur la voie de son assainissement. Mais malgré les données erronées, notamment concernant la valeur des garanties bancaires qui sont, selon les experts de l’institution financière internationale, fortement surestimées, les vulnérabilités des banques sont beaucoup plus importantes que ne le laissent entrevoir les données bilancielles communiquées par les autorités monétaires officielles.

À cela s’ajoute la détérioration de la qualité des actifs. Sur la question de l’asphyxie du secteur, la Banking Industry Country Risk Assessment (Bicra) estime qu’elle est inévitable, sauf si le pays retrouve rapidement sa stabilité politico-économique, voire sécuritaire, ainsi que la confiance des milieux d’affaires et surtout si le pays voit le retour des capitaux tunisiens qui ont fui la Tunisie depuis l’arrivée du gouvernement d’Ennahda.