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Interview Ministre marocain de l’Économie et des Finances

Alexandre Hawari de Août 16, 2012 - 08:45 dans Economie

Nizar Baraka, le ministre marocain de l’Économie et des Finances, nous parle des défis que doit relever le Maroc en ces temps troublés…
Propos recueillis par Ranvir Nayar

Quel sera d’après vous l’impact de la situation mondiale sur votre pays ?
Il va sans dire que le Maroc est étroitement lié à la zone euro, et que la baisse des taux de croissance dans cette zone touche notre économie et la demande extérieure de produits marocains. En effet, la demande extérieure a chuté de 3 à 1 %. Pourtant, nous enregistrons une croissance qui avoisine les 3,4 % alors que le taux de croissance des secteurs non agricoles est de 4,4 %. Ainsi, nos exportations ont crû de 5 %, ce qui nous permet d’espérer que le Maroc puisse tout de même favoriser les exportations, surtout dans les domaines automobile, aéronautique, offshore et touristique ainsi que dans l’industrie agroalimentaire.

Vous venez d’avancer que votre marché principal est porté vers la zone euro… Maintenant que cette zone traverse une crise, avez-vous envisagé de tâter le terrain d’autres marchés ? Quelle est votre approche en ces temps de crise européenne ?
Nous avons œuvré sur divers fronts. En premier lieu, la diversification de nos produits. Aujourd’hui, forts que nous sommes de cette variété, nous pouvons parler d’exploits en matière d’aéronautique, d’électroniques, et maints autres secteurs à grande valeur ajoutée.

En deuxième lieu, les nouveaux marchés que nous avons réussi à explorer… À titre d’exemple, dans le domaine touristique, nous tentons aujourd’hui d’attirer les touristes depuis la Russie, la Pologne, et tous les pays de l’Europe de l’Est, et il en va de même pour l’Asie. En même temps, nous cherchons à renforcer l’exportation vers l’Afrique et les pays de l’Afrique subsaharienne.

En fait, le Maroc est bel et bien présent dans le secteur financier africain, surtout les banques marocaines qui se sont déployées dans 15 pays, les sociétés d’assurance dans 10 pays et les entreprises de télécommunication opérant dans 5 pays. Cela ouvre la voie au développement de nos exportations, surtout alimentaires, et nous permet d’accroître nos investissements dans ces pays. Un autre domaine de prédilection pour nous s’avère être celui de l’exploitation minière, notamment avec la situation en Tunisie et en Libye. Il nous importe de leur venir en aide et de prendre part à leur développement et à l’établissement de leur économie. Je parle surtout de la Libye où le Maroc se montre également présent.

Votre secteur bancaire a-t-il subi les secousses de l’écroulement du système bancaire mondial ?
Non, et c’est heureusement dû au fait que nous n’étions pas très exposés à cette crise mondiale, sans compter notre secteur financier très robuste qui applique des règles strictes et avait déjà entrepris des tests d’endurance, ce qui nous a aidés à surmonter cette récession. Pour préserver la vigueur de notre système bancaire, il nous faut lui apporter davantage le soutien requis pour assurer son développement et financer les investissements potentiels dans notre pays.

Quels sont les défis qui se posent au Maroc aux niveaux économique et politique ?
En matière de politique, et grâce à l’apport de Sa Majesté, nous avons édifié une nouvelle Constitution plus démocratique, qui avalise l’établissement de nouvelles institutions. Le Maroc a pu ainsi assurer une évolution et une transition démocratiques. Le défi réside aujourd’hui dans le développement des institutions et des parlements, et dans une meilleure inclusion des citoyens dans les affaires politiques tout en leur offrant des garanties pour leur avenir. Le second défi se manifeste dans les réformes pressantes qui doivent être effectuées pour que soient promues les opportunités d’investissements. Ces dernières abondent, vu les événements mondiaux. Ayant mené sa transition politique, le Maroc se voit offrir d’amples opportunités pour attirer les investissements étrangers, grâce à la stabilité qui règne dans le pays, surtout la stabilité sociale. Cela a pour effet de favoriser un climat propice aux investissements dans notre pays.

Quelles sont les régions envisagées ?
Le défi primordial pour nous demeure la régionalisation. Comme vous le savez, la nouvelle Constitution stipule la réforme de l’État, car nos futures décisions porteront sur les régions. Tel est notre défi principal : trouver le moyen d’augmenter les autorités des collectivités.

Vous parlez donc de décentralisation?
Certainement… de la décentralisation.

Et pour ce qui se rapporte à la mobilisation d’investissements, quelles régions se retrouvent dans votre champ de vision?
Nous avons déjà conclu des accords de libre-échange, ce qui permet à toute partie convoitant une opportunité d’investissement au Maroc de procéder à l’exportation à des milliards de citoyens partout dans le monde, puisque des accords de libre-échange nous lient à l’Europe, à la Tunisie, à l’Égypte, à la Jordanie, à la Palestine et également aux pays arabes. De plus, nous œuvrons actuellement à signer un accord de libre-échange avec le Canada.

Qu’en est-il des pays du Conseil de coopération du Golfe ?

Nous envisageons sans faute de mobiliser les investisseurs des États-Unis, des pays arabes et nos efforts servent cet objectif. L’entreprise canadienne Bombardier a investi dans le Maroc, de même pour Renault qui a choisi d’exporter des milliers de véhicules par an depuis notre pays. D’autres entreprises venant d’Arabie Saoudite ont élu domicile au Maroc et investissent dans le domaine de l’énergie renouvelable, et l’énergie dite « offshore ».

À propos de l’éducation… La percevez-vous toujours comme un grand défi du monde arabe ?
Oui, c’est un grand défi qu’il faut aplanir dans plusieurs volets. Il nous faut tout d’abord changer la culture de nos peuples. Ils doivent devenir plus responsables, prendre plus d’initiatives tout en faisant montre d’une plus grande créativité. Deuxièmement, il faut qu’il y ait une association entre les besoins sur le marché du travail et les approches éducatives.

C’est dans cette optique que nos universités cherchent à développer les aptitudes de leurs étudiants, de façon à ce qu’elles soient plus en rapport avec les marchés de travail.Pour tout grand investissement, étranger en particulier, nous consacrons une académie. Par exemple, pour fournir les effectifs requis par Renault, nous avons établi une académie dédiée à la formation des aptitudes dans le domaine de l’automobile. Idem pour Bombardier dans le secteur de l’aéronautique. Ces actions garantissent le lien de pertinence entre éducation et besoins du marché, tout en assurant à nos citoyens une meilleure performance.

Et l’Asie ? Y voyez-vous un marché opportun ou une source avantageuse d’investissements ?
Des relations nous lient à la Chine ainsi qu’à l’Inde du fait de nos exportations de phosphate. Cela explique la valeur de l’Inde pour nous. Il est important pour le Maroc de réussir à attirer les investissements indiens dans la technologie de l’information et dans le domaine de l’industrie. Ensemble, nous pouvons aller de l’avant, surtout dans le développement d’autres secteurs comme l’énergie, ou l’énergie propre, vu les grands exploits de l’Asie dans ce domaine.