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Changements technologiques majeurs

Alexandre Hawari de Déc 12, 2013 - 18:14 dans Economie

Changements technologiques majeurs

Un nombre limité d’entreprises ont commencé à capitaliser sur les grandes bases de données. Mais combien de temps faudra-t-il au reste du peloton pour les rattraper ?

Par Mike Byrne, Dubaï

avance

Avec la montée en flèche des réseaux sociaux, la prolifération des appareils portables et des appareils intelligents, les entreprises doivent conserver une longueur d’avance afin de réussir

Nous sommes au cœur de changements technologiques, sociaux et économiques majeurs, illustrés par le passage de l’ère de l’information à l’ère de l’intelligence. Avec la montée en flèche des réseaux sociaux, la prolifération des appareils portables et des smart devices (appareils intelligents), de même que les exigences sans cesse croissantes des consommateurs,
les entreprises ne doivent pas seulement se maintenir pour rester concurrentielles, mais aussi pour conserver une longueur d’avance afin de réussir.

Les grandes bases de données sont l’un des sous-produits de ce changement majeur sans précédent, provoquant un tsunami de données. Les entreprises doivent être prêtes à y accéder, à les gérer et les utiliser, afin de rester innovatrices et compétitives. Dans les prochaines années, les grandes bases de données se révèleront être un important facteur de différenciation entre les sociétés, ou pourraient être la cause de leur chute, dans le cas où d’autres entreprises prendraient le dessus, grâce à une plus grande compréhension et une meilleure utilisation des traitements analytiques.

Au Moyen-Orient, les données non structurées sont sans aucun doute un sujet de débat clé de l’informatique. Néanmoins, en essayant de comprendre l’importance de la gestion des données, plusieurs entreprises de la région peuvent avoir mal évalué les défis auxquels elles sont confrontées, en recueillant, partageant, transmettant, stockant et exploitant efficacement les quantités d’informations en augmentation constante.

Cependant, ce problème n’est pas particulier à la région. Même dans les marchés développés, les entreprises ne comprennent pas l’essentiel de la grande base de données, d’où une mise en application du processus anémique par nature. Dans un rapport de Quocirca et d’Oracle en 2013, les résultats ont montré que les trois-quarts des organismes à travers l’Europe et le Moyen-Orient n’accordaient pas beaucoup d’importance aux grandes bases de données.

Transformations. Plus de la moitié des organismes interrogés ont révélé que les grandes bases de données figuraient dans leurs programmes, mais étaient considérées comme moins importantes que d’autres domaines.

Les secteurs qui avaient ouvert la voie, en transformant leurs modèles d’entreprises en vue de s’adapter aux grandes bases de données, incluent les télécommunications et les services, alors que le secteur public, les services de santé et la vente au détail montraient moins d’enthousiasme. Le secteur des télécommunications a dû faire face à une grande quantité de données, comprenant, entre autres sources, le contrat client et les informations sur la facturation, les données d’inventaire ainsi que les données tirées du contrôle des performances du réseau, durant une longue période.
De la même façon, les sociétés dans le secteur des services avaient eu à faire face à des données provenant de compteurs et de capteurs de réseau, ainsi qu’à superviser le stockage et la gestion d’un grand nombre de données clients.

« En tant que tendance grandissante, et peut-être davantage que tout autre secteur, la vente au détail va substantiellement bénéficier des grandes bases de données. Plus les entreprises de vente au détail rassembleront d’informations sur leurs clients, mieux elles seront en mesure d’adapter leurs offres, et de lancer des produits performants », affirme Andrew Sutherland, vice-président senior d’Oracle dans la zone Emea.

Il existe plusieurs définitions de la grande base de données, même si la plupart semblent s’accorder sur trois caractéristiques principales : la quantité, la variété et la rapidité. « Grand » n’est pas nécessairement toujours synonyme de taille. Les données peuvent être grandes en raison d’un trop grand volume, en partie parce qu’elles vont trop vite ou bien encore du fait qu’elles ne sont pas structurées dans un format facile à utiliser.

Les recherches montrent que le flot de données augmente rapidement. 90 % des données dans le monde, aujourd’hui, ont été créées au cours des deux dernières années, et il y aura 44 fois plus de grandes bases de données d’ici à 2020.

Des recherches récentes dans le secteur montrent aussi que les débits des données augmentent approximativement de 40 % chaque année. Encore plus de données sont générées tous les deux jours que depuis l’aube des premières civilisations jusqu’à l’année 2003 incluse.

« Quand les informations clés peuvent être exploitées à partir des grandes bases de données, à travers les analyses – révélant des comportements complexes, des schémas et des événements à mesure qu’ils se produisent, voire avant, ces données seront en mesure de réaliser leur pouvoir intrinsèque, en transformant les prises de décisions ainsi que les processus opérationnels », explique Infran Verjee, cadre supérieur de Cisco Consulting Services dans la zone Emea.

Modèles d’entreprises. En effet, les grandes bases de données ont la capacité de changer les conceptions des modèles d’entreprises – de même que la prise de décision quotidienne – qui accompagnent l’analyse des nouvelles données. Le choix des produits et des services pour répondre à un environnement d’affaires en évolution est ce qui déterminera la réussite plutôt que l’échec. Des rapports récents semblent indiquer que, dans tous les secteurs, les sociétés les plus performantes utilisent les analyses cinq fois plus que celles qui sont peu performantes.

« Étant donné la vitesse fulgurante à laquelle les informations entrent dans les entrepôts de données, il devient impératif pour les entreprises de saisir et de déterminer l’importance et l’intérêt des données, au même rythme accéléré. En quelques microsecondes, des décisions doivent être prises, pour savoir si un certain nombre de données méritent d’être recueillies, et si elles présentent de l’importance en étant associées à d’autres données. C’est seulement de cette façon que des données non structurées peuvent réellement être déterminantes pour les entreprises de la région », affirme Verjee.

Selon ce dernier, l’écosystème de données dans la région est très morcelé, et continuera de l’être au cas où les entreprises persisteraient à adopter la politique de l’autruche.

Entre celles qui créent des données dans des silos, et celles qui pourraient potentiellement en tirer profit, il existe un réseau lourd de complexités, d’inégalités et de manque de communication. En effet, si les analyses doivent servir de clés de traitement, ce morcellement doit alors être abordé avec les procédés déterminés, la gestion, la connectivité, la sécurité et l’efficacité, à l’intérieur des sociétés ainsi qu’entre elles.

Changement nécessaire. Avant que les compagnies ne commencent à planifier les moyens d’exploiter ces informations, elles doivent comprendre leurs propres exigences. Il existe toujours une confusion sur l’ampleur réelle du changement nécessaire pour mettre en œuvre les grandes analyses de données, avec la conviction de certaines entreprises d’être à la veille d’un grand bouleversement, alors que d’autres sont confiantes dans le fait qu’elles n’auront besoin que de compléter la technologie existante.

Malgré son rôle primordial, l’expérience actuelle montre que la plupart des entreprises ne pourront sans doute jamais adopter toutes les nouvelles technologies et les capacités logicielles. Le développement rapide et continu des technologies amène souvent un état d’incertitude et d’instabilité et, de ce fait, la plupart des sociétés auront besoin de temps pour réfléchir et décider du meilleur moyen d’action. En conséquence, les sociétés devraient se concentrer sur l’amélioration de leur capacité à choisir les technologies adéquates à déployer, ce qui peut conduire alors à un avantage dans la compétitivité.

Il existe, dans chaque région, des préoccupations de la part des entreprises sur l’éventuel coût d’utilisation des grandes bases de données. « La question devrait être de savoir quel en serait le coût si on ne le faisait pas », déclare Paul Devlin, directeur du service d’analyses commerciales et de la technologie des bases de données du groupe SAP dans la zone Mena. « Les données sont l’un des atouts les plus précieux qu’une entreprise peut avoir, et plus on y a accès et on les utilise,
dans toutes leurs sources et leurs variétés, plus on peut mettre à profit ces atouts pour accélérer les processus de travail existant », explique-t-il. En effet, quand les grandes bases de données deviendront la norme, les entreprises commenceront à s’y référer uniquement en tant que « données », et la possibilité d’y accéder et de les utiliser deviendra une exigence minimum pour l’intérêt et la compétitivité.

Avant d’entreprendre l’analyse des grandes données en vue d’améliorer le travail, les entreprises ont déjà commencé à admettre que l’harmonisation des personnes avec le progrès technologique est vitale. « Dans un trop grand nombre d’entreprises, les équipes IT ne sont pas en harmonie avec les équipes commerciales. Lorsque les services commerciaux et le département informatique travaillent en harmonie, la valeur des grandes bases de données est généralement comprise… Ce n’est pas simplement une question de technologie », précise Michael Connaughton, directeur Big Data chez Oracle dans la zone Emea.

Les futurs développements pour faciliter cette transition exigeront d’un grand nombre de dirigeants de changer leur manière de prendre les décisions. Les
décideurs devraient suivre l’évolution des nouvelles technologies, et être attentifs à leur rythme d’adoption par la concurrence, dans les marchés établis comme dans les marchés émergents.

Expertise. On sait que les États-Unis ont besoin de 140 000 à 190 000 travailleurs supplémentaires avec une « profonde expertise analytique », et de 1,5 million de gestionnaires de bases de données de plus, ayant reçu une nouvelle formation ou ayant déjà travaillé dans ce domaine. Non seulement dans cette région, mais dans des marchés plus développés, les sociétés seront confrontées aux perspectives
d’un manque d’employés possédant des compétences dans les grandes bases de données, ce qui pourrait constituer un autre facteur de concurrence.

À travers la zone Mena, la base de compétences s’accroît. « Actuellement, les compagnies recrutent massivement pour cet ensemble de compétences. De nombreuses universités de la région proposent également des cours abordant le défi des grandes bases de données, de même que des programmes de développement professionnel, assurés par des acteurs clés du secteur informatique, dans le but de former la nouvelle génération », explique Devlin.

Parallèlement à l’exigence grandissante pour la mise en application de l’utilisation de la grande base de données s’ajoutent les problèmes de sécurité sans cesse croissants et de plus en plus sophistiqués. Les pirates s’en prennent aux sites, aux outils et applications les moins susceptibles d’être remarqués, et qui sont le plus fréquemment visités par les utilisateurs.

Les menaces actuelles sont susceptibles d’infecter le grand public silencieusement et efficacement, sans discrimination aucune de secteur, de travail, de taille ou de pays. Les cybercriminels profitent des surfaces d’attaque qui s’élargissent rapidement dans le monde d’aujourd’hui, « de n’importe qui à n’importe qui », où les gens utilisent tout genre d’appareils pour accéder à leurs réseaux de travail.

Sécurité. Cependant, il existe de nombreuses technologies disponibles pour sécuriser les réseaux actuels, et le moment est venu pour les directeurs des systèmes d’information de s’assurer que leur sécurité est solide. Il est essentiel que la sécurité constitue un pilier, et de la bâtir au cœur du réseau, déclare Verjee.

Si les entreprises régionales veulent non seulement rester concurrentielles sur leur propre marché, mais offrir également leurs produits et services à travers d’autres marchés, la grande base de données deviendra alors une tendance inévitable. Il y a un grand nombre de questions qui font hésiter, particulièrement dans cette région, comme la sécurité, le prix, ainsi que la loyauté des parties tierces, mais la grande base de données ne va pas attendre les retardataires – elle récompensera ceux qui sont prêts à en reconnaître le potentiel, et à appliquer les
mesures nécessaires.

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