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Abdelouahab Rahim : À la conquête de l’Algérie…

Alexandre Hawari de Fév 11, 2013 - 08:23 dans Economie

Abdelouahab Rahim, à la tête d’Arcofina Holding qui compte parmi les champions nationaux, est un ténor du monde de l’entreprise. Portrait d’un entrepreneur hors norme.

Par Véronique Narame, Alger

L’Algérie, c’est sa raison d’être. La Kabylie, son port d’attache, sa forteresse, où il est né, en 1952. Tout juste dix ans avant l’indépendance. S’il a dû les quitter dans les années 1970, pour étudier le management et le marketing en Suisse et en France, c’est pour mieux servir en retour les intérêts de sa terre natale.

Abdelouahab Rahim n’a en effet jamais tourné le dos à son pays et a toujours entretenu des liens très étroits avec la mère patrie. Pour preuve, il est revenu vingt ans plus tard pour tenter l’impossible : créer de la richesse dans un pays alors au bord du gouffre. « J’ai abordé l’Algérie dans les années 1990, alors qu’elle était en faillite », se souvient le P-DG d’Arcofina, qui est aussi président de l’Union nationale des investisseurs.

C’est durant la terrible tragédie nationale, en 1994, que l’entrepreneur prend les commandes de la société de gestion Arcofina Holding.

Le pari est extrêmement risqué, mais qu’importe. L’homme est viscéralement lié à l’Algérie et sans hésiter, il l’investit corps et âme pour, dit-il, construire l’avenir.

Abdelouahab Rahim tente le tout pour le tout : il mise sur la reconstruction d’une économie exsangue. « Je suis allé aider mon pays qui avait des problèmes. J’ai d’abord commencé à générer de l’emploi, puis, dans le feu de l’action, j’ai créé des sociétés dans le domaine pharmaceutique et les assurances ». Contre toute attente, il réussit là où tant d’autres auraient échoué. « L’Algérie est un pays d’avenir dont le potentiel est avéré. Mais il faut du temps pour le comprendre et en maîtriser le processus. Pour l’aborder, il faut avoir foi en lui et faire preuve de persévérance », convient-il.

Rien ni personne ne peut entamer l’ardeur de ce fils du pays, qui s’est très tôt frotté à la dure réalité de l’existence et s’est construit un mental d’acier. « C’est la vie qui forge les hommes et non pas la naissance », résume celui qui doit aux montagnes de Kabylie de lui avoir appris que pour apaiser la soif, il faut aller chercher l’eau à la source. Cet apprentissage est fondateur. Abdelouahab Rahim le reproduit méthodiquement et bâtit pas à pas le Holding Arcofina.

En 2001, il acquiert Dahli, une société dédiée à l’immobilier, à l’hôtellerie et aux loisirs, qui comprend l’hôtel Hilton d’Alger et la tour Algeria Business Center. Il investit en parallèle dans d’autres domaines d’activités. Au fil du temps, l’homme d’affaires édifie l’architecture de son vaisseau amiral.

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Il opère dans la grande distribution avec l’hypermarché Ardis, dans la promotion immobilière, les services informatique, la communication, l’import-export de produits de luxe, l’automatisation… À son actif, des hôtels, des immeubles, des business center, des bureaux et l’Algérienne des assurances (2a)… Et aussi la fourniture d’accès Internet, l’installation d’ascenseurs, la décoration et le jardin. Abdelouahab Rahim développe une large gamme d’activités qui profite à l’économie algérienne et il crée des milliers d’emplois.

Sa dernière réalisation, et non des moindres, est Alger Medina, un complexe qui s’étend sur 75 hectares, dont la première phase, Médina Center, livrée le 5 juillet, intègre l’hypermarché Ardis et le parc aquatique Baba Arroudj. « Alger Medina, qui est le fruit d’une longue réflexion sur la qualité de vie du citoyen algérien dans son environnement, apporte une dimension nouvelle dans l’espace de notre capitale », explique le maître d’œuvre de cette réalisation. À l’horizon 2020, ce projet, qui aura mobilisé 2,5 milliards d’euros, disposera de résidences hôtelières, d’un quartier d’affaires composé d’un City Center et de ses tours, d’un palais des congrès de plus de 4 000 places et d’un port de plaisance.

Loin de chercher la reconnaissance et les honneurs, le P-DG d’Arcofina mise avant tout sur l’essor de son pays. C’est sa contribution au bien-être de sa communauté. « Quand la nature vous a doté de cette capacité, il faut la tenir à disposition des autres et la transmettre pour permettre à son prochain d’aller de l’avant. Car le plus important, c’est l’intérêt général », confie-t-il.

Et c’est sur la jeunesse qu’il centre son action, gageant sur ceux qui demain présideront à la destinée de l’Algérie. En patron aguerri, il sait qu’il faut installer un climat de confiance pour aborder le futur avec sérénité, et compter sur les nouvelles générations pour reprendre le flambeau.

Pour accomplir son dessein, il compose sa partition avec la diaspora algérienne et cofonde l’Algerian International Diaspora Association (Aida), une plate-forme de communication et de liaison qu’il préside, et dont le bureau exécutif réunit les sommités du monde des affaires algérien.

Parmi eux, Ismaïl Chikhoune, président du Conseil d’affaires algéro-américain ; le spécialiste en management Malik Si-Hassen ; Abdelrahmi Bessaha, économiste principal au Fonds monétaire international (FMI) ; et Kaci Ait Yala, président du groupe K&S, qui détient plusieurs sociétés en Europe et en Algérie.

Ensemble, ils ambitionnent de fédérer les potentialités des quelque 7 millions d’Algériens résidant aux quatre coins du globe, dont 5 millions sont établis en France. « Chacun de nous a un excédent et un manque. Créons une chaîne à travers le monde pour gagner ! », lance avec force et conviction Abdelouahab Rahim.

Mûe par la formidable énergie de son président, Aida organise le Diaspora Business Expo 2013, premier salon de la diaspora algérienne qui se tiendra à Alger du 20 au 23 mai 2013. « Le pouvoir économique de la diaspora est extrêmement important. Au plan mondial, on recense près de 200 000 chefs d’entreprises algériens vivant à l’étranger ! Le but est d’établir des connections », souligne Abdelouahab Rahim, qui entend bien faire bouger les lignes pour soutenir la montée en puissance de l’économie de l’Algérie. Son credo : mettre en relation les décideurs.

« Loin de moi l’anxiété. Le monde est une petite boule ronde », lâche-t-il au détour d’une conversation avant de s’envoler vers d’autres horizons où l’attendent de nouveaux défis.

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Chiffres clés

1952 : Naissance en Kabylie d’Abdelouahab Rahim

Années 1970 : Études de management et de marketing en Suisse et en France

1993 : L’agence de communication Régie Sud Méditerranée est créée

1994 : Création d’Arcofina Holding

1998 : L’Algérienne des assurances (2a) obtient son agrément

2000 : Création de Webcom, fournisseur d’accès Internet

2001 : Acquisition de la société Dahli qui comprend l’hôtel Hilton d’Alger

2005 : Construction de la Tour Algeria Business Center

2006 : Ardis ouvre son premier point de vente sous le label Carrefour

Juillet 2012 : Inauguration du centre commercial Médina Center et du parc aquatique

Fin 2012 : Naissance de l’Union nationale des investisseurs, présidée par Abdelouahab Rahim