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Trump, Poutine et le Moyen-Orient

Christian Malard - janvier 5, 2017 - 09:58 - Tribune

Lors de leur première conversation téléphonique, Donald Trump et Vladimir Poutine ont reconnu que les relations entre leur deux pays n’étaient pas satisfaisantes et qu’il était pour eux impératif de les améliorer. D’entrée de jeu, ils ont parlé de combiner leurs efforts pour combattre le terrorisme et trouver une solution à la crise en Syrie.
Durant sa campagne présidentielle, Trump avait déclaré à plusieurs reprises qu’il avait une haute considération pour Poutine et l’action qu’il mène contre les islamistes en général, d’où sa proposition de mener ensemble une guerre sans merci contre l’État islamique en Syrie et en Irak.
Pour ne pas se mettre à dos le président russe, dont il veut devenir l’ami, à la différence de Barack Obama, il est donc peu probable que Trump exige le départ de Bachar al-Asssad comme condition à un règlement de la crise syrienne.
Cela dit, les divergences géopolitiques structurelles entre les États-Unis et la Russie peuvent limiter le rapprochement entre Trump et Poutine.
Les deux hommes n’ont pas les mêmes alliés. Les Russes combattent aux côtés du régime syrien, du Hezbollah libanais pro-iranien et de l’Iran dont Donald Trump a fait son ennemi juré, souhaitant même remettre en question l’accord sur le nucléaire signé le 14 juillet 2015.
Le problème qui se pose est le suivant : Donald Trump devra choisir entre le rapprochement avec Moscou et le bras de fer avec Téhéran, à moins qu’il ne demande à Vladimir Poutine de jouer les intermédiaires avec les ayatollahs pour tenter d’amender certaines parties du traité.
À Téhéran, on est inquiet. Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne, a réagi promptement, déclarant : « Le futur président américain doit respecter les accords, les engagements pris à un niveau multilatéral. »
À quelques mois de l’élection présidentielle iranienne, de nombreux observateurs s’accordent à dire que la victoire de Trump renforce le camp des ultraconservateurs qui sont persuadés que la nouvelle administration américaine ne respectera pas l’accord nucléaire défendu par leur adversaire, le président de la république, Hassan Rohani, qui pense que « Trump ne pourra pas revenir sur cet accord historique entériné par l’Organisation des nations unies ».
Bien qu’applaudi par les alliés des États-Unis comme la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Union européenne, sans oublier la Chine et la Russie, cet accord n’est pas du goût de la majorité républicaine, plus que jamais renforcée aujourd’hui au Congrès américain après la victoire de Donald Trump.
Les Républicains considèrent, sans doute à juste titre, qu’Obama a récompensé et renforcé un pays comme l’Iran, suppôt du terrorisme international, qui veut à tout prix étendre son influence à l’ensemble du Moyen-Orient où son emprise se fait déjà sentir dans des pays comme la Syrie, l’Irak, le Liban et le Yémen.
Trump, qui n’a cessé de répéter durant sa campagne : « Il faut défaire cet accord désastreux avec l’Iran », peut-il maintenant créer une nouvelle épreuve de force ? Dans le meilleur des cas, pourrait-il renégocier cet accord partiellement ? Rien n’est moins sûr si le Congrès et lui-même veulent adopter la politique de la carotte et du bâton : maintien des sanctions ou action militaire si l’Iran viole l’accord.
Reste que dans l’autre grand pays, leader des monarchies du Golfe, l’Arabie Saoudite, on espère un rééquilibrage des relations avec Donald Trump, après avoir dû subir les incohérences d’un Obama qui a commis l’erreur majeure de penser que l’Iran pourrait jouer un rôle stabilisateur au Moyen-Orient.