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Syrie, la Pax Poutina

Christian Malard de Déc 12, 2016 - 08:46 dans Tribune

Je me suis mis récemment à disséquer les propos que le président russe, Vladimir Poutine, a tenus lors d’une interview qu’il a accordée à la chaîne de télévision française TF1, au lendemain de l’annulation de sa visite en France, prévue le 19 octobre, par les autorités françaises qui, au diapason de l’administration américaine, ont accusé les Russes et les Syriens de « crimes de guerre » à travers leurs opérations militaires menées dans la ville syrienne d’Alep.
Poutine parle de « rhétorique politique » qui n’a pas grande signification quand on voit la situation qui prévaut sur le terrain en Syrie. Il renvoie Occidentaux, Américains et Européens à leurs responsabilités.
« Ils se sont tous précipités, assène-t-il, pour soutenir les printemps arabes. Comment tout cela s’est terminé ? Même si tous les pays concernés n’étaient pas des démocraties au sens occidental du terme, elles ne représentaient pas une menace terroriste pour la France, la Belgique, la Russie, les États-Unis, et pourtant l’Occident avec les États-Unis ont participé à leurs destructions étatiques. Maintenant, ils représentent tous des menaces terroristes et notre devoir est d’y mettre fin, y compris en Syrie. »
Sans doute le président russe a-t-il, en partie, raison sur le fond. Il ne veut pas être le seul au banc des accusés. Poutine de citer les bavures de l’aviation américaine sur des hôpitaux et autres en Afghanistan, au Yémen, y compris à Alep. Poutine d’ajouter, à juste titre, ce que font les responsables du Hamas lorsqu’ils sont attaqués par les Israéliens dans la bande de Gaza : la triste réalité, c’est que, quel que soit le lieu des opérations militaires, des innocents paient le prix et, dans le même temps, on ne peut pas laisser les terroristes, comme ceux de Jabhat al-Nosra, à Alep, se retrancher derrière les populations civiles dont ils se servent comme boucliers humains.
N’oublions pas que Poutine, en pleine guerre il y a quelques années contre les rebelles tchétchènes, avait déclaré : « Il faut terroriser les terroristes jusque dans les chiottes. »
Aujourd’hui plus que jamais, Poutine veut faire comprendre aux Occidentaux que mieux vaut encore Bachar al-Assad au pouvoir en Syrie que les Frères musulmans, Al-Qaïda ou autre Daech.
Poutine déplore aussi le manque de confiance entre Russes et Américains pour mener des opérations militaires conjointes contre les groupes terroristes. En tout cas, le sort d’Alep pourrait déterminer l’avenir du régime syrien.
Si Bachar al-Assad, appuyé par la Russie et l’Iran, gagne, il aura gagné la guerre.
Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, les États-Unis ont péché par impuissance. Ils ont été incapables de réagir avec fermeté vis-à-vis de Vladimir Poutine. Aujourd’hui, le président russe veut poursuivre sa politique de rouleau compresseur et regagner le temps et le terrain perdus.
Il sait qu’il y a peu de chances de voir une réplique militaire américaine avant l’investiture du nouveau président le 20 janvier 2017. Alors, il enfonce le clou et signe son retour en force et son ancrage stratégique au Moyen-Orient, par le biais de sa présence militaire en Syrie d’une durée indéterminée. Bref, il dame le pion à l’Amérique et à ses alliés.
Il manœuvre bien avec l’Iran et a su amadouer Erdogan, le président turc, membre de l’Otan.
Il va vouloir faire reculer l’Otan et tenter de récupérer son influence dans certaines anciennes républiques soviétiques comme les trois républiques baltes, la Pologne et la Tchéquie.
La guerre d’influence ne fait que commencer. C’est en Syrie que Poutine a donné toute la mesure de ses ambitions internationales et qu’il y a vu la possibilité d’inverser le cours de l’histoire face à l’impuissance occidentale.