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Proche-Orient : rengaine pour la paix

Christian Malard de Mar 27, 2017 - 14:39 dans Tribune

En politique, on a souvent l’art de faire du neuf avec du vieux. C’est valable pour le Proche-Orient en général et en particulier pour le conflit israélo-palestinien, vieux de soixante-dix ans et occulté, depuis un certain temps, par les guerres en Syrie, en Irak, et par la lutte contre l’État islamique. En politique, les gens qui n’ont rien fait ou pas grand-chose aiment aussi, comme Barack Obama et François Hollande, faire un baroud d’honneur avant leurs retraites politiques respectives.
C’est ce qui s’est produit à Paris, le 15 janvier dernier lorsque, avec l’appui d’Obama qui s’est désengagé lâchement du Proche-Orient depuis longtemps, Hollande a repris en chœur, avec les ministres des Affaires étrangères de soixante-dix pays, la chanson avec ses refrains bien connus : « Benjamin et Mahmoud, négociez s’il vous plaît, vous seuls, l’instauration de deux États côte à côte, vivant en paix, dans des frontières souveraines, sûres et reconnues : un vrai tube pour la paix pour remédier au cancer n°1 du Proche-Orient. »
Bien entendu, Américains, Européens et Arabes ont pris la précaution de rappeler dans la chanson : « Halte à la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie, halte aux attentats terroristes palestiniens perpétrés sur le sol israélien, deux conditions sine qua non à la reprise des négociations. » Cela dit, comme le déclarait l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, en juillet 2000, à Camp David, en présence de Bill Clinton et de Yasser Arafat : « Pour danser le tango de la paix, il faut être deux. »
On ne peut pas dire que dans le contexte actuel, Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas aient envie de danser le tango de la paix. La volonté et le courage politiques ne sont pas toujours au rendez-vous.
Le premier a qualifié la Conférence sur la paix au Proche-Orient, à Paris, d’imposture et de futilité. Il n’a rien à faire des reliquats de pouvoir d’Obama et de Hollande et il joue sa propre partition intitulée : « En attendant Trump » devenu, le 20 janvier dernier, le 45e président des États-Unis et dont il espère qu’il sera mieux traité par lui que par Obama.
Les Européens et les Arabes présents à Paris ont envoyé un message à Donald Trump : « Travaillez sur la construction de deux États côte à côte et ne faites pas exploser le Proche-Orient en promettant, comme vous l’avez fait, de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. »
Les pays arabes sont inquiets de la nomination par Trump du nouvel ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, qui soutient la poursuite des implantations en Cisjordanie.
Dans le communiqué final, il est stipulé le retour aux frontières de 1967, ce que Benjamin Netanyahou a toujours refusé et refuse encore.
Mais peut-être y a-t-il une lueur d’espoir quand on parle de remettre sur la table le plan de paix arabe, d’inspiration saoudienne, présenté à Beyrouth en mars 2002. Quinze ans après, son contenu peut susciter quelque espoir même si, à l’époque, il a été balayé d’un revers de main par Ariel Sharon.
Il stipule que les 22 pays de la Ligue arabe, c’est-à-dire l’ensemble du monde arabe, reconnaissent le droit à l’existence d’Israël en échange de négociations sur le retrait de territoires qui ne seraient pas essentiels pour la sécurité à 100 % d’Israël.
Benjamin Netanyahou n’a jamais rejeté cette possibilité. Son émissaire privé, Dori Gold, en a même reparlé avec ses contacts en Arabie Saoudite. Alors, pourquoi ne pas ressortir ce plan du tiroir ? La poussière ne l’a pas rendu illisible.
Enfin, peut-être y a-t-il des raisons d’espérer de la naissance d’un nouvel axe Poutine-Trump-Netanyahou, trois hommes qui sont supposés bien s’entendre et qui pourraient amener dans leur giron Mahmoud Abbas pour remettre sur les rails le processus de paix, à condition que le Hamas dont Abbas est l’otage soit éradiqué.