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Iran : l’incontournable ennemi

Christian Malard de Avr 7, 2017 - 17:00 dans Tribune

Le discours musclé que Donald Trump tient sur l’Iran lui vaut sans doute du soutien au sein du monde arabe, mais il recèle, dans le même temps, le risque d’un conflit avec un pays qui, depuis l’avènement de l’ayatollah Khomeiny au pouvoir, il y a trente-neuf ans, est devenu beaucoup plus puissant et menaçant.
À n’en pas douter, l’attitude de Donald Trump n’a rien à voir avec celle de son prédécesseur Barack Obama qui, en signant l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, n’a fait que faire le lit des velléités expansionnistes du régime des ayatollahs.
Peut-être sommes-nous à la veille d’un retour aux tensions de l’ère GW Bush, lorsque, à partir de la deuxième guerre du Golfe en Irak, les tensions entre sunnites et chiites ont ressurgi, et Israël a dû livrer une guerre sans merci à l’allié de l’Iran au Liban : le Hezbollah.
Même si l’accord sur le nucléaire, signé le 14 juillet 2015 par l’Iran et les 5 membres du Conseil de sécurité des Nations unies, a ralenti la capacité des Iraniens à se doter de l’arme nucléaire, « l’ayatollarchie » au pouvoir poursuit en coulisses sa quête de l’arme nucléaire avec l’aide de la Corée du Nord. Qui plus est, l’Iran produit des missiles balistiques qui peuvent porter des ogives nucléaires capables d’atteindre n’importe quelle partie du Moyen-Orient, y compris Israël.
L’Iran est devenu « la puissance régionale ». Il étend son influence de Téhéran à la Méditerranée, des frontières de l’Otan à celles d’Israël jusqu’à la bordure Sud de la péninsule Arabique.
L’Iran contrôle des dizaines de milliers de milices alliées qui combattent sur les fronts syrien, irakien et yéménite et qui ont été rejointes et renforcées, sur le terrain, par les Gardiens de la révolution.
L’Iran peut, aujourd’hui, déployer des forces militaires conventionnelles à des milliers de kilomètres au-delà de ses frontières. Voilà qui modifie l’équilibre des forces au Moyen-Orient.
Les pays arabes sunnites qui ont, à juste titre, violemment critiqué la faiblesse d’Obama vis-à-vis de l’Iran, sont presque prêts à oublier la rhétorique antimusulmane de Donald Trump, à condition que l’Amérique redevienne un rempart face aux ayatollahs. Trump n’a pas déclaré, jusqu’alors, qu’il abrogeait l’accord sur le nucléaire. Pour l’instant, ses conseillers se contentent de déclarer qu’ils surveillent les activités qui vont au-delà de l’accord, c’est-à-dire le programme de missiles balistiques et les activités des Gardiens de la révolution et de leurs alliés.
En dépit d’une déclaration de Trump affirmant : « L’Iran joue avec le feu et il ne sera pas complaisant comme Obama », l’action des États-Unis s’est limitée jusqu’alors à des représailles sous forme de sanctions face aux derniers essais de tirs de missiles balistiques et une attaque en mer Rouge par les rebelles yéménites houthi contre un navire saoudien. Quoi qu’il en soit, il n’est de l’intérêt ni des Iraniens ni des Américains d’entrer en conflit.
En Irak, la guerre menée contre l’État islamique démontre l’existence d’une alliance tacite entre Américains et Iraniens. Les milices chiites, soutenues par l’Iran, sont impliquées dans la bataille de Mossoul aux côtés de centaines de conseillers militaires américains sur le terrain et de 6 000 soldats américains déployés au sol.
Il est aussi difficile d’imaginer comment les Américains pourraient diminuer l’influence de l’Iran dans la guerre en Syrie, surtout lorsque les ayatollahs et le président russe Poutine font tout pour maintenir le président syrien Al-Assad au pouvoir, avec l’approbation tacite de la Turquie et de son président Erdogan qui sont loin d’être les alliés des États-Unis les plus fiables au sein de l’Otan.
Les Russes contrôlent les airs en Syrie, la Turquie joue de son influence sur les rebelles et l’Iran contrôle le terrain avec ses milices chiites qui viennent du Liban, d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan, et leur action, à partir d’Alep au Nord de la Syrie, près de la frontière turque, jusqu’au Golan à la frontière sud d’Israël.
Dans un tel conflit, le désir de Trump de réduire l’influence de l’Iran se heurte à son désir de poursuivre sa coopération avec la Russie en Syrie où Al-Assad est à la fois l’allié des Russes et des Iraniens.
Donald Trump va devoir vite apprendre ce que sont géopolitique, géostratégie et realpolitik.