/ Tribune / Bachar al-Assad, le survivant du printemps arabe

Bachar al-Assad, le survivant du printemps arabe

Christian Malard de Mar 4, 2017 - 07:48 dans Tribune

Six ans après le début d’une longue guerre, la chute d’Alep – poumon économique et deuxième ville la plus importante de Syrie après Damas – vient renforcer le pouvoir de Bachar al-Assad sur la scène politique moyen-orientale.
À court et moyen termes, la perspective d’un changement de pouvoir, tant souhaité par les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et leurs alliés des monarchies sunnites du Golfe, paraît plus qu’improbable.
Bachar al-Assad, appuyé par ses indéfectibles alliés russes et iraniens, a su profiter des hésitations, des faiblesses, de l’absence de vision stratégique d’un Barack Obama complètement en retrait du champ moyen-oriental depuis la deuxième guerre du Golfe, provoquée en mars 2003 par son prédécesseur pas mieux inspiré : George W. Bush.
À aucun moment, l’administration américaine ne s’est donné les moyens d’inverser le rapport de force sur le terrain. En août 2013, premier tournant dans cette crise, le manque de courage politique, le recul d’Obama face à un Bachar al-Assad qui a eu recours aux armes chimiques pour éliminer une partie de son opposition et de sa population et dont le président américain avait clairement dit que « s’il franchissait cette ligne rouge », l’Amérique interviendrait, a donné le signal du refus de toute intervention américaine.
Dans le même temps, Iraniens et Russes n’ont cessé de renforcer militairement le régime syrien en envoyant des conseillers militaires et des membres du Hezbollah sur le terrain. Mais c’est l’intervention militaire russe en Syrie de septembre 2015 qui marquera le deuxième tournant stratégique de la guerre. Bachar al-Assad et ses troupes, au bord du gouffre, seront sauvés par les forces militaires russes.
Vladimir Poutine aura été le seul à se donner alors les moyens d’inverser les rapports de force sur le terrain.
Aujourd’hui, l’Occident, les États-Unis et leurs alliés sunnites du Golfe sont plus impuissants que jamais face à Vladimir Poutine, le mastermind du Kremlin, qui est, à présent le maître du jeu en Syrie.
Poutine, le joueur d’échecs, a réussi à retourner aussi le président turc, Recep Erdogan, membre de l’Otan, qui avait été l’un des plus farouches opposants à Bachar al-Assad.
Enfin, le président russe a profité, depuis le 8 novembre dernier, date de l’élection présidentielle américaine, de la vacance du pouvoir à Washington, en précipitant l’offensive sur Alep, mettant du même coup le futur locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, devant le fait accompli. Cela dit, la chute d’Alep ne signifie pas la fin de la guerre.
Il faut, à présent, que Bachar al-Assad et ses alliés sécurisent les terrains conquis dans ce que l’on appelle « la Syrie utile », l’axe Damas-Alep, avec d’autres villes importantes comme Homs et Hama qui regroupent 60 % de la population syrienne.
Ils devront aussi redoubler de vigilance car il est vraisemblable que les insurgés rebelles qui ont quitté les lieux seront récupérés par les différents courants djihadistes, Daech et l’ancien front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, qui se sont repliés vers la frontière turco-syrienne, où la présence massive de Kurdes irrite profondément Recep Tayyip Erdogan.
Aujourd’hui, la Russie et l’Iran ont peut-être imposé leur scénario militaire à la crise syrienne, mais la complexité de la situation, des intérêts régionaux ainsi que l’implication des autres puissances étrangères dans le conflit rendent la situation plus qu’explosive que jamais en 2017.