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Afghanistan, terrain d’affrontement entre les États-Unis et l’alliance irano-russe

Christian Malard de Juin 29, 2017 - 08:15 dans Tribune

L’Iran et la Russie défient non seulement les États-Unis en Syrie mais, fait plus nouveau, en Afghanistan où ils jouent la carte des Talibans contre le régime en place soutenu par les Américains. Cette nouvelle stratégie irano-russe risque d’annihiler toute chance de paix dans le pays.
Les Talibans regagnant du terrain et l’administration Trump semblant avoir une politique afghane très erratique, les Iraniens et les Russes soutiennent les opposants au régime officiel et veulent, après la Syrie, mettre les États-Unis hors jeu de toute diplomatie régionale.
En avril dernier, les Russes et les Iraniens ont tenu une réunion à haut niveau sur l’Afghanistan avec les Pakistanais et les Chinois. Le chef d’État-Major des troupes américaines en Afghanistan, le général John Nicholson, n’a pas hésité à déclarer récemment : « Les Russes adoubent les Talibans et la stratégie irano-russe vise à déstabiliser les États-Unis et l’Otan dans la région. »
En Afghanistan, les Américains disposent de 8 400 soldats sur le terrain. La majorité fait partie de la mission de l’Otan qui assiste les troupes afghanes, les autres sont cantonnés à des opérations antiterroristes contre Al-Qaïda et des alliés locaux de l’État islamique.
Le général Nicholson affirme que, depuis 2016, les Russes et les Iraniens travaillent ensemble aux côtés des Talibans.
L’Iran, qui possède une longue frontière très poreuse avec l’Afghanistan, soutient ouvertement les Talibans dans l’ouest du pays. Qui plus est, la situation globale est très paradoxale.
Alors que la Russie et l’Iran chiite sont aujourd’hui les alliés d’un groupe sunnite radical tel que celui des Talibans, il est important de rappeler que, durant des années, ils en ont été les adversaires.
Les deux pays ont soutenu les États-Unis dans leur chasse aux Talibans en 2001. Mais, depuis, l’Iran et la Russie ont considéré que la présence américaine dans cette région est pour eux une menace. Les Iraniens veulent y renforcer leur influence après celle qu’ils exercent aujourd’hui en Syrie, au Liban et en Irak, mais ils refusent toute interférence américaine.
Les Russes, qui considèrent aussi l’Afghanistan comme partie de leur zone d’influence en Asie centrale, se servent aussi des Talibans comme tremplin dans leur lutte contre l’État islamique qui prend de plus en plus pied dans la partie est du pays.
Pour nier la légitimité des autorités afghanes, la Russie déclare douter aujourd’hui des capacités de l’armée afghane à damer le pion à l’État islamique.
Aujourd’hui, les officiels américains et afghans affirment que la relation entre l’Iran et la Russie va au-delà de la diplomatie et que leur position conflictuelle avec les États-Unis en Syrie les pousse à élargir le conflit à l’Afghanistan.
Plusieurs sources d’information afghanes confirment aussi l’existence d’une réelle coordination entre l’Iran et la Russie dans la fourniture d’armements aux insurgés dans les provinces instables du Sud et de l’Ouest.
Selon des officiels afghans et des chefs tribaux des provinces de Farah, Kaboul, Helmand, Urgmand et Herat, les informations se recoupent : les Russes et les Iraniens livrent des armes aux chefs locaux pour s’assurer de leur allégeance. Cela va des mines terrestres aux mortiers de 82 mm. Des conseillers iraniens et russes sont aussi sur le terrain comme ils le sont en Syrie et en Irak.
Aujourd’hui, plus que jamais, la question de l’influence croissante de l’Iran et de la Russie dans cette région interpelle les États-Unis, leurs alliés occidentaux et l’Otan. L’Afghanistan peut-il devenir une nouvelle Syrie ?
On connaît la position de Donald Trump sur l’Iran et son programme nucléaire, peut-être devrait-il définir, plus vite que prévu, le rôle des États-Unis en Afghanistan, surtout au lendemain de la détérioration de ses relations avec Vladimir Poutine sur l’avenir politique de la Syrie.
En tout cas, l’état des relations entre les États-Unis, la Russie et l’Iran déterminera l’avenir de l’Afghanistan. Si elles deviennent de plus en plus conflictuelles, les risques d’embrasement de la région seront de plus en plus grands.