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Crise d’identité – Palestine

Editor de Nov 12, 2013 - 17:08 dans Société et culture

Crise d’identité

Après avoir proposé durant vingt ans uniquement le programme palestinien, Israël introduit le programme israélien dans des écoles arabes sélectionnées, dans Jérusalem Est occupée.

Par Ben Lynfield, Jérusalem

identité

L’Autorité palestinienne accuse Israël de miner l’identité nationale de la jeunesse palestinienne à Jérusalem Est,

en introduisant

leur programme d’enseignement

Ala sortie de l’école, récemment, dans le quartier de Sheikh Jarrah de Jérusalem Est annexée par Israël, des sœurs palestiniennes ont eu des avis divergents sur la possibilité d’étudier le nouveau programme israélien : est-ce une opportunité ou un piège ? « Je veux être médecin, et je veux étudier à l’Université hébraïque », a déclaré la plus jeune, en classe de quatrième à Abdallah Bin Hussein School (école Abdallah ben Hussein). « J’ai choisi le programme israélien parce qu’il est plus fort en sciences, et mieux pour être admise à l’université. »

La sœur plus âgée, en classe de terminale, pense qu’il est préférable de suivre le programme de l’Autorité palestinienne, qui exprime mieux son identité nationale. « Le programme

israélien enseigne que Jérusalem est la capitale d’Israël, et non de la Palestine. Ils effacent notre histoire et enseignent la leur », a-t-elle précisé.

Les deux jeunes filles, qui ont demandé que leur identité ne soit pas mentionnée, car elles craignent d’avoir des problèmes avec les autorités israéliennes, sont prises dans une lutte aux enjeux élevés sur l’avenir de Jérusalem est occupée, qui semble être autant politique qu’éducationnelle, tant pour Israël que pour l’Autorité palestinienne. Cette dernière accuse Israël de miner l’identité nationale de la jeunesse palestinienne à Jérusalem Est, en introduisant à partir de septembre le programme d’enseignement israélien à titre facultatif dans quatre écoles municipales, contre deux pour l’an passé.

Le changement, même s’il ne concerne que quelques centaines d’élèves, est perçu comme pavant la voie à une israélisation des écoles, plus étendue l’année prochaine. Il a rencontré une formidable opposition et déchaîné les passions dans Jérusalem, la ville ayant une résonance judaïque, chrétienne et musulmane, et c’est l’une des questions les plus sensibles dans le conflit palestino-israélien.

Jérusalem Est. Le négociateur de paix palestinien Saeb Erekat pense que cette démarche montre qu’Israël est résolu à ne pas permettre à Jérusalem Est de devenir une capitale pour les Palestiniens, mais plutôt à consolider son annexion de la zone, ce qui est considéré comme illégal par la Communauté internationale. Cependant, des responsables israéliens affirment que ce sont des parents palestiniens qui ont demandé ce programme israélien.

Après que les troupes israéliennes ont occupé et pris, au cours de la guerre de 1967, Jérusalem Est à la Jordanie en même temps que la Cisjordanie, les autorités ont cherché à imposer le programme israélien, mais leurs efforts ont échoué à la suite d’une vive opposition de la part des parents. Le programme jordanien a été enseigné jusqu’en 1993, quand le lancement de l’autonomie palestinienne a introduit le programme de l’Autorité palestinienne, qui est actuellement étudié dans la Cisjordanie.

Le début de cette année scolaire a amené un nouvel effort dans la diffusion du programme israélien. En pratique, cela se traduit nettement par plus d’hébreu, davantage de sciences, ainsi que des changements dans l’instruction civique et l’enseignement de l’histoire. L’Autorité palestinienne affirme que cela réduira à néant l’identité palestinienne des élèves. Les responsables municipaux précisent que la démarche provient de l’initiative de parents palestiniens cherchant à faciliter à leurs enfants l’entrée sur le marché israélien du travail, ainsi que l’admission aux universités israéliennes.

« L’Autorité palestinienne, le Fatah et le Hamas peuvent s’y opposer, mais les parents savent que l’avenir de leurs enfants est en Israël », déclare David Koren, conseiller municipal pour Jérusalem Est. Koren a déclaré que des parents palestiniens payaient plus de 3 000 dollars par enfant pour des cours particuliers, afin de préparer leurs enfants aux examens israéliens de fin d’études. « Les parents ont demandé au maire : pourquoi ne pas ouvrir la voie à l’intérieur des écoles ? », a ajouté Koren.

Du point de vue de Koren, l’intérêt dans le programme israélien reflète une tendance des résidents de Jérusalem Est à privilégier le pragmatisme et l’adaptation aux règlements israéliens de Jérusalem Est, plutôt qu’au nationalisme. « Les résidents deviennent plus pragmatiques. Ils ne renient pas leur identité palestinienne, mais ils sont pratiques », dit-il.

Cependant, la vaste majorité des élèves de Jérusalem Est continuent de suivre le programme palestinien. De plus, la plupart des élèves qui se sont inscrits au programme israélien en début d’année ont abandonné et sont retournés au premier programme, selon Abdel-Karim Lafi, responsable d’une association de parents palestiniens.

« Les parents ont changé d’avis en découvrant ce que comporte ce programme au sujet de la religion, du nationalisme et de Jérusalem », a-t-il affirmé. La municipalité n’a pas souhaité indiquer le nombre exact d’élèves ayant abandonné le programme. Les responsables de la ville démentent le fait qu’il soit offensant de quelque façon pour les musulmans ou les Palestiniens, et insistent sur le fait que ce même programme est appliqué dans les écoles gouvernementales au sein de la minorité arabe en Israël.

Souveraineté israélienne. Les Palestiniens considèrent Jérusalem Est comme leur future capitale, mais Israël insiste sur le fait qu’elle restera sous souveraineté israélienne, persistant dans l’expansion des colonies juives pour soutenir ce point. Le statut de la ville doit être négocié au cours des pourparlers qui ont repris sous les auspices des États-Unis en juillet dernier, mais le maire de Jérusalem, Nir Barkat, a conseillé aux Palestiniens de renoncer à l’idée d’avoir jamais une capitale dans la ville, leur suggérant de renommer, en tant que Jérusalem, une partie de Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

À Ramallah, les responsables palestiniens sont en colère contre la démarche israélienne. « Nous refusons que le programme israélien soit enseigné dans n’importe quelle école, même si c’est juste à un seul élève », affirme Abdullah Abdullah, commissaire adjoint pour les Relations internationales du mouvement Fatah du président Mahmoud Abbas. « La puissance occupante n’a pas le droit d’interférer dans l’éducation, ou dans n’importe quoi d’autre. »

« Cela est censé être un lavage de cerveau pour changer la mémoire, le nom, et le sens de l’appartenance de nos étudiants. Ils essaient d’imposer le sionisme, leur histoire, leur point de vue et leur version aux Palestiniens. » Une déclaration du bureau d’Erekat a émis des objections sur ce qu’il a affirmé être des cartes montrant la Cisjordanie comme une partie d’Israël, l’octroi de noms hébreux aux villes palestiniennes, et les références à Jérusalem comme capitale d’Israël.

À l’école Abdallah Bin Hussein, la jeune élève de quatrième suivant le programme israélien a précisé que sur les 45 filles qui s’étaient inscrites dans sa classe en début d’année scolaire, 25 étaient parties, soit parce qu’elles avaient trouvé l’adaptation trop difficile, soit parce que leurs parents s’inquiétaient du fait que cela aille à l’encontre de l’identité palestinienne de leur enfant.

Une seconde chance. Malgré la controverse, à l’école municipale de garçons Ahmed Sameh al-Khalidi, dans la région à faible revenu d’Abu Tor à Jérusalem Est, la directrice Najwa Farhat, une citoyenne arabe d’Israël, a affirmé qu’elle supervisait un nouveau programme pour donner aux décrochages scolaires une seconde chance, et qu’elle le faisait selon le programme israélien.

« Le programme est plus flexible et apporte des solutions aux élèves en difficulté scolaire. Le fait de le suivre peut faciliter l’entrée sur le marché du travail et ouvrir la voie à un avenir plus prometteur. Il sera plus facile aux élèves d’être admis dans les collèges et les universités israéliens ». L’Université hébraïque, la meilleure en Israël, est visible depuis l’école, et Farhat déclare qu’elle a dit aux étudiants « voilà où vous pourrez être ».

De son point de vue, le programme israélien offre une meilleure formation que celle de l’Autorité palestinienne. « Les étudiants peuvent mener leurs propres recherches, réfléchir à divers sujets, sans uniquement tout retenir par cœur. Le programme palestinien ne donne pas à l’étudiant la chance d’approfondir sa réflexion. »

À l’école Ibn Rushd pour garçons dans le quartier de Sur Bahir, le directeur, Ibrahim Khatib, a déclaré espérer que plus d’élèves rejoindront le programme israélien l’année prochaine, s’ajoutant aux 141 élèves qui le suivent actuellement. « Ceux qui critiquent ce programme ne l’ont pas lu, a-t-il affirmé. Il est meilleur et offre bien plus dans les langues, en particulier l’anglais, les maths, l’histoire, les relations sociales, les sciences, la physique et la biologie. »

Basri Salih, sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation de l’Autorité palestinienne, a qualifié les remarques de Farhat d’« analyse totalement erronée de la situation ».

« Nous permettons aux écoles privées d’appliquer n’importe quel programme de maths et de sciences. La question n’est pas la mémorisation. Nous voulons que nos enfants à Jérusalem aient l’opportunité d’avoir ce qu’ils veulent en termes d’identité nationale, de sentiment d’appartenance et d’histoire. Leur droit d’en savoir plus sur leur identité nationale est un droit fondamental, selon la loi humanitaire internationale. »

Notre jeune élève affirme que les manuels israéliens ne la rendent pas moins consciente de l’histoire palestinienne. « Les livres peuvent dire ce qu’ils veulent mais je connais la vérité. »