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ALGÉRIE Promouvoir la culture algérienne

Hakima Kernane de Jan 5, 2017 - 11:33 dans Société et culture

Pour Djamel Kaouane, l’Anep, dont il est le président-directeur général, est un acteur incontournable dans l’organisation de grands événements culturels en Algérie.

Les éditions Anep jouent un rôle important dans la promotion et la démocratisation du livre dans le pays. Pouvez-vous nous en parler ?
L’Anep déploie des efforts considérables pour faire parvenir le livre dans les endroits les plus reculés en dépit des difficultés liées à la diffusion de tout produit culturel en Algérie. Comme vous le savez notre pays est le plus grand. Dans notre stratégie, à court et moyen termes, nous visons à l’ouverture de nos propres librairies, gérées par des professionnels, d’abord dans les grandes villes comme Alger, Oran, Constantine et Ouargla, ensuite dans d’autres agglomérations urbaines pour constituer un maillage conséquent. En tant qu’acteur important dans l’édition, l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (Anep) cible un lectorat diversifié et propose un produit de qualité et largement abordable en termes de prix. Notre imprimerie haute technologie, avec des clients exigeants et connaisseurs, parle pour nous.

Lors de la 21e édition du Salon international du livre (Sila), l’Anep a présenté 44 publications et a organisé, en marge de cet événement de nombreuses conférences, notamment à l’École supérieure de journalisme…
Outre les ouvrages que nous éditons et que nous présentons à la faveur de ventes dédicaces dans notre librairie Chaib Dzaier – Alger-centre –, nous sommes aussi impliqués dans l’animation culturelle, à l’occasion du Salon international du livre d’Alger, pour nous rapprocher de nos lecteurs. L’Anep est un acteur incontournable dans l’organisation de grands événements culturels et c’est devenu une tradition pour nous de proposer des thématiques liées à l’actualité nationale et internationale. Pour le Sila 2016, la participation de l’Anep a été importante avec 800 titres, dont 44 nouveautés, et plusieurs ventes dédicaces. Nous avons enregistré des ventes record, ce qui nous encourage à aller toujours de l’avant et à être plus performants.
Nous avons invité des experts comme Michel Raimbaud, Richard Labévière, Ahmed Bensaada et Majed Nehmé, pour nous présenter leurs ouvrages ou nous apporter un éclairage sur les changements dans le monde et dans le monde arabe. Des communications en géostratégie qui s’adressent, certes, à un public averti, mais qui n’en restent pas moins abordables à tous. Je profite de cette occasion pour saluer les efforts fournis par votre magazine, un mensuel qui accorde un large espace à tout ce qui a trait au monde arabe et, bien sûr, à tout ce qui se fait dans les sphères culturelles en Algérie. Arabies nous accompagne dans ce que nous faisons de mieux.
Lors du Sila 2016, nous avons, par ailleurs, rendu un hommage aux Algériens d’origine européenne qui ont combattu pour l’indépendance de l’Algérie, et nous en sommes fiers.

Le Sila, devenu un rendez-vous incontournable pour l’édition, connaît une forte affluence de la part des visiteurs. Peut-on pour autant considérer que le lectorat algérien est en progression ?
Par son affluence considérable, le Sila est devenu un pôle d’attraction culturelle dans la rive sud de la Méditerranée. Il constitue un miroir qui nous renvoie l’image d’une Algérie avide de connaissances et de savoir. Quant au lectorat, il est difficile de le quantifier en l’absence de sondages actualisés. Ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’il y a plusieurs lectorats et ces derniers reflètent les différentes sensibilités qui font la richesse de notre pays.
Il est clair que ce qui domine, c’est le parascolaire et tout ce qui a trait aux cursus d’un étudiant (ouvrages scientifiques, dictionnaires, livres didactiques…). C’est la tendance forte. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que tout ce qui se lit s’achète (romans, livres de jardinage et de cuisine, ouvrages religieux non subversifs liés à l’islam, guides pratiques…). S’il existe un incroyable rush sur les livres – sur tous genres de livres –, c’est dû aussi à l’absence de librairies dans plusieurs endroits du pays. On fait le plein, on s’approvisionne, dans une atmosphère conviviale, et cela n’a pas d’équivalent dans plusieurs pays. L’Anep y participe, à sa manière.

Lors d’une conférence de presse, vous avez évoqué le fait que l’Anep accorde une place capitale aux livres consacrés à l’histoire de l’Algérie. Quels sont les thèmes et périodes qui ont déjà été étudiés dans les ouvrages et quel accueil leur a été réservé par les lecteurs ?
Étant donné que l’Anep accorde une place particulière à l’histoire de notre pays, il est normal que nous soyons fidèles au devoir de mémoire. À cet effet, je vous renvoie aux collections éditées par l’Anep : Voix anticolonialistes et La Pensée politique algérienne, 1830-1962. Vous trouverez des noms qui sont des références pour nombre de lecteurs, à l’instar de Frantz Fanon, André Mandouze, Aimé Césaire, Albert Memmi, Francis Jeanson, Jacques Verges…
Votre question est intéressante à plus d’un titre car cela nous conduit à un débat de fond : une société qui n’a pas de mémoire et de passé est une société morte. Notre fond éditorial est riche en essais, beaux livres et romans qui ont trait aux différentes époques que l’Algérie a connues. C’est ainsi que vous trouverez des ouvrages sur le Tassili, le Mzab, la Kabylie, le Touat et bien d’autres régions.
Évidemment, il n’y a pas que « la pierre », pour ainsi dire, puisque nous accordons une place particulière aux témoignages écrits par des acteurs de premier plan qui évoquent l’histoire de l’Algérie contemporaine et notamment la guerre de Libération. Nous encourageons tout ce qui nous concerne (périodes ottomane, latine et berbère) avec un regard lucide et critique pour ne pas reproduire les clichés de l’ethnologie coloniale. Ce patrimoine que nous offrons aux lecteurs, notamment par le biais du beau livre, est très demandé.

On constate l’émergence de jeunes auteurs dont l’avenir est prometteur. Quelles sont les aides qui pourraient être accordées aux éditeurs afin de permettre de faire fructifier davantage l’apport des jeunes talents dans le développement de l’édition dans le pays ?
La politique éditoriale de l’Anep tend à s’ouvrir sur les nouveaux noms et surtout sur les jeunes talents. Nous éditons d’ailleurs les lauréats des différents prix littéraires qui sont attribués en Algérie.
Le fait que nous soyons coorganisateurs du Grand prix Assia Djebar du roman et que nous pilotions Le prix des Amis du livre est un atout pour nous et pour la culture algérienne. Cette proximité permanente avec les auteurs nous permet de jauger les qualités intrinsèques des uns et des autres et donc d’éditer les meilleurs tout en encourageant les gens qui démarrent dans l’aventure intellectuelle. Notre aide est constante, pour tout auteur qui s’adresse à nous.

Quels sont les livres les plus plébiscités par les lecteurs algériens ?
Il y a bien sûr les écrivains connus, édités en France, dont les noms reviennent constamment grâce à un marketing tous azimuts. Là, il s’agit de romanciers. Ce qui est aujourd’hui intéressant, c’est qu’en Algérie même des noms apparaissent et c’est ce qui explique la création de prix littéraires destinés à promouvoir la culture algérienne sous toutes ses facettes.
C’est bien que des auteurs algériens soient édités à l’étranger, mais c’est encore mieux s’ils le sont en Algérie. À l’Anep, il y a de nombreux auteurs de qualité, pleins de talent, mais qui restent inconnus du grand public ailleurs. Le jour où le livre édité en Algérie sera convenablement distribué à l’étranger, et notamment en France et dans les pays arabes, on pourra parler d’« équilibre culturel » entre pays du nord et du sud.

La lecture représente un des vecteurs essentiels dans la transmission du savoir. Quelle place réserve-t-on aux livres consacrés à la jeunesse, notamment dans l’édition des ouvrages scolaires ?
Il y a quelques années, l’Anep avait acheté des droits pour l’édition d’ouvrages consacrés à la jeunesse, surtout en arabe. Le choix s’est porté sur les contes, les ouvrages à caractère scientifique et les savants arabes tels Ibn Sina, Ibn Rochd… Le problème, c’est qu’en Algérie, à un moment donné, tout ce qui avait trait à l’enfance et à la jeunesse était importé. Les éditeurs algériens, publics et privés, ont pris conscience de cette lacune, et ils essaient tant bien que mal de la combler.
C’est toute une politique à mener, qui demande du temps, car les auteurs nationaux écrivent majoritairement pour les adultes. Néanmoins, relevons des aspects positifs, puisque l’on retrouve ici et là, des contes tirés de notre patrimoine amazigh, de notre imaginaire collectif, et qu’il faut faire fructifier par des œuvres pérennes.