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ALGÉRIE Le Sila, un pôle d’attraction culturelle

Arab Chih - janvier 5, 2017 - 11:19 - Société et culture

Organisateurs comme exposants, tout le monde s’accorde à dire que le public algérien a répondu présent lors de la 21e édition du Salon international du livre d’Alger.

Des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes, des moins jeunes… Il y a tellement de monde qu’il faut parfois jouer des coudes pour se frayer un chemin. Nous ne sommes pas sur un marché populaire de la capitale, mais à la foire d’Alger où s’est tenu du 26 octobre au 6 novembre : le Salon international du livre d’Alger (Sila). La 21e édition du Sila n’a donc pas dérogé à la règle, elle a attiré de grandes foules.
À l’extérieur comme à l’intérieur des pavillons où sont disposés les stands se formaient des essaims de visiteurs.
« Rien que pour la journée du 1er novembre, nous avons enregistré plus de 400 000 visiteurs ! », s’est réjoui le commissaire du Sila, Hamidou Messaoudi lors d’une conférence de presse animée le dernier jour du salon. « Depuis 2009, le salon d’Alger a atteint sa vitesse de croisière devenant ainsi le salon numéro un dans le monde arabe aussi bien en termes d’affluence que du côté du nombre de maisons d’éditions qui y prennent part », a renchéri Saïd Sebaoun, le représentant de Casbah Editions, une des grandes maisons d’éditions algéroises.
« Le peuple algérien est cultivé. Toutes nos activités – conférences, projections de films… – ont rencontré un vif succès et attiré un grand nombre de visiteurs. Personnellement, j’ai été agréablement surpris », s’est encore émerveillé Islam Beyoumi, responsable de la délégation égyptienne dont le pays est l’invité d’honneur de la présente édition.
C’est dire que côté affluence, la présente édition a tenu toutes ses promesses : pas moins de 1,225 million de visiteurs à l’avant-dernier jour et le responsable du salon n’a pas caché son espoir de voir le nombre atteindre à la clôture, sinon les 2 millions – d’autant que beaucoup d’Algériens préfèrent attendre le dernier jour pour se rendre au salon afin de pouvoir profiter des remises –du moins égaler l’année dernière avec 1,5 million de visiteurs.
Fait important, c’est le Premier ministre lui-même, Abdelmalek Sellal, qui est venu en compagnie du ministre de la culture, Azzedine Mihoubi, et du wali d’Alger inaugurer l’événement. Tout un message quant à l’importance qu’accordent les autorités du pays à cet important rendez-vous.
Et une occasion pour le patron de l’Exécutif d’exhorter les éditeurs à s’investir dans le livre numérique.

Édition numérique.
« Il faut que l’on aille vite vers le livre électronique et l’édition numérique, dès l’année prochaine. Les Algériens ont des capacités pour l’utilisation des nouvelles technologies. Au plan économique, la seule sortie pour l’Algérie est de maîtriser les sciences numériques. Nous devons nous intéresser à cette nouvelle industrie », a-t-il recommandé.
Plus encore, plusieurs membres du gouvernement comme le ministre de la Communication, Hamid Grine, qui est aussi romancier, sa collègue de l’Éducation, Mme Benghebrit, et bien d’autres ont fait le déplacement. C’est dire la place de plus en plus grande qu’occupe le salon dans le paysage culturel algérien.
Cet extraordinaire engouement populaire et le vif intérêt du gouvernement pour le salon ne sont pas faits pour déplaire aux responsables des maisons d’édition qui n’ont pas caché leur satisfaction.
« Le public a été au rendez-vous. Les records seront battus car il y a une affluence très importante », affirme Djamel Kaouane, directeur général des éditions Anep. M. Sebaoun, des éditions Casbah, n’en disconvient pas : « Le bilan est positif, nous sommes satisfaits de notre participation et il y a une affluence importante au niveau de notre stand où pas moins de trente auteurs ont animé des séances de ventes dédicace. » Et Mme Salah, représentante des éditions Gallimard, de se réjouir : « Comme par le passé, notre stand a reçu la même grande affluence. »
Au niveau de la participation, le salon a aussi été une réussite. Pas moins de 50 pays étrangers ont pris part à la 21e édition du Sila avec 676 maisons d’éditions. Les Algériens, eux, étaient présents avec 290 maisons d’éditions. Tout ce beau monde est venu avec plus de 35 000 titres ! Et il y en a pour tous les goûts, du livre de cuisine jusqu’au livre religieux, en passant par le roman, l’essai, le livre scientifique…
« Sur le plan éditorial, nous avons un riche répertoire de près de 800 titres. Pour ce 21e Sila, nous sommes présents avec 44 nouveautés (histoire, essais, roman, poésie, livres scientifiques, livres pour enfants, beaux livres…) », nous a confié Djamel Kaouane, directeur général des éditions Anep.
Les éditions Casbah sont présentes avec le même nombre de livres, c’est-à-dire 800, dont une cinquantaine de nouveauté alors qu’une société algérienne représentant 11 maisons d’éditions belges est venue, quant à elle, avec plus de 1 500 livres, tous segments confondus.
Si l’affluence est plus qu’intéressante, qu’en est-il des ventes ? Les maisons d’éditions ont-elles réussi à faire de belles affaires ? Les professionnels du livre sont partagés.
Le premier responsable de l’Anep, Djamel Kaouane, est, lui, plus que satisfait. « Depuis le lancement du Sila, les livres reviennent dans nos magasins dès la baisse de rideau. Cette fois-ci, nous avons des ruptures de stocks alors que la foire se poursuit encore. C’est une première ! Le personnel en est stupéfait », s’est-il enthousiasmé.
Et de poursuivre : « C’est exceptionnel. Nous avons battu le record de vente de l’année au cinquième jour seulement du Sila. Mieux encore, la journée du 1er novembre, nous avons fait mieux que l’édition de l’année passée. » M. Kaouane n’a pas manqué de souligner le succès rencontré par l’essai Arabesque d’Ahmed Bensaada qui est « le livre le plus vendu », ainsi que la « forte demande pour les livres d’histoire, même ceux qui ont été édités il y a plusieurs années, et pour les livres scientifiques », non sans promettre de « renforcer notre offre éditoriale sur ce segment pour la prochaine édition ».
Même affirmation du côté de la représentante des éditions Gallimard, Mme Salah, qui a assuré : « Financièrement, c’est une bonne année. » Et de préciser : « Les ventes sont très bonnes, notamment pour les livres de jeunesse. Incontestablement, c’est Harry Potter qui est le plus prisé. Ça a très bien marché. Il est l’événement du salon. Il y a aussi la collection Folio qui marche assez bien. C’est le cas aussi pour le roman de la franco-marocaine Leïla Slimani qui a décroché le prix Goncourt de cette année. On a vendu une vingtaine de livres et, dès l’annonce du prix, une nouvelle demande s’est exprimée. »
Certains éditeurs comme Kamel Chehrit, directeur de la maison d’édition Alger livres édition ne l’entendent pas ainsi. « Certes, l’affluence est bonne mais les achats sont limités », a-t-il déploré. Des méventes qu’il explique par « la conjoncture économique difficile et l’épargne des ménages absorbée par le logement ».
Autre fait soulevé par M. Chehrit : « La présence timide des étudiants qui sont pourtant plus de 1,4 million alors que dans les années passées ils venaient en grande masse. » Son explication : « Ils ne lisent pas assez et sont souvent sur Internet. »

Le prix des livres.
» En outre, l’Algérie est un des rares pays qui n’a pas de bons livres pour encourager les étudiants à acheter et donc à lire. » Le même constat est fait par Mourad Guerbas, directeur commercial d’une société algérienne représentant neuf éditeurs belges : « Nous en sommes à notre 16e participation au Sila et, cette année, les ventes ont un peu diminué. Contrairement aux années précédentes, les gens se plaignent des prix. Les livres sont devenus plus chers et même en euro, les prix ont augmenté de 30 %. »
Autre ombre au tableau : la petite polémique créée par la non-participation de l’écrivain Yasmina Khadra. « Yasmina Khadra est un ami, s’il n’est pas avec nous cette année il le sera l’année prochaine. Je n’ai aucun problème avec lui ! », a rassuré le commissaire du salon, Hamidou Messaoudi. Tout comme il a promis de remédier lors de la prochaine édition à l’absence de grands noms de la littérature mondiale.