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Marocains du monde

Zakia Daoud - avril 7, 2017 - 16:57 - Politique

Comme c’était prévisible au vu de la pression migratoire mondiale, le front hispano-marocain autour de Gibraltar, apaisé depuis plusieurs années, s’est réveillé.

De nouveau des barques de migrants doivent être secourues en mer au large du détroit et, de nouveau, exaspérés par une longue attente de plusieurs années, des subafricains se lancent à l’assaut du mur grillagé de six mètres de haut qui entoure l’enclave espagnole de Ceuta, sur le territoire marocain. Le 9 décembre 2016, 430 migrants avaient réussi à passer, le 31 décembre, 800 à 1 000 ont forcé les grilles en vain au prix d’une dizaine de blessés et de trente personnes arrêtées.
Au moins 5 000 migrants sont morts en mer entre la Libye et l’Italie, le front turco-grec vers les Balkans est bloqué, il était donc inévitable que le détroit de Gibraltar fasse à nouveau parler de lui.
Pourtant, le Maroc avait résolu en partie la question en accueillant les Subafricains bloqués sur son sol. 27 000 d’entre eux ont été régularisés entre 2014 et 2015, Sénégalais, Maliens, Camerounais, Ivoiriens, Guinéens, Nigérians… Le roi Mohamed VI vient d’annoncer le déclenchement d’une nouvelle vague de régularisation au grand plaisir des pays africains.
De ce fait, encore qu’ils ne soient pas tous inclus dans ces chiffres, le Maroc devient un pays d’émigration : 86 206 étrangers y vivant viennent d’être recensés. Les Africains sont naturellement majoritaires.
Ils sont immédiatement suivis par des Français, qui viennent d’ailleurs en tête des étrangers employés légalement au Maroc, en dépit d’une loi sur l’emploi clairement inspirée de la préférence nationale et qui demande alors au postulant des compétences particulières. Les Français sont suivis par les Chinois, les Philippins et les Turcs.
En général, les Africains qui travaillent sont employés au noir. La situation se tend au plan de l’emploi, le taux de ce dernier pour les nationaux étant tombé de 46,3 à 42,8 %, ce qui signifie un chômage accru. Ce qui ne tarit en rien les flots de migrants, y compris ceux qui sont pris en charge officiellement par le HCR (6 707) sur le territoire marocain et qui ont augmenté de 7 %.

Retours au Maroc. D’un autre côté, les départs de Marocains du Maroc, qui stagnaient depuis trois ans, selon les statistiques de l’OCDE, seraient en train de reprendre. Les chiffres des arrivées de Marocains au Canada, en Belgique, en Italie, en Allemagne ont baissé fortement de 2008 à 2014, divisés en général par deux et par quatre dans le cas de l’Espagne, ravagée par la crise, ce qui a entraîné une baisse parallèle des retours au Maroc. Or, en 2015, 12 000 Marocains sont rentrés illégalement en Europe, selon les chiffres de Frontex, soit par la Libye, soit par les Balkans.
Avec la France, toutefois, les relations restent stables : le flux régulier est aussi alimenté par les 36 000 étudiants marocains qui poursuivent leurs études en France où ils sont la première communauté estudiantine, suivis par les Chinois. Pour réduire ce flux, les grandes écoles françaises ouvrent des établissements au Maroc, dont le dernier en date, une nouvelle université internationale à Fès. On compte actuellement au Maroc 850 000 étudiants universitaires.