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MAROC Gouvernement aux forceps

Zakia Daoud de Juin 29, 2017 - 08:12 dans Politique

Après six mois de latence, durant lesquels l’ancien gouvernement a expédié tant bien que mal les affaires courantes, un gouvernement nouveau a enfin surgi des limbes.

Tandis que les aléas des négociations entre le Premier ministre, Abdelilah Benkirane, et les chefs des autres partis – particulièrement Aziz Akhenouch, ami de Mohamed VI, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime et chef d’un parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI) qui ne s’est pas spécialement distingué par ses succès électoraux –, un nouveau gouvernement a été mis en place.
Deux étapes ont été nécessaires : en premier lieu, Benkirane a été remplacé par un autre membre de son parti, Saâdeddine el-Othmani, à la tête du gouvernement. Benkirane a donc été amené à résipiscence, non sans mal. Six mois de négociations ardues n’ont eu d’autre effet que de le décourager, mais on ne peut nier qu’il s’est longuement battu et débattu.
Othmani, un psychiatre, qui fut ministre des Affaires étrangères, s’est incontestablement montré plus maniable : en quinze jours, il a bouclé l’affaire acceptant tout ce que son prédécesseur avait refusé, c’est-à-dire, en premier lieu, la prépondérance du RNI dans le gouvernement, assorti de ses alliés le Mouvement populaire (MP) et l’Union constitutionnelle (UC). Et, enfin, dernière exigence sur laquelle tout le monde s’interroge encore, l’entrée de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) dans le gouvernement.
Vingt membres de l’ancienne équipe ont été reconduits, mais pas forcément aux mêmes postes, dix-neuf nouveaux ont fait leur apparition, ce qui constitue une très lourde équipe de 39 ministres, ministres délégués et secrétaires d’État. Le Parti de la justice et du développement (PJD – islamiste), parti des Premiers ministres sortant et entrant, garde sa prépondérance en termes de nombre, ce qui est conforme à la Constitution.
Mais l’impression générale est qu’il perd en importance : ainsi Mustapha Ramid, son deuxième poids lourd après Benkirane, perd la Justice au profit des Droits de l’homme qui paraissent symboliques, même s’il y gagne un ministère d’État pour flatter son ego, ce qui le met en deuxième position du gouvernement.

Ministères « poids lourds ». Des ministres sans appartenance politique (que l’on appelait les SAP du temps de Hassan II) font nommément leur apparition, même s’ils étaient déjà là, à l’intérieur, aux Affaires étrangères, aux Habous (biens de mainmorte), au secrétariat général du gouvernement. Rien que des ministères poids lourds, auxquels on peut ajouter, même si on le présente comme issu du MP, l’ancien ministre de l’Intérieur, Hassad, désormais chargé de tout le ministère de l’éducation nationale avec ses appendices divers, sans doute pour redresser une barre autrefois dispersée et dont tout le monde reconnaît qu’il y a lieu de la redresser.
Autres poids lourds, tous les ministères économiques, Agriculture, Pêche, Industrie, Commerce, Finances, appartiennent désormais au RNI, assortis de la Justice et de la Jeunesse : Akhenouch apparaît donc comme le grand gagnant de cette nouvelle formation.
Le PPS (ex-communiste) garde ses deux postes de l’Habitat et de la Santé, s’y ajoute désormais la Gestion de l’eau. L’USFP, dont la participation gouvernementale donna lieu à tant de discussions, entre par la petite porte, Commerce extérieur, Réforme de l’administration, Marocains de l’étranger : deux ministres
délégués et un secrétaire d’état, rien de bien notable.
On présente ce ministère comme différent dans la mesure où il comporterait neuf femmes. C’est vouloir faire oublier qu’il n’y a qu’une ministre en titre, celle de la Famille – un poste que garde le PJD – et que les huit autres sont des secrétaires d’état (sur un total de 15).
En fait, ce ministère, fort de six partis politiques, non seulement ne laisse dans l’opposition que le PAM (Parti de l’authenticité et de la modernité), deuxième vainqueur des élections et ennemi déclaré du PJD et l’Istiqlal, en plein remodelage, mais, surtout, correspond à une volonté de régler les problèmes pendants.

Ainsi le nouveau ministre de l’Intérieur, Laffit, ancien gouverneur, est originaire de la région d’Al-Hoceima, depuis quelques mois en révolte ouverte – depuis la mort d’un poissonnier –, à coups de manifestations, d’incidents, de grèves et de limogeages de responsables. Ainsi aussi l’ancien ministre de l’Intérieur, Hassad, se trouve à gérer un domaine contesté comme l’enseignement qui posait problème. Ainsi, enfin, la nouvelle formation doit-elle affronter une décision syndicale de grève générale et une situation sociale tendue.
Elle doit également finaliser ou remodeler la loi de finances, déjà objet de maintes tensions, se présenter devant le Parlement et, vraisemblablement, faire face à des disputes et à des divisions, notamment dans les rangs du PJD, dont certains membres s’estiment lésés par la perte de secteurs stratégiques comme la Justice. Et par les concessions jugées énormes du nouveau Premier ministre Othmani.