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Les initiatives de la présidence Macron

Khattar Abou Diab de Sep 8, 2017 - 11:01 dans Politique

Lors de sa campagne électorale, dans ses discours et entretiens, l’Afrique et la Méditerranée s’imposaient comme champs d’action prioritaire pour le futur président Emmanuel Macron.

Il a été largement question à Washington des relations hostiles entre la Russie et l’Iran, et de ce qui continue d’aller mal… Mais la géopolitique actuelle ainsi que les alliances commerciales esquissent une perspective différente.
Au Sahel, comme dans le Maghreb, la lutte contre le terrorisme et le règlement de la question libyenne paraissaient à la tête des préoccupations assorties d’initiatives comptant confirmer l’intérêt de l’Hexagone pour ces zones vitales.
Le Sahel, centre névralgique du fameux pré carré français en Afrique, a été la première destination à l’étranger non européen du président Emmanuel Macron. Au Mali, le sommet G5 consacré à la sécurité au Sahel, tenu en juillet dernier, était un baptême du feu pour le jeune président français auprès de l’institution militaire française comme auprès des alliés africains de la France.
La situation mouvante et trouble de la Libye au Sahel n’a pas pris la France au dépourvu. Son histoire n’a en effet cessé d’être mêlée à celle de cette région en particulier. Par son économie, par ses idées, par sa langue, par ses capacités diplomatiques et militaires, par la place qu’elle occupe au Conseil de sécurité des Nations unies, la France est engagée sur la scène internationale, conformément à ses intérêts et ses valeurs.
Bien que la France soit critiquée pour son histoire coloniale, son engagement sert la stabilité et assure une assistance appréciée dans plusieurs domaines. Ainsi, la capacité d’initiative propre à Paris dans certaines zones est donnée comme exemple d’efficacité, car elle s’effectue en concertation avec les partenaires et sous le couvert du droit international.
Au début de 2013, l’opération Serval au Mali illustra la solidité d’un engagement entier dans la lutte contre le terrorisme, et pour sauver l’État malien et défendre l’intégrité de son territoire. Certes, le niveau de la confiance et de l’influence française dans le continent en général et en Afrique de l’Ouest et du Nord en particulier ont contribué au succès du sauvetage du Mali et de l’opération Barkhane dans le Sahel, qui se perpétue jusqu’à présent.
Afin de stabiliser le Sahel et de coordonner la lutte contre le terrorisme, les dirigeants des pays du G5 Sahel (Mali, Tchad, Niger, Mauritanie, Burkina Faso) et en présence du président français, Emmanuel Macron, ont acté, dimanche 2 juillet à Bamako, la constitution d’une force antidjihadiste conjointe et ils ont débloqué des fonds pour commencer son déploiement à l’automne.
Rappelons que face à la dégradation de la situation dans le centre du Mali, limitrophe du Burkina Faso et du Niger, gagnés à leur tour par les violences djihadistes (comme témoigne le tout récent attentat sanglant contre un restaurant turc à Ouagadougou, le 14 août dernier, coûtant la vie à 17 personnes dont plusieurs étrangers) le G5 avait réactivé, lors d’un sommet en février à Bamako, le projet de cette force.
Le président Macron n’a donc fait que poursuivre les projets de son prédécesseur. Mais, selon une source africaine, ses insinuations sur un possible désengagement français à moyen terme du Sahel n’ont pas été appréciées par les grands officiers français sur place. Et à la suite du sommet du G5 Sahel, le président paraît de plus en plus convaincu de l’importance et de la nécessité de maintenir l’engagement français

Intervention en Libye. Le 21 juin dernier, il a expliqué que « la France a eu tort de faire la guerre en Libye ». Une certitude bien troublante pour beaucoup d’observateurs et partisans du droit international humanitaire. Emmanuel Macron constate que, avec du recul, il apparaît que l’intervention franco-anglaise en Libye n’était pas forcément judicieuse. Mais les responsabilités du désastre libyen n’incombent pas au seul facteur extérieur et elles sont plutôt d’ordres interne et régional.
En effet, la question libyenne et ses soubresauts mettent l’engagement français à rude épreuve, compte tenu de l’implication de la France dans l’opération de l’Otan en 2011, et l’échec dans la reconstruction et le rétablissement de l’ordre, dû aux déchirures internes et régionales, et aux zizanies entre forces occidentales.
Face à un paysage politique libyen explosif, déchiré et menaçant dans son environnement immédiat, voire pour l’Europe, le président Emmanuel Macron a décidé de lancer une initiative pour aider à régler la crise en organisant à Paris, le 25 juillet dernier, une réunion entre le maréchal Khalifa Haftar, commandant de l’armée nationale libyenne, et le chef du gouvernement de l’entente nationale.
Ce choix correspond aux deux personnalités libyennes les plus influentes en termes politiques et militaires, afin de sortir la Libye de l’impasse et d’entamer une véritable dynamique qui pourrait englober par la suite toutes les parties. Et il n’est pas exclu que l’arrivée de l’ancien ministre libanais Ghassan Salamé comme nouvel envoyé spécial de l’Organisation des nations unies (ONU) et l’éclatement de la crise du Golfe (où Doha et Abou Dhabi doivent s’intéresser plus à leurs propres affaires) puissent jouer un rôle dans le calendrier de l’initiative française de Macron qui place la Libye comme une priorité de son action diplomatique.
À propos de l’insistance lors de la réunion de Paris sur le cessez-le-feu, et sur la tenue d’élections au printemps 2018, les milices de Misrata et de Tripoli sont restées silencieuses, tandis que le Parlement libyen basé à Tobrouk, a tenu à rendre hommage à cet accord.
Pour leur part, le bras politique des Frères musulmans en Libye et d’autres forces politiques ont été négatifs en refusant de faire des ajustements en dehors de l’accord-cadre d’Al-Skhirat. Ils ont refusé notamment de « tenir des réunions parrainées exclusivement par des états loin du cadre onusien ».
Cette position réservée de l’intérieur libyen rime avec un message italien négatif en direction de Paris, lorsque le président italien s’exprimait sur Twitter en disant qu’« assurer la stabilité à long terme en Libye doit aller au-delà des efforts individuels des pays et des alliances volontaires ».

Assistance militaire. En retournant à Tripoli via Rome, le Premier ministre Al-Sarraj a sollicité l’assistance militaire de la Marine italienne pour lutter contre l’immigration clandestine et cela a provoqué le rejet de Haftar.
Mais, en somme, c’est la preuve de la reconnaissance de l’importance du rôle italien politique et militaire dans les affaires libyennes (notons la présence d’experts militaires à Misrata et Tripoli). Ainsi, la France dans ses contacts avec Rome a insisté sur l’unité de la communauté internationale pour faciliter la solution libyenne.
Dans ce cadre, la présence à Paris du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, en marge de la rencontre de Saint-Cloud (le 25 juillet, entre Sarraj et Haftar) est un signal clair pour soutenir les efforts français.
La diplomatie française en a informé en particulier Washington, Londres et Moscou ainsi que tous les acteurs concernés en vue de soutenir son initiative. Pour le moment, on n’observe ni entrave ni encouragement particulier. C’est le début d’un long processus pour la France, en dépit de la diversité des intérêts et des risques.
En ce qui concerne le Maghreb, le président Emmanuel Macron a insisté sur le rétablissement d’une relation de confiance avec l’Algérie. Il a même été « accusé » d’avoir un penchant pour l’Algérie, ce qui a semble-t-il froissé le Maroc « habitué à nouer de liens forts avec les présidents issus de la droite française ». Mais le président a réservé au Maroc sa première visite consacrée au Maghreb, conduisant à un positionnement français équilibré au sein de l’Afrique du Nord, permettant aussi de soutenir la transition en Tunisie.