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Interview Marine Le Pen : La connivence des pouvoirs

Lila Schoepf de Nov 21, 2016 - 14:40 dans Politique

« La France doit incarner ce pôle d’équilibre qui lui permet d’œuvrer au désamorçage des conflits », déclare Marine Le Pen, la présidente du Front National.

Marine Le Pen, présidente du Front National, est candidate à la prochaine élection présidentielle française. Portée par la dynamique des dernières consultations électorales en France qui ont été favorables à son mouvement, elle a de grandes chances d’être présente au second tour de la présidentielle. Dans un contexte post-attentats et de crise des migrants, qui fait écho à son discours, la position du Front National ne laisse personne indifférent et divise fortement l’opinion. Dans un souci d’équité, Arabies donne la parole, à partir de ce numéro, aux principaux candidats à l’élection présidentielle française.

Quelle image avez-vous des grands partenariats de la France au Maghreb et qu’en attendez-vous ?

Pour le moins brouillée si l’on se réfère aux différentes politiques menées ces dernières années. Ces partenariats ont d’abord été envisagés sous un angle politique à travers l’Union pour la Méditerranée, une structure lancée par Nicolas Sarkozy, vouée à l’échec et qui a d’ailleurs connu un échec retentissant, illustration des errements et des contradictions de la politique étrangère du gouvernement français dans cette région particulièrement sensible de l’Afrique.
L’approche purement économique qu’a privilégiée François Hollande a-t-elle pour autant apporté les fruits espérés pour les pays concernés ? Je ne le crois pas. Conçue dans cet esprit mortifère du libre-échange dérégulé et de la rentabilité immédiate, elle a surtout entraîné une vague de délocalisations des entreprises françaises, source de chômage et d’inégalités sociales. Comment ne pas par ailleurs évoquer la diplomatie hasardeuse et dangereuse de la droite comme de la gauche en Libye qui a contribué par des choix irresponsables, à mettre au pouvoir les fondamentalistes islamistes et à constituer un foyer de tensions et de déstabilisation au cœur du Maghreb ?
La France se doit de défendre une ligne constante qui est celle de la sagesse, de la raison, de l’équilibre, conformément à notre tradition multiséculaire. Nos partenariats doivent être refondés non seulement sur nos pactes de sécurité commune qui se révèlent efficaces, mais également sur une coopération plus marquée avec les gouvernements préoccupés par la question centrale du développement. Centrale, car de sa résolution dépend la maîtrise des flux migratoires Sud-Nord et Sud-Sud.

Les attentats de 2015 en France ont-ils influé sur votre programme ?
Nous n’avons pas attendu les effroyables attentats de 2015 pour dénoncer le péril du fondamentalisme islamiste. Voilà des années que nous alertons l’opinion publique sur la propagation de l’idéologie salafiste.
J’avais dès 2012, dénoncé et obtenu l’interdiction d’entrée sur le territoire pour des prédicateurs islamistes venant participer au Congrès de l’UOIF [Union des organisations islamiques de France] et appelant au meurtre de juifs. L’aveuglement, le clientélisme électoral, la connivence des pouvoirs qui se sont succédé avec les tenants de l’islam politique ont bien évidemment constitué le terreau sur lequel a prospéré l’islamisme et conduit aux tueries qui ont ensanglanté la France.

Quel est votre point de vue sur les actions engagées pour la « déradicalisation » et comment pensez-vous qu’il faudrait procéder ?

Nous sommes là sur le terrain de la communication qui illustre de manière dramatique l’impuissance du gouvernement à répondre au défi posé et à assurer la sécurité des Français. Après les numéros verts, les portails Internet, ces centres de déradicalisation participent de cet enfumage qui ne résout aucun des problèmes posés.
Avant même de chercher à entrer dans la tête des individus radicalisés, il faut en effet agir à la source, en empêchant l’extrémisme islamique de se développer. Pour cela, des mesures très concrètes peuvent être prises immédiatement : la fermeture de la centaine de mosquées radicales identifiées par le ministère de l’Intérieur, l’expulsion des prêcheurs de haine étrangers, la déchéance de nationalité et l’expulsion des djihadistes binationaux ou encore la fin des financements étrangers du culte musulman en France. Il faut ensuite agir pour empêcher les individus radicalisés de passer à l’acte, c’est-à-dire, en plus d’une application ferme de la loi, en saisissant les armes qui se trouvent dans les territoires qui échappent au contrôle de la République, en renforçant et surtout en concentrant les moyens du renseignement sur les individus fichés S.

Une partie des attaques terroristes a été préparée par des citoyens français. Ne pensez-vous pas que l’origine du problème est interne ? Avec un clivage social important et un manque d’espoir, ne crée-t-on pas dans nos banlieues les combattants de demain ?

Il y a en France 9 millions de Français vivant sous le seuil de pauvreté, en situation de déclassement social, cela les poussent-il pour autant à commettre ces actes d’atrocité ? Ce serait une erreur dramatique de se réfugier encore une fois derrière la culture de l’excuse.
Par ailleurs, j’attire votre attention sur le fait que de nombreux terroristes étaient des personnes ayant fait des études, travaillant pour certains. La radicalisation est d’abord la conséquence d’un recul permanent des autorités face à l’extrémisme, d’un renoncement à défendre notre modèle de société, à faire respecter nos principes et nos valeurs, l’acceptation au nom du relativisme culturel qu’en France tous les modes de vie se valent. Et puis, il faut avoir le courage de le dire, de l’immigration massive que nous subissons depuis des décennies qui est le moteur de ce communautarisme au sein duquel se développe le fondamentalisme.

Quelle est votre position par rapport à la proposition de Nicolas Sarkozy d’organiser un référendum pour limiter le regroupement familial ?
Croyez-vous sincèrement que je puisse accorder un quelconque crédit aux propos de campagne d’un homme qui pendant cinq ans a fait exactement l’inverse de ce qu’il prétend vouloir faire demain ? Nicolas Sarkozy n’a jamais organisé un seul référendum sur les questions migratoires durant son quinquennat.
Pire, il a laissé entrer sur le territoire français plus de 200 000 étrangers par an, aboli le principe de double peine qui permettait d’expulser vers leur pays d’origine les étrangers condamnés par la justice une fois leur peine purgée, naturalisé en cinq ans plus d’1 million d’étrangers, encouragé sous toutes ses formes le communautarisme, apportant son soutien à l’UOIF, organisation classée comme terroriste par les Emirats arabes unis. Son bilan en la matière le déconsidère définitivement aux yeux des Français.

Quel bilan tirez-vous du quinquennat du président François Hollande ? Et de celui de Nicolas Sarkozy ?
Une continuité désastreuse dans la politique d’affaissement de la France. Que ce soit dans les domaines du chômage – 1,7 million de chômeurs supplémentaires depuis 2007 – de la situation économique et sociale, sur le front sécuritaire, sur le plan des libertés individuelles, la gauche et la droite ont communié dans cet échec permanent, dans cette incapacité à arracher la France au déclin, pour une raison fort simple, c’est que Nicolas Sarkozy tout comme François Hollande ont abdiqué la souveraineté nationale, renoncé à leurs responsabilités que leur dicte pourtant la Constitution française : incarner l’autorité de l’État et garantir l’indépendance nationale.
Nicolas Sarkozy et François Hollande ont endossé des costumes trop grands pour eux, ils ont affaibli par leurs manquements, leurs trahisons, la fonction présidentielle. C’est un effroyable gâchis dont les Français payent chaque jour au prix fort les terribles conséquences.

Quelle est votre perception du printemps arabe ?

Qu’en géopolitique le printemps n’est pas toujours synonyme de beaux jours, contrairement à la météo. La question que l’on devrait se poser aujourd’hui est de savoir si ces contestations populaires qui ont été déclenchées au nom des droits de l’homme et de la démocratie, ont, cinq ans après leur déclenchement, apporté aux populations concernées plus de droits et de démocratie ? Sans m’ingérer dans les affaires intérieures des États, l’observatrice que je suis ne peut que constater que, dans tous les pays concernés, les mouvances islamistes qui sont les pires adversaires des droits de l’homme et de la démocratie ont profité de ces agitations pour tenter de prendre le pouvoir par les urnes, mais plus souvent par la force. Or, que ce soit en Libye, en Syrie, à Bahreïn ou au Yémen, ce printemps se termine dans des guerres civiles particulièrement sanglantes et éprouvantes pour les populations civiles.

Si vous étiez élue lors de la présidentielle, les relations de la France avec les pays du Maghreb changeraient-elles ? Et quelle serait l’implication de la France au Moyen-Orient et au Liban ?
La vocation de la France est d’incarner une voix différente, de redevenir ce qu’elle a toujours été, l’avocate de la souveraineté des nations, du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. On a vu les dégâts qu’ont entraînés les interventions belliqueuses et irresponsables des gouvernements de gauche comme de droite dans le conflit libyen ou le soutien précipité aux printemps arabes qui se sont révélés être des hivers islamistes. Il faut en revenir à la raison, au dialogue permanent et constructif, à la prise en compte des intérêts communs, je pense à la lutte contre le terrorisme qui doit s’inscrire dans la perspective de la sécurité collective, mais également de la maîtrise des flux migratoires qui, nous ne le répéterons jamais assez, ne sont une chance ni pour les pays d’accueil ni pour les pays d’émigration.
Au Moyen-Orient comme au Liban, pays rongé par le communautarisme, fragilisé par le caractère confessionnel de ses institutions, impacté par la guerre en Syrie et qui se cherche toujours un destin commun, la France doit incarner ce pôle d’équilibre qui lui permet d’œuvrer au désamorçage des conflits.

Quelle est votre position sur la politique européenne concernant la question de l’accueil des migrants ?
Nous sommes confrontés de la part des dirigeants européens à une fuite en avant irresponsable. 1 million de migrants ont déjà été accueillis en Europe, 3 millions sont annoncés d’ici à 2017 alors même que la France compte 6 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres, 3,8 millions de mal-logés et que nous déboursons déjà 2 milliards d’euros par an pour les demandeurs d’asile.
Aujourd’hui, notre responsabilité nous engage à dire que nous ne pouvons plus accueillir personne. Il faut arraisonner les bateaux et les ramener à leur port d’origine, créer des zones humanitaires dans les pays de départ placées sous la responsabilité des organisations internationales, retrouver la maîtrise indispensable de nos frontières et donc sortir de Schengen, cesser tout financement de l’immigration légale et illégale en instaurant la priorité nationale, où nous continuerons à subir cette déferlante qui menace notre cohésion sociale et la paix civile.

Le bras de fer entre la France et la Russie engagé par François Hollande sur la Syrie est-il indispensable pour forcer Poutine à inclure les autres partenaires y compris les pays arabes ?

L’attitude de François Hollande est parfaitement incompréhensible et désastreuse pour l’image de la diplomatie française. Que retiendra le monde de la position française dans le conflit syrien ? Qu’un ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, estimait que les islamistes d’Al-Nosra, affiliés à Aqmi faisaient du bon boulot avant que le gouvernement, prenant conscience de cette faute incroyable de jugement, ne se décide à les considérer comme une organisation terroriste !
Dans la crise syrienne, il n’est pas concevable de tourner le dos à une puissance telle que la Russie qui se bat contre notre ennemi commun : le fondamentalisme islamiste. L’urgence aujourd’hui est d’éradiquer ce fléau qui est une menace permanente aussi bien pour les populations civiles prises en otage dans les villes syriennes, que pour nos sociétés occidentales, cibles désignées des terroristes islamistes.
Or, pour vaincre l’État islamique, il faut nouer le dialogue avec ceux qui le combattent, que ce soit la Russie ou le gouvernement de Bachar al-Assad, et non se tourner vers des pays tels que le Qatar, l’Arabie Saoudite, mais également la Turquie dont on connaît la proximité avec la nébuleuse islamiste.

Sur le plan de la politique interne, les sondages d’opinion vous situent au deuxième tour lors de la prochaine élection présidentielle… Quelles sont les principales idées de votre programme pour relancer l’économie et la croissance ?
La clé de voûte de mon programme économique, c’est de retrouver les éléments de souveraineté de la France. Aujourd’hui, nos dirigeants se sont volontairement liés les mains en acceptant les principes néfastes de gouvernance commune et de souveraineté partagée avec l’Union européenne. J’entends délier ces liens et rendre leur liberté aux Français. Cela nécessite de renégocier notre relation avec l’Union européenne et de retrouver notre souveraineté économique, monétaire, territoriale et législative.
Si nous voulons sortir de cette austérité permanente, de ce chômage de masse, du déclassement social qui frappent toutes les catégories de la population, il faut que la France soit libre, maîtresse de ses lois, de son économie, de sa monnaie, gardienne de ses frontières, c’est là la condition de toute politique nationale

Votre parti est vu dans beaucoup de pays comme un mouvement dangereux. Pourquoi, selon vous, le FN a-t-il cette image ?
Il ne faut pas confondre la classe politique de ces pays de l’Union européenne et les peuples. Si les premiers nous sont foncièrement hostiles – et comment pourrait-il en être autrement puisque nous défendons un modèle radicalement différent du leur qui place l’intérêt des peuples et la souveraineté des nations au-dessus de toute autre considération –, le discours porté par le Front National rencontre un écho de plus en plus important au sein des opinions publiques. Le Brexit en est une démonstration éclatante. Le monde s’organise aujourd’hui autour des nations qui sont constituées de peuples qui ont leur histoire, leur identité, leur culture. Défendre cette vision d’un monde multipolaire est partagé, j’en suis convaincue, par tous ceux qui plaident pour des relations internationales apaisées et pacifiées.