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Image : l’Algérie aspire à la normalité

Sihem Sabor - mars 18, 2017 - 07:06 - Politique

Si de nombreux experts se sont penchés sur l’idée d’améliorer son rayonnement, tous ont buté sur une réalité évidente. L’Algérie n’est pas une marque ou ne veut pas le devenir…

L’Algérien est un communicant naturel. Il l’est forcément depuis qu’il a appris le commerce des Phéniciens. Mais cette contagion orale ne l’a jamais aidé à être bien perçu par les autres. La faute à un tempérament qui a fait sa fierté, mais aussi son défaut chronique. Communiquer ? Pourquoi ?
Dans les années 1990, l’Algérien vivait le terrorisme dans la rue et se transformait le soir en un téléspectateur compulsif des infos venues des chaînes étrangères. Même s’il vivait la violence dans sa chair, il n’admettait pas que les médias internationaux transforment sa réalité, transgressent les vérités élémentaires (c’est le terrorisme qui tue…) et modifient sa perception. L’Algérien des années 1990, c’est le Libanais de Beyrouth des années 1980, le citoyen d’Alep Est de l’année. Même s’il vit la terreur au quotidien, il tente de vivre sa routine, de manger, de rire, d’aller travailler ou de s’amuser. Et reproche aux médias de ne se focaliser que sur le drame plutôt que sur ces moments de résistances banales, mais tellement indispensables.
Mais les médias « mainstream » l’ont déjà condamné à une succession de clichés : pays fermé, violent, avec une jeunesse désabusée, incapable d’évoluer, loin d’être attirant. Allez après ça, construire des stratégies de communication pour donner une image autre. Aussi réelle soit-elle. Car, dans le cas de l’Algérie, ce que les spécialistes du marketing appellent « Nation Branding », soit faire d’un pays l’équivalent d’une marque dont on peut exporter l’image positivement, est voué à l’échec. Non que les Algériens ne veulent pas être mieux perçus par l’extérieur, mais parce qu’ils aspirent à quelque chose qui est largement in-attractive : la normalité.
Par son histoire tumultueuse, l’Algérien a eu ses moments de fierté : sa résistance au colonialisme, sa guerre de libération armée, son soutien aux peuples colonisés, africains et palestinien, son refus de l’ordre international établi, sa capacité de résilience interne, son combat gagné contre le terrorisme, sa survivance à une sorte d’embargo économique… Autant d’étapes qui ont façonné, à la longue, une identité de perception interne. Psychologiquement, cela fortifie les mécanismes de défense – certains diront la méfiance vis-à-vis du monde extérieur – et rend l’Algérien moyen fier, têtu, orgueilleux, allergique aux critiques, parfois même constructives. Ce qui est en soit une forme d’autisme si on le confie à un communicant.

Arguments. Pourtant, l’Algérie a des atouts. À commencer par son propre peuple : généreux, accueillant, chaleureux, allègre… Il faut juste demander aux milliers d’expatriés qui vivent actuellement en Algérie pour percevoir cet attachement à ce peuple qui peut faire aimer sa terre. Mais dans la rationalité de l’image conçue par les médias et les lobbys, ces arguments ne résistent pas.
Que ce soit sur l’avancée de la démocratie, la liberté de la presse, réelle et non inventée, sur l’émergence de l’idée des droits de l’homme, l’éclosion de modèles de réussite économique, la protection de l’environnement, ou les avancées arrachées par les femmes algériennes, l’Algérie souffre du syndrome du « verre à moitié vide ».
Toutes les étapes positives franchies ne semblent jamais satisfaire ceux qui distribuent les points. Il n’est qu’à voir les classements en tout genre où l’Algérie pointe comme un « mauvais élève ». Des jugements établis dans des bureaux à Londres, Paris ou New York qui ne font, en définitive, que renforcer le repli sur soi des Algériens.
Mais paradoxalement, l’intrusion des réseaux sociaux en Algérie a donné cette fenêtre à la jeunesse algérienne pour s’exporter. Du moins exporter sa voix. Au fil du Printemps arabe, les Algériens ont découvert que la guerre aux clichés était possible et instantanée. Avec 17 millions d’utilisateurs de Facebook, ils forment une sorte « d’armée virtuelle », poussée par la défense de la stabilité retrouvée et le désir identitaire d’exister.
Il n’est qu’à voir les « campagnes » qui peuvent cibler l’Algérie sur le Net pour mesurer l’ampleur de la réactivité des Algériens. Si le gouvernement n’a pas réussi à établir un storytelling à l’algérienne, pour rendre l’Algérie attractive et séduisante, notamment pour les investisseurs étrangers, elle peut compter sur des millions d’internautes qui guettent les polémiques, se mêlent aux débats en tout genre, et portent une certaine idée d’un patriotisme numérique. En effet, l’idée n’est pas de « vendre » une autre image de l’Algérie, mais du moins de ne pas la dénaturer.
Certes, pour améliorer cette image, les solutions sont identifiées : élaborer des stratégies de communication à long terme, engager des campagnes de mise en valeur de la destination Algérie, créer ses propres canaux de diffusions et d’influences, pratiquer la veille permanente des médias et surtout donner une cohérence à la communication des acteurs gouvernementaux.
Les modèles de communication politique qui s’offrent sont qataris, russes ou iraniens. Mais ils demeureront de simples concepts si l’on ne tient pas compte de cette spécificité algérienne qui, sociologiquement, à un ancrage séculaire : l’Algérie est un pays qui aspire à la paix, dans toutes ses variantes, et veut sa quote-part de normalité.