/ Politique / Donald Trump et Recep Erdogan condamnés à s’entendre

Donald Trump et Recep Erdogan condamnés à s’entendre

Christian Malard de Juil 14, 2017 - 06:25 dans Politique, Tribune

C’était le 16 mai dernier, à la Maison-Blanche, la première rencontre entre Donald Trump et son homologue turc, l’imprévisible et insaisissable « dictateur », Recep Tayyp Erdogan. Il y avait sur la table un dossier explosif : celui des Kurdes de Syrie.
Donald Trump et Recep Tayyp Erdogan ont promis de faire retomber les tensions sur les sujets qui fâchent et ce, neuf jours avant le Sommet de l’Otan à Bruxelles auquel devait participer Erdogan qui, ne l’oublions pas, représente le flanc Sud de l’Otan avec la deuxième armée la plus puissante derrière celle des États-Unis.
La récente décision américaine d’armer les milices kurdes de l’YPG [Unités de protection du peuple] en Syrie, perçues comme des alliées importantes dans la lutte contre l’État islamique, et surtout dans la future prise escomptée de Raqqa, son QG en Syrie, constitue une véritable pomme de discorde. Erdogan s’oppose à cette décision et menace de retirer son soutien aux États-Unis dans leur lutte contre Daech.
Erdogan ne cesse de répéter qu’il craint la naissance d’une région autonome kurde au Nord de la Syrie qui pourrait attiser les velléités indépendantistes de la minorité kurde en Turquie.
Pour lui, les milices de l’YPG ne sont qu’une extension syrienne du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan) d’Abdullah Ocalan, considérée comme un groupe terroriste.
Le désir de Donald Trump d’armer les Kurdes Syriens intervient au moment où les forces irakiennes, appuyées par les Américains, dans les airs comme sur le terrain, sont sur le point de reconquérir Mossul.
Pour rassurer les Turcs sur la présence de forces majoritairement arabes et non kurdes, dans le futur assaut de Raqqa, Trump s’est engagé à ce que l’YPG n’occupe pas Raqqa après sa libération.
Quoi qu’il en soit, Trump et Erdogan ont promis de renforcer leur partenariat stratégique.
Le président américain a rappelé que la Turquie doit être omniprésente dans la lutte contre Daech.
Cela dit, Trump doit rester prudent. Il ne doit pas oublier qu’il a en face de lui un dictateur qui a pratiqué des purges massives au sein de l’armée turque, de la police, du corps judiciaire et de la presse et qui, après quinze années au pouvoir, a fait passer la Turquie d’une république laïque depuis 1923 à une république islamique qui n’hésite pas à jouer la Russie contre l’Occident au gré de ses intérêts.
Certaines informations circulent selon lesquelles, en échange d’une offensive arabo-kurde soutenue par les États-Unis contre l’État islamique dans son fief de Raqqa, Trump pourrait garantir à Erdogan que la justice américaine examinera l’extradition de Fetullah Gullen, vivant en exil en Pennsylvanie, qui est accusé par Erdogan d’avoir fomenté la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016.
En outre, les États-Unis pourraient donner leur feu vert à une offensive turque contre les bases du PKK dans le Nord de l’Irak.
La Turquie et les États-Unis ont un rôle déterminant à jouer dans le maintien de la stabilité au Moyen-Orient.
Trump a besoin de la Turquie pour lutter contre le djihadisme, gérer avec l’Europe le flot des réfugiés, négocier un futur plan de paix en Syrie avec la Russie et l’Iran et laisser l’aviation américaine utiliser la base militaire d’Incirlik.