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Dans les coulisses de la Troïka

Editor de Jan 31, 2014 - 12:59 dans Politique

Au palais de la Kasbah, siège de tous les gouvernements de la Tunisie depuis bien avant son indépendance, l’ambiance n’est pas celle d’une fin de règne ni d’une célébration.

Fin novembre, la Kasbah, siège de la présidence du gouvernement. Deux échéances pointent à l’horizon : la – possible – démission du gouvernement conformément à la feuille de route du dialogue national, engagé à la fin de l’été, entre les partis de la Troïka (Front démocratique pour les libertés et le travail, de Mustapha Ben Jaafar ; le Congrès pour la république, de Moncef Marzouki ; et Ennadha, de Rached Ghannouchi) au pouvoir depuis décembre 2011 et ceux de l’opposition, et le deuxième anniversaire de l’avènement du gouvernement issu de cette coalition.

Pourtant, personne ne semble prêter attention à aucun de ces deux moments. Le chef du gouvernement, ses conseillers et les ministres ont, en cette fin de novembre, d’autres chats – beaucoup d’autres – à fouetter. Durant le mois, trois en particulier ont donné du fil à retordre au gouvernement : le projet de loi de finances pour 2014, l’annonce de la création de nouvelles facultés de médecine et de pharmacie dans certaines régions de l’intérieur…, et la commémoration des « événements de la chevrotine » (manifestations de novembre 2012 durant lesquelles les forces de l’ordre ont utilisé ce genre de munitions contre les manifestants à Siliana, NDLR) ont donné lieu à des critiques et à des manifestations qui ont parfois mal tourné. La première décision a été critiquée comme de nature à appauvrir la classe moyenne, la deuxième a provoqué la colère des gouvernorats n’ayant pas eu leur part du gâteau, alors que le troisième événement donne encore lieu à des appels à traduire en justice les responsables ayant donné l’ordre de tirer sur les manifestants.

Deux ans après, le bilan du gouvernement de la Troïka est catastrophique pour les uns, très moyen pour les autres, et très en deçà des attentes d’un grand nombre de Tunisiens et des membres de la Troïka eux-mêmes.

Incompétence. L’opposition l’impute à l’incompétence du gouvernement. Les partis de la coalition pointent du doigt l’ampleur des problèmes et le travail de sape de leurs adversaires. Mais quand on jette un regard sur l’envers du décor des deux dernières années, on réalise que l’échec de l’expérience gouvernementale de la Troïka a des causes multiples et complexes.

La première est certainement l’absence d’un consensus national sur la gestion de la période transitoire, dont les expériences d’autres pays ont démontré l’absolue nécessité de la réussite de cette phase de la vie d’un pays. En Tunisie, les divergences entre vainqueurs et perdants des élections du 23 octobre 2011 sur la conduite de la transition sont apparues rapidement.

L’opposition a exigé que le gouvernement présidé par Béji Caïd Essebsi reste en place jusqu’aux prochaines élections prévues après l’achèvement de la rédaction d’une nouvelle Constitution, à laquelle les partis devraient consacrer tous leurs efforts dans le cadre de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Guère de cet avis, Ennadha voulait au contraire exercer le pouvoir durant cette phase transitoire et former pour cela un nouveau gouvernement. Quand on leur demande aujourd’hui pourquoi ils ont fait ce choix, les responsables du parti islamiste avouent que c’est la peur qui l’a motivé. Peur qu’en acceptant de rester à l’écart du pouvoir, ils permettent à ce qu’ils appellent « l’État profond », c’est-à-dire à une partie de l’administration et de l’appareil sécuritaire et de l’opposition qui n’a guère digéré le (relatif) succès électoral d’Ennadha, d’opérer un putsch rampant pour de nouveau exclure les islamistes du jeu politique.

Du fait de l’absence d’un consensus national, la réussite du gouvernement ne pouvait pas arranger les affaires de tout le monde : indispensable pour la coalition en place, elle était fort logiquement insupportable pour l’opposition et plus particulièrement pour l’extrême gauche. Qui a certainement usé de son influence au sein de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) – le syndicat ouvrier historique qu’elle contrôle plus que jamais depuis son dernier congrès en 2011 – pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement.

En plus du contexte politique hostile, le gouvernement de la Troïka est arrivé aux commandes du pays sans le moindre programme, et « n’en a pas à ce jour », se plaint l’un de ses membres. D’ailleurs, lors de la présentation de son gouvernement à l’ANC, le 26 décembre 2011, Hamadi Jebali n’a proposé que de grandes lignes en fait de programme. Ce vide a parfois donné naissance à des situations cocasses où un ministre se trouvait en décalage, voire en contradiction avec les orientations de son propre parti. C’est ce qui s’est produit notamment avec Abdellatif Mekki, ministre de la Santé. « En plus de la réduction du nombre d’agréments aux investisseurs pour créer de nouvelles cliniques privées, ce qui retardé le lancement de certains projets dans les cartons, ce médecin de formation s’est mis en tête d’imposer des tarifs à ses confrères », révèle une source proche du dossier.

Or, il est de notoriété publique qu’Ennadha est un parti libéral en matière économique – « le plus libéral », assure un chef d’entreprise –, donc guère favorable à ce genre de pratiques, et que spécifiquement sur le dossier de la santé il ne partage pas les vues de son ministre, indique un conseiller.

Lacunes. Le deuxième problème des deux gouvernements successifs de Hamadi Jebali et d’Ali Laarayedh est le manque de compétence des ministres, comme ne cesse de le clamer l’opposition. Les responsables de la Troïka, qui s’en défendent en public, admettent en privé que le présent gouvernement, comme le précédent, souffre de grosses lacunes dans ce domaine. Un problème dû au fait que le critère de compétence n’entrait pas en ligne de compte lors de la formation du gouvernement et que le souci dominant était de satisfaire les demandes et les appétits des partis de la coalition et des groupes composant chacun d’entre eux.

Pourtant, au début, une équipe a été mise sur pied au sein d’Ennadha qui a établi une liste de 13 critères devant présider au choix des ministres. Mais « on n’en a jamais tenu compte. S’il les avait appliqués, nous ne nous serions pas trompés dans le choix des ministres et ne serions pas tombés dans la politique des quotas », affirme l’un des experts ayant fait partie de cette commission.

De ce fait, s’il disposait de « compétences politiques », le gouvernement n’en avait pas à caractère technique. « Nous n’avions personne capable de s’occuper comme il se doit des dossiers économiques et sociaux en particulier », admet un responsable.

L’incompétence s’est manifestée rapidement, à l’occasion de la vague de froid, neiges et inondations ayant frappé en février 2012 le nord-ouest et le centre-ouest du pays. Les secours ont en effet mis du temps à se mettre en place, certes à cause du manque de moyens mais également par manque d’organisation adéquate. « Nous n’avions personne sur place. Nous gérions la situation à distance à partir de la Kasbah, alors que les gens de l’opposition étaient sur le terrain », reproche un ancien collaborateur de Hamadi Jebali.

Prérogatives. Les divergences au sein du gouvernement, et de l’exécutif d’une manière plus générale, ont ajouté à la cacophonie et contribué à affaiblir le gouvernement et à réduire son efficacité. Au gouvernement, le premier couac a éclaté rapidement pour Mohamed Abbou. Entre le ministre en charge de la Réforme administrative et son chef, les divergences ont éclaté au grand jour et avaient pour objet les prérogatives du premier. Mohamed Abbou, également à l’époque secrétaire général du CPR, voulait cumuler le portefeuille qui lui a été confié avec celui de la lutte contre la corruption – finalement attribué à Abderrahmane Ladgham. Mais derrière cette divergence de nature technique se cachait en fait un désaccord politique concernant la manière d’engager la lutte contre la corruption, notamment au sein de l’administration.

Alors que Hamadi Jebali penchait pour une approche progressive et prudente, son ministre, fidèle à l’orientation de son parti dans ce domaine, était partisan d’une lutte immédiate, radicale et tous azimuts contre les corrompus. Aussi, après avoir réintégré le gouvernement au bout d’une bouderie de six jours, au début de janvier 2012, Mohamed Abbou a fini par démissionner pour de bon en juin de la même année.

Plus lourds de conséquences ont été les désaccords entre les deux pôles du pouvoir exécutif, le gouvernement et la présidence de la république. On se rappelle que le premier et le second se sont longtemps écharpés à propos de la prérogative de décider d’extrader – ou pas – l’ancien Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi et qu’une fois que Hamadi Jebali est passé outre l’opposition de Moncef Marzouki et remis l’ex-n°2 libyen aux autorités de son pays, le chef de l’État a riposté en limogeant… le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Mustapha Kamel Ennabli.

Cinq libertés. Mais cet épisode est loin d’avoir été l’unique incident provoqué par Moncef Marzouki. Le chef de l’État tunisien a également fortement embarrassé le gouvernement lors de son premier voyage en Algérie, en annonçant l’octroi aux citoyens des autres pays du Maghreb des « Cinq libertés », en l’occurrence celles d’entrer avec une simple carte d’identité, de travailler, résider, posséder et participer aux élections municipales en Tunisie. « Lorsque le président Marzouki est rentré en Tunisie, on lui a dit que ces choses-là ne se décrètent pas unilatéralement et se négocient entre États », indique un conseiller de l’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali.

D’ailleurs, un an après, l’envolée lyrique maghrébine de Moncef Marzouki est restée lettre morte, tout comme son projet de sommet maghrébin annoncé pour le courant de 2012.

Parmi les facteurs de son échec, imputables à la Troïka elle-même, réside sans nul doute le fait que le chef du gouvernement n’avait, malgré lui, quasiment aucune emprise sur ses ministres et sur la politique qu’il voulait mener dans différents domaines. « Le chef du gouvernement n’avait pas toutes les cartes en main », confirme l’un de ses conseillers. « Chaque ministre décidait seul », appuie un autre. En particulier en matière d’augmentation salariales où, raconte une source interne, « on a vu des ministres décider d’augmenter salaires ou primes sans prendre en considération les limites et contraintes du budget de l’État. C’est seulement depuis peu qu’ils commencent à demander l’avis du ministre des Finances avant d’engager des dépenses non prévues au budget ».

Certains ministres nahdhaouis étaient parmi les plus indisciplinés. On nous assure que Rafik Abdessalem, ancien ministre des Affaires étrangères – et gendre du président d’Ennadha, Rached Ghannouchi – ainsi que Lotfi Zitouni, conseiller politique du chef du gouvernement – qu’on présente comme le protégé du leader islamiste – émergeaient du lot.

Alors que le premier prenait des initiatives sans en référer à son patron, le second, apprend-on, a mis sur pied un véritable « gouvernement au sein du gouvernement », regroupant les conseillers d’obédience nahdhaouie.

Hamadi Jebali était également « ligoté par son propre parti Ennadha », fait-on remarquer dans son entourage. Au travers de son chef, Rached Ghannouchi, le parti islamiste s’immisçait en effet totalement dans les affaires du gouvernement. En particulier dans les nominations aux différents postes – auxquelles un comité ad hoc a été dédié au siège d’Ennadha. Sur la conduite à tenir à l’égard des médias, le gouvernement voulait privilégier le dialogue, le parti a choisi de répondre à la diabolisation par la diabolisation. Ainsi que dans les choix sécuritaires et même économiques. « Le parti transmettait ses instructions au chef du gouvernement, notamment par le biais du lobby gouvernemental pro-Ghannouchi, composé en particulier des ministres Lotfi Zitoun (conseiller politique), Rafik Abdessalem (Affaires étrangères), Mohamed ben Salem (Agriculture), Moncef Ben Salem  (Enseignement supérieur) et Abdellatif Mekki (Santé) », révèle une source interne.

Ainsi, on sait aujourd’hui avec certitude que c’est Ennadha qui s’y est opposée fermement au début, lorsque le chef du gouvernement et son ministre de l’Intérieur, Ali Laarayedh, ont compris que la mouvance salafiste extrémiste était devenue un danger et ont pris la décision de lui déclarer la guerre. Au motif que ces salafistes sont « nos enfants » selon les propres mots de Rached Ghannouchi, le gouvernement a perdu un temps précieux avant de pouvoir initier sa lutte contre les groupes djihadistes. C’est également Ennadha qui a empêché d’interdire l’entrée en Tunisie de prédicateurs, venus en particulier d’Égypte et des pays du Golfe, lorsque le gouvernement a décidé d’arrêter ce flux qui attisait les tensions au sein de la société tunisienne.

Hamadi Jebali a dû avaler une autre couleuvre dans le domaine économique. Convaincu par son ministre des Finances, Hassine Dimassi, de la nécessité de mettre en place une politique d’austérité, le chef du gouvernement a fait un virage à 180 degrés lorsque son parti lui a opposé un veto ferme, provoquant ainsi la démission de son argentier.

Crise. Excédé, le chef du gouvernement, qui a fini par rendre son tablier après l’assassinat de Chokri Belaïd, le 6 février 2013, a envisagé « plus d’une une fois de claquer la porte », assure son entourage. En particulier, lorsque la crise politique se doublait d’un problème de santé. Voyant qu’il ne contrôlait pratiquement plus rien, Hamadi Jebali a même déserté, au début de 2013, son bureau de la Kasbah, pour s’installer avec ses conseillers les plus proches dans un local loué aux Berges du Lac de Tunis.

La Troïka s’est également trouvée confrontée à des problèmes indépendants de sa volonté. D’abord, de nombreuses catégories de Tunisiens voyant dans la chute du régime Ben Ali une occasion d’exercer des pressions sur un État affaibli, afin d’obtenir une amélioration de leur situation, le gouvernement s’est trouvé en peu de temps face à un nombre extraordinaire de dossiers économiques et sociaux à résoudre. En témoignent les 28 000 grèves, sit-in et autre barrage de routes, enregistrés en 2012, en progression notable par rapport à l’année précédente. Et il n’est pas indifférent que le foyer central – où les troubles ont duré le plus longtemps – se situe dans le bassin minier, une des principales places fortes des partis et groupes d’extrême gauche et de l’UGTT, et ait affecté en particulier le groupe Chimique, acteur central de l’industrie du phosphate qui contribue à hauteur de 10 % du budget de l’État.

Malgré « sa bonne volonté, l’équipe gouvernementale n’était pas prête à faire face à l’explosion des revendications sociales », observe l’un de nos interlocuteurs. D’autant que les pouvoirs publics ne disposent pas des énormes moyens financiers requis pour venir à bout de ces problèmes. Le deuxième problème rencontré, malgré elle, par la Troïka est tout aussi lourd de conséquences. Il a pour nom l’administration qui, d’après des responsables de cette coalition, n’aurait rien fait pour faciliter la tâche des gouvernements de Hamadi Jebali et Ali Laarayedh.

Discrédit. « L’administration a fonctionné comme une véritable taupe. Elle a usé de tous les moyens pour entraver l’exécution des décisions du gouvernement – par exemple pour faire face aux coupures d’eau et d’électricité qui se sont produites durant l’été 2012 et en 2013 – et le discréditer ainsi aux yeux de l’opinion », reproche un ancien membre de l’équipe Jebali. À la présidence du gouvernement, le goulot d’étrangement se situe au niveau du secrétaire général du gouvernement qui « prend tout son temps pour s’entourer de toutes les garanties et retarde ainsi la mise en œuvre des décisions » des politiques, regrette une de nos sources. Qui a à longue a fini par constater que « le gouvernement est devenu craintif dans ses relations avec l’administration ».

Une remarque que confirme un des anciens conseillers de Hamadi Jebali. « En l’absence de programme, le gouvernement s’est laissé imprégner par l’administration au lieu de l’imprégner lui. Et à la fin, il s’est retrouvé à défendre des décisions prises par les bureaucrates. » Une affaire en particulier illustre cette situation : c’est le litige opposant depuis près de trente-deux ans l’État tunisien à la société ABCI au sujet du contrôle de la Banque franco-tunisienne (BFT), dont ABCI avait acquis 50 % du capital de cette filiale de la Société tunisienne de banque (STB), en 1982, avant d’en être dessaisie quelques années plus tard.

Ce dossier, entre les mains de la Commission pour le règlement des différends relatifs à l’investissement (Cirdi), a semblé pouvoir trouver une solution à la faveur du changement intervenu en Tunisie le 14 janvier 2011 et de la décision prise en février de la même année par cette instance relevant de la Banque mondiale de se considérer comme compétent dans cette affaire, et donc de se préparer à rendre un jugement sur le fond.

Négociations. Convaincue que, le cas échéant, la décision du Cirdi lui sera défavorable, la Tunisie propose à l’ABCI d’engager des négociations en vue de la conclusion d’un arrangement amiable. Un pas important est franchi sur cette voie lorsque les deux parties signent le 31 août 2012 un procès-verbal définissant les règles et étapes d’un tel règlement. Mais le gouvernement tunisien va par la suite se raviser et stopper net ce processus où il abordait le moment de vérité : l’audit de la BFT qui allait en établir l’état des lieux, et plus particulièrement révéler comment se sont accumulés les 275 millions d’euros de créances accrochées que traîne cette banque.

Les documents dont nous disposons prouvent justement que ce sont les représentants de certains organismes, dont la Banque centrale de Tunisie – où officie aujourd’hui un certain Mounir Klibi, qui a pendant longtemps dirigé la BFT en tant que directeur des affaires juridiques –, qui ont poussé le gouvernement à faire marche arrière et à abandonner la voie du règlement amiable. Car il représente pour eux le grand inconvénient de déterminer les responsabilités de chaque intervenant dans ce dossier et, partant, de les mettre en position de devoir rendre compte de leur gestion.

À sa décharge, il faut également dire que la présidence du gouvernement a souffert d’un manque de moyens, humains, financiers et matériels, hérité de l’époque Ben Ali. Ayant décidé de faire de la présidence de la république le cœur de son système, dotée de sa propre force militaire – la garde présidentielle – et d’une armée de conseillers qui étaient de véritables patrons des ministres, l’ancien président a totalement marginalisé le premier ministère qui n’était qu’une micro-cellule.

Mais après le 14 janvier 2011, et plus particulièrement les élections du 23 octobre 2011, la Kasbah est devenu le centre du pouvoir. « On a changé de régime passant d’un régime présidentiel à un autre parlementaire, mais modifié la répartition des moyens logistiques et humains, demeurés très importants à la présidence de la république et modiques à celle du gouvernement », explique un observateur.

La prestation de la Troïka s’est-elle améliorée avec l’avènement du gouvernement Laarayedh le 22 février 2013 ? Apparemment oui. Selon des témoignages concordants, un léger mieux s’est déjà fait sentir vers la fin du règne de Hamadi Jebali. « L’ancien chef du gouvernement a opéré au printemps 2012 certains changements de personnes au sein de son staff, qui ont amélioré le fonctionnement et le travail de l’équipe. Il s’est en particulier doté d’un nouveau directeur de cabinet (Mohamed el-Amri) qui a amélioré le processus de prise de décisions et de suivi », affirme l’un de ses adjoints.

Les choses se seraient peut-être améliorées davantage s’il avait pu remanier son gouvernement pour en extraire les membres les moins compétents. « Hamadi Jebali a essayé pendant six mois de changer certains ministres, mais il n’a pas pu le faire. Car pour chaque parti de la Troïka, les incompétents, ce sont les ministres des autres. Et cette attitude est compréhensible. Car les trois partis ayant désigné des figures politiques pour faire partie du gouvernement, ils se seraient exposés à un risque d’éclatement s’ils avaient accepté qu’ils soient démis par Jebali », note un ami de l’ancien chef du gouvernement.

Mais l’assassinat de Chokri Belaïd, chef du Parti unifié des patriotes démocrates, va tout chambarder. Le chef du gouvernement comprend que la situation nécessite une solution plus radicale. Après avoir longuement discuté avec ses conseillers dans la matinée, il se rend à la Kasbah pour une réunion extraordinaire du conseil des ministres, convoquée à seize heures. D’entrée de jeu, le chef du gouvernement annonce à ses ministres qu’il a décidé de former un gouvernement de technocrates, donc, de les remercier. Si la plupart des ministres se sont murés dans un silence gêné, deux vont clamer haut et fort leur opposition totale au projet de leur chef : le ministre du Commerce, Abdelwaheb Maatar (CPR), et celui de la Santé, Abdellatif Mekki (Ennadha). Finalement, leur veto empêche Jebali de concrétiser son idée et le pousse à la démission.

En lui succédant, le ministre de l’Intérieur, Ali Laarayedh, apporte un petit plus. « Les choses vont un peu mieux aujourd’hui », reconnaît-on dans l’entourage de Hamadi Jebali. « L’actuel gouvernement est plus efficace. Ali Laarayedh a pu améliorer les choses à ce niveau grâce à Noureddine Bhiri (l’ex-ministre de la Justice), au conseiller en charge du Développement politique, et à la réactivation du rôle du Conseil du cabinet qui a repris ses réunions bihebdomadaires », après être entré en hibernation lorsque Hamadi Jebali a déserté la Kasbah, précise un conseiller.

Objectif. Ali Laarayedh s’est aussi efforcé de rendre son staff plus efficient en construisant un système englobant tous ses conseillers, et « s’il avait eu du temps, il aurait pu atteindre cet objectif. Tout se passait bien jusqu’en juillet 2013, puis il y a eu l’assassinat de Mohamed Brahmi qui a perturbé le processus », justifie la même source.

Toutefois, l’actuel chef du gouvernement ne serait pas parfait. Son entourage décrit un homme qui « a réussi l’organisation, mais pas la direction », de l’appareil. Le successeur de Jebali se serait noyé dans les dossiers, aurait « créé le vide autour de lui », et ne rencontrerait – presque – personne. Il n’aura pas le temps de se perfectionner, puisque le dialogue national a désigné son successeur : l’ancien ministre des Finances Jaloul Ayed.cs-42-53711952 gt-95721759 gt-109349468 gt-169232381 re-RTR3D1A6 re-RTR3DUBD (3) re-RTX121LL (2) re-RTXWP1A (2) cs-42-36572654