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ALGÉRIE Législatives 2017, un outil pour la stabilité

Sihem Sabor de Mai 9, 2017 - 06:11 dans Politique

Le 4 mai prochain, les Algériens sont appelés à voter. Le contexte économique et social tendu risque de donner à ces élections des allures de baromètre du nouveau paysage politique.

Probablement jamais des élections législatives algériennes ne se présentent aussi indécises. Même si les plus sceptiques tablent sur une énième victoire du FLN, parti historique et actuellement majoritaire à l’Assemblée nationale, les bouleversements que connaît la scène politique algérienne troublent les plus avertis.
Car ces élections, législatives puis communales avant la fin de l’année, ont valeur de test post-Constitution. La nouvelle Constitution décidée par le président Bouteflika dans laquelle il a consacré son concept de « démocratie apaisée » et authentique se veut un d’abord un instrument de stabilité. La nouvelle Constitution portée à bout de bras par le président algérien présente en effet des multitudes de garanties et des gages de transparence pour les processus électoraux : « de sorte que la démocratie accomplisse de nouvelles avancées dans notre pays, que notre peuple s’investisse plus dans le choix de ses représentants, et que les Assemblées qui en résulteront, au niveau national et local, puissent concourir davantage au succès des réformes », dira-t-il au début de février. Mais ces garanties constitutionnelles ne font pas tout. Et la question que les observateurs se posent en sourdine est la suivante : la scène politique algérienne est-elle à la hauteur de ces enjeux ?
Car si, à la veille du 4 mai, 12 595 candidats se lanceront à la course aux sièges du Parlement, les rapports de force semblent indécis et volatils. Certains diront, faute d’un électorat impliqué et mobilisé, mais surtout défiant vis-à-vis de la classe politique, alors que d’autres estiment que l’abstention a toujours été de mise durant les législatives et que le nouveau cadre légal n’y changera pas grand-chose. Reste que les partis politiques, avec leurs errements, leurs divisions, et leurs contradictions, ne stimulent pas non plus les électeurs indécis.
D’abord, le FLN, parti qui part favori, est dans une situation complexe. Après son changement de direction qui a vu l’ex-ministre de la Solidarité, Djamel Ould Abbes, succéder au bouillonnant Amar Saidani, on estimait que le FLN allait retrouver de la sérénité et de la cohésion et se mettre en ordre de marche. Or, ce pronostic ne tenait pas compte des dégâts au sein du parti : base vieillissante, cadres parachutés, militants déboussolés par les orientations de la direction, luttes intestines féroces.
Le parti, naguère baromètre de la vie politique algérienne, est dans un état qui ne lui permet pas d’affronter ses échéances avec des certitudes. Même s’il couvre l’ensemble des 48 wilayas, s’il possède l’expérience des joutes électorales et si sa base demeure attachée aux valeurs patriotiques véhiculées par ses campagnes, le FLN peine à opter pour des candidats « représentatifs » tout en rajeunissant ses structures.

Listes électorales. Soucieux de ne pas contrarier le président Bouteflika, qui est président d’honneur du parti, le FLN a néanmoins tenté de présenter des listes en phase avec les exigences du moment. En réalité, la majorité des partis ont joué le jeu, ce qui donne des listes électorales qui intègrent un tiers de femmes (31,33 %), davantage de jeunes avec 64,21 % de candidats de moins de 40 ans, ou encore des universitaires qui représentent 51,91 % des candidats retenus. Une diversité qui brosse déjà la composante structurelle du futur Parlement à moins de réelles surprises.
Ensuite, la montée en puissance du RND. Souvent qualifié de « parti de l’administration », le parti dirigé par Ahmed Ouyahia, également chef de cabinet du président, joue également une partition serrée. Si certains observateurs lui prédisent déjà d’être la seconde force politique au Parlement, en conservant sa position actuelle, d’autres craignent que ce mouvement, ersatz du FLN, ne pâtisse de la participation massive des partis jadis boycotteurs comme le FFS et le RCD. Ce sera sans compter sur l’ambition et la détermination d’Ouyahia, qui a eu la clairvoyance de concocter des listes électorales qui ont séduit même les plus récalcitrants.
Enfin, le pôle islamiste. Et c’est probablement l’une des clés de la prochaine législative. Le parti phare, le MSP d’Abderrazak Makri, semble plus que jamais engagé à réussir le pari de remettre en selle les islamistes en appliquant une stratégie d’unification des rangs inédite.
Après avoir réussi à convaincre le parti du Changement, mené par l’ex-ministre Abdelmadjid Menasra, ancien du MSP, à revenir dans la maison-mère, il tente d’ouvrir des négociations avec le parti d’Abdellah Djaballah, qui représente le courant islamiste le plus proche de l’ex-FIS.
Ces jeux d’alliances ont donné un coup de fouet à une base islamiste jusque-là dispersée. Les islamistes qui ont considérablement chuté en termes de présence dans les assemblées électives espèrent faire coup double durant ces législatives, et inquiètent de nouveau le pouvoir politique. D’abord, se regrouper en un pôle imposant et peser ainsi sur les prochaines élections, mais surtout, en filigrane, se préparer à l’élection présidentielle de 2019. Si Makri se rêve en un « Erdogan algérien » et ne s’en cache pas, voulant faire du MSP une sorte d’AKP dominant, du moins influent, les autres islamistes veulent porter au pouvoir un « nouveau Morsi » comme en Égypte.

Électorat algérien. Reste que les islamistes négligent deux aspects importants : d’abord un électorat algérien fatigué des « promesses islamistes » qui avaient mené, vingt-cinq ans auparavant à la tragédie nationale et à l’émergence du terrorisme, et, ensuite, que ces agendas islamistes sont inspirés de capitales comme Ankara, Doha, ou encore Le Caire dans sa version Frères musulmans.
Ces incertitudes ont d’ailleurs fait réagir en amont le président Bouteflika qui, même en lâchant du lest à l’opposition, allant jusqu’à nommer un islamiste connu, Abdelwahab Derbal, à la tête de la Haute Instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), un organe qui se veut plus équitable et transparent, il n’en demeure pas moins qu’il a fixé des lignes générales en indiquant : « Le succès de la démocratie pluraliste exige la stabilité […] de nature à prémunir l’Algérie contre des situations et des événements regrettables dont nous sommes témoins et qui sont à l’origine de l’effondrement de régimes et l’éclatement de sociétés devenues le théâtre de tueries et de destruction et où le chaos règne en maître. »
En d’autres termes, le président Abdelaziz Bouteflika a donné les garanties nécessaires à l’ensemble de la classe politique afin de réussir des législatives responsables et transparentes, mais avec le garde-fou de la stabilité que les Algériens ne sont pas prêts à brader pour juste une élection.