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Algérie : Cinquantenaire de l’indépendance

Editor de Août 7, 2012 - 09:39 dans Politique
Le ciel s’éclaircit entre Alger et Paris après une vague de turbulences dans leurs relations qui évoluent en dents de scie…
Par Djilali BENYOUB
L’on revient, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, à la période « apaisée » du président Jacques Chirac qui avait tracé avec le président Bouteflika les grandes lignes d’un partenariat stratégique et d’un traité d’amitié devant refonder ces relations. Le projet est vite torpillé par une poignée de députés qui ont initié la loi du 23 février 2005 qu’il sera contraint de lifter alors qu’Alger est au comble de l’irritation.

La montée d’un nationalisme passionné viendra donner la réplique aux coups successifs du nouveau maître de l’Élysée, Nicolas Sarkozy, qui multiplie les provocations avec des pics pendant les périodes électorales. Alger peut compter sur ses organisations de la famille révolutionnaire pour répondre avec la même virulence. L’Algérie non officielle réclame à la fois la reconnaissance du fait colonial, mais aussi la repentance de l’ancienne puissance coloniale.

Un député de la majorité présidentielle, Moussa Abdi, dépose un projet de loi reprenant les mêmes revendications. La loi est vite mise sous le coude. Son auteur accuse le Premier ministre d’en avoir été le frein alors qu’avec les deux partis de l’alliance présidentielle il préparait « une réponse à la mesure de l’entêtement de l’Élysée sur cette question ». Il ne sortira rien du sommet du trio de l’Alliance gouvernementale. Ce qui n’empêche pas le secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem, de reprendre le thème à son compte et de fustiger la France des nostalgiques.

Dans cette sourde bataille, le parti socialiste, contrairement à ses positions durant les années Mitterrand, va adopter momentanément la posture de l’observateur, avant de créer la surprise. Elle viendra du candidat à sa primaire, François Hollande qui va multiplier les gestes symboliques. « Par solidarité ». Il a été encore plus loin en affirmant que la question des excuses « n’est pas taboue ». Discours reçu « cinq sur cinq » à Alger. Alors que la gauche surprend avec cette position inédite, celle de la droite se durcit, consacrant ainsi la division entre les deux camps. La France mitterrandiste était plus frileuse que l’UMP au sujet de ce passé qui passionne les relations entre les deux pays.

Les candidats à la primaire socialiste ne se sont pas empêchés d’évoquer la question avec des prises de position insoupçonnées. Avec une légère nuance quant à leur intention d’aller, une fois élus, jusqu’à satisfaire la demande algérienne. Plusieurs d’entre eux vont défiler à Alger. Exposer leur point de vue, leurs intentions. Le ballet se répètera lors de la campagne présidentielle.

De Sarkozy à Jupé, son nouveau ministre des Affaires étrangères, en passant par son prédécesseur, Bernard Kouchner, le dossier est définitivement clos. « Le président de la République française est allé en Algérie, il a eu des propos extrêmement forts sur ce moment douloureux du passé entre l’Algérie et la France. Il a tourné la page », avait déclaré Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, en pleine crise avec la Turquie après le vote du texte sur le génocide arménien.

Même tonalité dans le propos du patron de l’UMP, François Copé, qui reconnaît que le colonialisme est un système injuste, mais ne va pas plus loin. « En revanche, nous n’entrerons pas dans une démarche de repentance, car c’est sortir du champ de l’histoire pour entrer dans celui de la polémique, et ce n’est pas une façon de faire avancer la relation entre nos deux pays. Il est grand temps d’aller de l’avant plutôt que de regarder dans le rétroviseur », avait-il répondu à la question d’une éventuelle repentance de la France. Il a souhaité toutefois que le cinquantenaire soit, au-delà de la commémoration un moment de réconciliation entre les acteurs du conflit.

Plus modéré, faut-il le reconnaître, que Kouchner qui prédisait une normalisation des relations à « la fin de la génération de la révolution ». « La génération de l’indépendance algérienne est encore au pouvoir. Après elle, ce sera peut-être plus simple », avait-il affirmé.

Énervé par cette question récurrente, Alain Jupé tranche, de son côté : « les Français ne sont pas encore prêts à la repentance ».

Les socialistes s’engouffrent dans la brèche et occupent le terrain et l’espace de modération de l’ex-RPR avec des gages pour les attentes des autorités algériennes. L’écho est revenu instantanément d’Alger. Le ton n’est plus le même.

Devant ce changement, Alger voit déjà venir « un renouveau » dans ses relations avec Paris. Le ton est donné encore une fois par Belkhadem, patron du parti majoritaire et représentant du président Abdelaziz Bouteflika qui prévoit, convaincu, qu’une élection de François Hollande changera de manière positive les relations entre les deux pays. Une réplique qui est à la taille de la déclaration du candidat François Hollande qui suggère, dans une contribution, « un regard lucide, responsable sur notre passé colonial et un élan confiant sur l’avenir ».

Le président Bouteflika, que l’on accuse d’avoir mis tout son poids pour le gel de la loi criminalisant la colonisation, restera longtemps en marge de ces échanges. Il choisira un calendrier hautement symbolique pour son entrée dans le jeu. Le 8 mai. Deux jours après l’élection de François Hollande qui coïncide avec la commémoration du 67e anniversaire du massacre de l’année 1945.

Pour autant, son discours a été conciliant. « Seule une lecture objective de l’Histoire, loin des guerres de mémoire et des enjeux conjoncturels, est à même d’aider les deux parties à transcender les séquelles du passé douloureux pour aller vers un avenir où règnent confiance, compréhension, respect mutuel et partenariat bénéfique », a-t-il lancé à partir de Sétif. Il a dit que l’Algérie cherchait des relations « d’amitié et de coopération fructueuse », faisant ainsi un clin d’œil au projet amorcé avec le président Chirac et enterré par les sarkozystes.

« Nous sommes extrêmement attentifs à toutes les voix qui s’élèvent en France pour rompre avec le déni de l’histoire, en particulier en ce qui concerne le 8 mai 1945. Il est clair cependant que le déni de l’histoire, cet étrange révisionnisme qui s’est emparé de certains secteurs de l’opinion française, ne contribue pas à approfondir des relations qui devraient privilégier la construction des solidarités du futur », précise Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien a ainsi choisi ses partenaires pour la refondation des relations afin de les hisser au niveau d’un partenariat stratégique, assorti éventuellement d’un traité d’amitié.

Le ciel se dégage laissant présager un nouveau climat pour la « normalisation » des relations entre les deux pays comme souhaité des deux côtés de la Méditerranée.

Pour le cinquantenaire de l’indépendance, l’Algérie semble avoir revu ses projections. Les festivités se limiteront à la commémoration et à des activités artistiques dédiées à cette occasion qui ne devraient pas dépasser le cadre de l’événement. Initialement, la célébration devait s’étaler sur une année.

La guerre des mémoires n’aura pas lieu, mais l’ouvrage prendra du temps, le temps de rétablir d’abord la confiance entre les dirigeants des deux pays.

À la disponibilité des autorités algériennes, François Hollande répond par sa volonté politique, sa volonté d’effacer l’héritage de l’ère Sarkozy.

En disposant d’une majorité confortable à l’assemblée, le président français dispose d’une plus grande marge de manœuvre pour mener cette entreprise sans risque de « parasitage ». Ira-t-il pour autant jusqu’à abroger et/ou amender les textes adoptés par la droite et qui ont empoisonné ces relations ?