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ALGÉRIE Abdelaziz Bouteflika, le bâtisseur

Sihem Sabor de Jan 5, 2017 - 11:06 dans Politique

Avec détermination, patience et porteur d’une vision claire, le président algérien va faire bouger les pions de l’échiquier pour transformer l’Algérie dès son arrivée au pouvoir.

Abdelaziz Bouteflika a-t-il déjà marqué l’Histoire de l’Algérie ? La question pourrait paraître taboue alors que le bilan du président algérien est en cours après, bientôt, dix-sept années de présidence. Mais le fait est là : Bouteflika a transformé l’Algérie en profondeur, quoi qu’en on dise. Ce n’est pas une légende.
Abdelaziz Bouteflika a refusé de prendre les rênes du pouvoir en 1994. Pointilleux sur la manière de gouverner, il avait congédié, poliment, les quelques généraux algériens qui sont venus lui proposer « le Trône » alors que le pays se débattait dans le terrorisme.
Non par manque de courage, car ce vieux briscard du FLN avait déjà signé, dès 1988, un manifeste dans lequel il avertissait des dangers de l’ouverture démocratique précipitée et des risques d’une islamisation par les urnes. Le pouvoir ? Il l’aime et l’assume, mais pas dans ces conditions. En pleine guerre contre le terrorisme, Bouteflika parlait déjà de l’après-guerre. Et de la façon de faire quand la paix serait de retour !
Son discours prémonitoire interloque les militaires algériens, trop plongés dans une lutte physique féroce contre le terrorisme. Bouteflika partageait leurs convictions que l’Algérie allait sortir gagnante de sa guerre militaire contre les groupes du GIA et du GSPC.
Mais que faire de cette victoire ? Et avec quelle légitimité ? Car le président algérien, qui avait constaté l’échec de la cooptation, incarnée par le président Bendjedid, dépassé par la crise sécuritaire et politique, ne voulait pas gouverner dans l’urgence. Il lui fallait un plan. Une méthode. Une stratégie.
Il aura fallu quatre ans de plus avant que le président Bouteflika se décide. Ceux qui le connaissent savaient que l’homme échafaudait, patiemment, un plan de sortie de crise. À sa manière. Il se fixera d’abord pour mission principale d’éviter que les militaires algériens soient comptables d’une guerre contre le terrorisme qui ne plaisait pas à la communauté internationale.
Dès sa prise de pouvoir, le président met une année à être « présidentiel ». Il enfile d’abord le costume de diplomate, qu’il maîtrise si bien, et il sillonne le monde : Paris, Monaco, Genève, Davos et son Forum des puissants, Riyad… Les Algériens s’interrogent sur ce président élu qui passe son temps entre deux avions, boosté par les décalages horaires.
Première incompréhension. Car dans l’ombre, Bouteflika rameute ses contacts pour atteindre un objectif immédiat, indispensable pour gouverner : briser l’embargo politique, diplomatique et économique qui a frappé l’Algérie durant la décennie noire. Alger est isolée dans son combat contre le terrorisme, et l’ANP est comparée, injustement, à une junte militaire.
Abdelaziz Bouteflika va s’efforcer de renouer les fils et de lever les incompréhensions à l’international. Seule garantie d’avoir les coudées franches sur le front intérieur. Les généraux applaudissent discrètement ce plan qui allait solder l’Histoire.
Dès sa première année de mandat, Bouteflika fait revenir l’Union africaine dans le giron algérien. Il organise une « grand-messe » qui replace Alger (35e sommet de l’OUA, 1999), comme épicentre de la carte de l’Afrique. L’Algérie est de retour sur la scène diplomatique et Bouteflika est décidé à lui redonner de la voix et de la consistance.
Deuxième incompréhension des Algériens qui ne comprennent pas cette nécessité diplomatique alors que les attentats n’ont cessé que depuis quelques mois. Sous son impulsion, l’Afrique se dote d’une convention pour la prévention et la lutte contre le terrorisme et un Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme (Caert) a été établi à Alger. S’en suivra l’initiative du Cemoc (États-Majors du Sahel) dix ans après. Entre-temps, le plan Nepad a réussi à donner une voix à l’Afrique auprès du G8 et Bouteflika réglera l’épineuse guerre Érythrée-Éthiopie.
Mais avec détermination, patience et porteur d’une vision claire, Bouteflika va faire bouger les pions de l’échiquier pour transformer son pays. Il sait l’Algérie exsangue d’une « guerre », marquée économiquement, traumatisée psychologiquement et déboussolée idéologiquement. Il va s’employer à la redresser. Mais avant cela, il prendra une mesure historique qui aura des conséquences positives incalculables sur l’état de santé économique du pays : il fait passer l’endettement extérieur de l’Algérie de 25,11 milliards de dollars en 1999, à moins de 5 milliards de dollars actuellement, soit une réduction de la dette de 86 %.
Au plan politique, Bouteflika entame un exercice d’équilibriste. Certains observateurs pensent dès sa nomination que son rôle sera limité à un mandat. Rapidement, son avancée surprend les observateurs. Il passe au « plan intérieur ». L’armée qui avait lancé la politique de la Rahma, mis au pas l’AIS, le bras armé de l’ex-FIS, et décidé de la « politique de la Concorde civile », veut transformer l’essai.

Réconciliation nationale.
Mais le président Abdelaziz Bouteflika va donner corps à cette politique qu’il espère beaucoup plus large que le plan initial. Ce sera la Réconciliation nationale. Plus qu’un programme de réintégration des terroristes repentis, non coupables de crimes de sang, cette politique vise d’abord à redonner confiance aux Algériens, et à instaurer la paix, un mot devenu tabou dans le pays. Pour le président, c’est davantage un chantier profond de transformation de la société.
Mais en bon républicain, il décide de doter cette stratégie de textes de lois et d’un corpus juridique. Il se heurte aux militaires éradicateurs qui apprécient modérément l’ouverture vers le courant islamiste, défait militairement, mais toujours à l’affût. Les généraux craignent un effet boomerang et que les islamistes profitent de l’aubaine de la paix.
Mais c’est mal connaître Bouteflika, admirateur de Jefferson et lecteur de Voltaire. Il réhabilite la notion des droits de l’homme, aborde frontalement le dossier épineux des disparus, donne à la Réconciliation nationale – qui a des résultats techniques probants – une profondeur politique, indemnise les familles victimes du terrorisme et trouve un équilibre pour permettre l’émergence de la société civile sans perdre les instruments qui lui ont permis de ne pas s’effondrer durant les années noires.
Le président sait que cette pacification « soft » doit permettre de s’attaquer davantage aux racines du terrorisme qu’au phénomène lui-même, déjà vaincu. Pour que cela ne se reproduise pas. Il martèle, discours après discours, dans des meetings enflammés, cette conviction que la paix doit revenir de manière durable et non ponctuelle.

Une paix réelle.
Abdelaziz Bouteflika veut ancrer cette idée de paix dans l’esprit du peuple algérien, fatigué par la violence terroriste. Les statistiques lui donneront raison. Malgré la reddition de milliers de terroristes et leur réintégration sociale, pratiquement aucune vendetta ou règlement de comptes personnel n’est enregistré dans les villes et villages d’Algérie. La paix est réelle.
Mais Bouteflika a besoin de temps. Il a besoin d’un deuxième mandat pour faire davantage bouger les lignes. Il connaît sa première « trahison » qui bouscule sa perception sur le personnel politique. Ali Benflis, son ancien directeur de campagne, celui qu’il a nommé son propre directeur de cabinet et élevé au rang de Premier ministre, se présente à la présidentielle de 2004 contre son mentor.
L’épisode marquera durablement le président et accroîtra sa défiance vis-à-vis des militaires, dont certains ont supporté ce « coup de Trafalgar ».
Cette année 2004 marquera d’ailleurs un tournant. Les urnes consacrent la victoire de Bouteflika. Ce n’est plus une victoire, mais un triomphe, à telle enseigne que son homme de confiance, l’ex-ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni, a du mal à prononcer le résultat. Ce raz-de-marée populaire consacre aussi la vision de Bouteflika. Il a eu raison avec la Réconciliation nationale et le peuple le lui fait savoir.
Mais l’alerte médicale de 2005 va provoquer une petite onde de choc. Le président ne s’est pas économisé durant six ans de présidence. Un rythme qui a failli le sanctionner. Alors que certains croient qu’il va accuser le coup, il redouble de projets comme si l’avertissement sur sa santé lui donnait l’impression qu’il faut accélérer la cadence.
Le référendum de 2005 sur la Réconciliation nationale passé, le président passe aux projets d’infrastructures et aux politiques publiques. Les caisses de l’État se remplissent et Bouteflika veut faire passer le pays à un autre niveau de développement. Il part du principe que les grandes infrastructures publiques, héritées de l’après-indépendance, ont vieilli, et que le terrorisme a saboté le reste, provoquant des milliards de dollars de dégâts.
Le tissu structurel est en lambeaux. Et sur ce plan, Bouteflika ne lésine pas sur les moyens. Un programme de 72 barrages, un réseau ferroviaire qui a été triplé (il atteindra 10 000 km en 2018), 173 hôpitaux, 1 616 polycliniques, des universités, 13 stations de dessalement d’eau fonctionnelles qui a éradiqué toute pénurie d’eau (123 litres par jour par habitant en 2000, à 180 en 2014), 67 centrales électriques, raffineries, écoles, autoroutes (9 000 km réalisés sur le nouveau réseau routier), 15 nouveaux aéroports, 250 complexes sportifs, 45 stades omnisports, 20 aérogares, 133 bibliothèques, des centres commerciaux… Les Algériens qui sont les premiers bénéficiaires de ces infrastructures n’imaginent même pas le coût, que certains économistes ont chiffré entre 500 et 700 milliards de dollars en dix ans.
Malgré les critiques, les dérives budgétaires importantes, et des soupçons d’enrichissements de certains élus, l’autoroute voit le jour, comme tous les autres chantiers prévus. Les détracteurs du président, eux, s’attardent sur les effets pervers de ces investissements, via les marchés publics, qui ont donné lieu à des affaires de corruption retentissantes médiatiquement, mais minimes au regard de l’ampleur de la facture globale. Mais ils semblent ignorer que Bouteflika a fait voter dès 2006 une des lois les plus sévères sur la corruption même si la magistrature a du mal à suivre.
Le président algérien s’inscrit dans un cadre plus global de bonne gouvernance, renforce le dispositif anticorruption avec la création de l’Organe national de lutte contre la corruption et élargit l’obligation de déclaration du patrimoine. Des garde-fous qui ont eu le mérite de freiner l’hémorragie des détournements d’un personnel économique et politique qu’il n’a pas choisi.
Mais la réussite populaire du président Bouteflika demeure le logement. À son arrivée, le parc immobilier algérien était réduit à peau de chagrin. Se loger était un fantasme, un rêve inaccessible aux Algériens. Le président, qui a promis 1 million de logements, a failli passer pour un fou dans un pays où ce produit n’est destiné qu’aux nantis. En 2014, il avait déjà réalisé 2,8 millions de logements et les programmes sont en cours. Il a fait plancher ses équipes sur des formules destinées à toutes les couches sociales. De la plus précaire (logements sociales), les classes moyennes (programme AADL) aux classes les plus aisées (LSP-LPP).

Programme de l’habitat.
Malgré la très forte demande, les chantiers de promotion immobilière poussent comme des champignons. Pour maintenir la cadence et entrer dans le programme de l’habitat dicté par le président, des entrepreneurs espagnols, chinois, français, portugais, émiratis, égyptiens sont appelés à la rescousse. Le programme absorbe entre 5 et 7 milliards de dollars par an. Cet accès simplifié au logement reflète toute la réussite du président et sa popularité jamais démentie. Peu d’observateurs s’intéressent à l’impact des décisions de Bouteflika sur la vie réelle des Algériens et surtout leur refus de ne pas cautionner des aventures comme celles du Printemps arabe.
Une des explications réside probablement dans les mesures visant à améliorer les prestations du service public, à démocratiser les conditions de leur accès et à rationaliser les modes d’intervention des collectivités locales. Ce qui a profondément modifié la vie des citoyens comme celles qui consistent à alléger la bureaucratie dans tous les secteurs (administrations, état-civil, banques, postes) où il était plus que difficile d’obtenir rapidement son passeport, son permis de conduire ou son certificat de naissance et ou la vie des Algériens était « polluée » par des mois d’attente pour de simples documents administratifs.
Le président a également ouvert le secteur des Télécoms de telle manière qu’il a démocratisé l’accès aux téléphones mobiles alors qu’une année avant son arrivée, en 1988, il fallait connaître le ministre des Télécoms en personne pour avoir accès à une ligne. Il a cassé ses privilèges sur le numérique en augmentant sans cesse les possibilités d’accès à Internet alors que d’autres leaders arabes bloquent les sites gênants.

Niveau de vie.
Bouteflika a également rendu plus que facile pour les ménages d’acheter des voitures en libéralisant le marché automobile dans une Algérie où avoir sa propre automobile en 1999 était considéré comme un luxe. Rien de cela n’aurait été possible si l’amélioration du niveau de vie des Algériens n’était pas palpable puisque, faut-il le signaler, le PIB par habitant est passé de 1 801 dollars en 2000 à 5 764 en 2013. Soit une augmentation de 220 %. Il en est de même du Revenu national brut par habitant qui a évolué de 276 % (passant de 1 458 dollars en 2000, à 6 050 dollars en 2013).
Il en est de même pour la jeunesse algérienne, pourtant si exigeante et turbulente, à qui il a donné des chances de s’épanouir. Non seulement en « sacrifiant » cette obligation de passer deux années de service national, mais en leur permettant – via les Ansej, Cnac et Anem financés par le budget public – d’être des entrepreneurs et de créer des perspectives d’emplois.
Bouteflika a surtout réalisé une « révolution silencieuse ». Celle de la femme algérienne. Depuis son arrivée au pouvoir, son électorat féminin n’espérait pas qu’il allait non seulement consacrer les droits des femmes algériennes dans la nouvelle Constitution mais aussi casser plusieurs tabous. Il dira : « La femme algérienne se défait chaque jour davantage des hérésies qui inhibent sa détermination » et exige de « lutter contre la persistance des us et coutumes liés au conservatisme et à l’obscurantisme qui persistent à violer les droits de la femme, troubler leur exercice ou entraver son autonomisation économique et sociale ».
En un mot, Bouteflika, dans la lignée d’un Bourguiba en Tunisie, s’attaque au sexisme politique et à la misogynie sociale pour se révéler être un moderniste prêt à affronter les courants les plus conservateurs de la société algérienne. Une politique appréciée même au-delà des frontières lorsque Hillary Clinton, ex-secrétaire du département d’État américain, lui confia lors d’un dîner en 2012, tout le bien que la communauté internationale pensait de ces réformes en faveur des droits des femmes.
Une politique qui se traduit par une inclusion de plus en plus visible dans le monde politique (un tiers du Parlement est féminin, 31 % contre 7 % à son arrivée), les multiples nominations dans la diplomatie et la magistrature, l’intégration réussie des femmes dans l’exécutif et à la tête de wilayas (préfectures) ou bien les directives dans l’administration afin que la parité homme/femme soit effective. La Constitution garantira d’ailleurs cette égalité en appelant les institutions de l’État à bannir toutes formes de discrimination.
Ainsi, le président est devenu, contre son gré, un antidote à l’alternance. De l’avis des Algériens
eux-mêmes qui s’interrogent : « Qui mieux que lui aujourd’hui ? » pour pointer du doigt la faiblesse d’éventuels candidats à sa succession, à ses interlocuteurs étrangers qui louent sa sagesse politique, sa vision diplomatique et sa culture à toute épreuve.
Des qualités qui se sont pleinement exprimées dans différents conflits régionaux et internationaux. Au-delà de sa main inflexible dans la lutte antiterroriste mondiale dans laquelle l’Algérie est devenue une référence, Bouteflika a distillé conseils, avertissements et prédictions qui ont tous été confirmés par la réalité.
Quand, en 2004, alors que la communauté internationale se félicitait de la chute de Saddam Hussein, Bouteflika, alors à Tokyo, a averti : « L’éclatement de l’Irak affectera le Moyen-Orient tout entier, il faut donc que les nations apportent leur soutien. » L’avènement de Daech, dix ans après, lui a malheureusement donné raison.
Ou sur le dossier syrien, lorsque l’Algérie a tenu tête aux va-t’en-guerre, notamment aux Français obsédés par la chute de Bachar al-Assad, quand il confia au président du Sénat français, Gérard Larcher : « Je vais être très clair : je ne crois pas à des bombardements qui cesseraient l’ensemble des choses. Il y a une menace absolue, une priorité absolue qu’est l’élimination de Daech et cela devrait nous conduire à avoir un agenda unique, et l’ensemble des force régionales et les grands pays doivent se mettent d’accord sur cet agenda sans avoir de débat préalable sur M. Assad ou le parti Baas. »
Des conseils qui ont fait d’Alger, la capitale de la « médiation soft », au point que le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’entente nationale de Libye, Faïz Serradj, indiquera que la Libye a demandé officiellement à l’Algérie de lui « faire connaître les mécanismes » de mise en œuvre de la politique de Réconciliation nationale afin de s’en imprégner et de la faire adopter par le peuple libyen. Un modèle de sortie de crise que Bouteflika aura réussi à exporter sans parler de la main tendue au gouvernement tunisien qui se serait effondré depuis longtemps sans les financements ordonnés par le président algérien. Patiemment, L’Algérie revient sur la scène politique internationale. Sa voix porte de nouveau. Le Sahel, en proie à la montée d’Aqmi et à d’autres formes de terrorisme, pousse l’Algérie à aider ses voisins afin de stabiliser la région du Sahel

Bilan rationnel.
À 77 ans, le président Bouteflika aura réussi son pari, même s’il n’a pas toute la reconnaissance que mérite son bilan rationnel. La Communauté internationale si prompte à applaudir au retour de la paix civile en Algérie, préfère, néanmoins, accorder un prix Nobel de la paix au président colombien, Juan Manuel Santos, en récompense de ses efforts pour mettre un terme à cinquante-deux ans de conflit armé avec la guérilla des Farc de Colombie, alors que le peuple a dit non au référendum pour ce dialogue. L’inverse du cas algérien où le peuple avait plébiscité la démarche de son chef d’État.
Le président algérien n’en a cure. Il vient de réussir une de ses réformes les plus spectaculaires en brisant le renfermement sécuritaire auquel avait poussé une partie du DRS (Services de renseignements) qui a été complètement absorbé dans les rouages de l’État, signe que la décennie noire est close.