/ International / Syrie : comment sortir de l’impasse ?

Syrie : comment sortir de l’impasse ?

Editor de Sep 10, 2012 - 07:59 dans International

Par Hervé DE CHARETTE

Président de la chambre de commerce franco-arabe,ancien ministre des Affaires étrangères.


Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, les violences en Syrie auront causé la mort de plus de 23 000 personnes au cours des dix-sept derniers mois.

La brutalité de la répression en cours est insupportable, elle choque les consciences y compris au sein du régime qui voit le nombre de défections grandir jour après jour. Le régime syrien a, de fait, perdu sa légitimité. L’heure est venue de la transition politique qui ramènera la paix en Syrie.

Jusqu’à présent, malgré l’engagement de la France sous les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, le Conseil de sécurité de l’ONU est resté paralysé et la tentative de médiation de son ancien secrétaire général Kofi Annan a échoué.

Les textes soumis au vote du Conseil, fondés sur le principe de responsabilité de protéger du gouvernement syrien et excluant explicitement l’éventualité d’une intervention militaire, ont été bloqués en raison des doubles vetos répétés des Russes et des Chinois.

Leur argumentation est double. D’une part, ils refusent catégoriquement toute ingérence – prélude, selon eux, à une intervention militaire occidentale –, prétendant que le remède serait pire que le mal.

D’autre part, ils ont été échaudés par la manière dont les Occidentaux ont interprété très largement la résolution 1973, concernant l’intervention en Libye et pour laquelle ils s’étaient abstenus.

Si les arguments des Russes et des Chinois ne doivent et ne peuvent pas être pris à la légère, on ne peut se résigner à cette paralysie de la Communauté internationale.

Certes, il faut exclure toute intervention militaire unilatérale sans mandat de l’ONU. Ce serait l’intervention unilatérale de trop après le Kosovo, que les Russes complètement isolés avaient fini par laisser faire, et l’Irak, où les Américains défièrent seuls le monde entier. Le système de sécurité collective hérité de la Seconde Guerre mondiale et qui a tenu jusqu’à aujourd’hui, malgré tous ses défauts, serait à bas. Pour autant, il n’est pas impossible de ramener à la raison les Russes et les Chinois. En effet, la guerre civile syrienne s’est peu à peu régionalisée et fait peser désormais de lourdes menaces sur la sécurité régionale et internationale.

Soutien de régimes amis de la région. Tout d’abord, chaque camp bénéfice du soutien, plus ou moins officiel, de régimes amis dans la région : l’Iran pour le camp Assad, l’Arabie Saoudite et le Qatar pour la rébellion.

La Syrie est ainsi devenue le terrain d’expression de la rivalité stratégique entre l’axe chiite et l’axe sunnite, réactivé depuis la chute de Saddam Hussein à la suite de l’invasion américaine de 2003, et qui avait longtemps joué le rôle de rempart face à Téhéran.

Ensuite, les pays voisins sont fragilisés : le Liban, bien sûr, où de premiers soubresauts se font jour dans ce pays dont l’histoire et le destin sont étroitement liés à ceux de la Syrie ; la Turquie avec les craintes que fait peser l’éventuelle émergence d’un territoire autonome Kurde à ses frontières et à celles de l’Irak.

Enfin, en raison de la persistance des combats, l’afflux d’armes dans la région, la déliquescence de l’État syrien, les risques sont grands de faire de la Syrie un nouveau havre pour le terrorisme islamiste à l’instar de l’Afghanistan, du Yémen ou du Sahel.

Dès lors, il est de l’intérêt de toutes les grandes puissances de mettre un terme à ce conflit.

Avant cela, il faut toutefois être capable de bâtir un scénario crédible de transition politique. Car il ne suffit pas de changer les dirigeants et le régime au pouvoir, il faut aussi imaginer un avenir pacifié pour la Syrie.

Encourager la rébellion syrienne. Dans ces conditions, les Occidentaux, l’Europe, et la France en particulier, doivent redoubler d’efforts pour encourager la rébellion syrienne à s’organiser et à prendre les engagements nécessaires pour l’avenir (institutions démocratiques, droits des minorités, respect de la liberté religieuse…).

Nous devons également envoyer des signaux clairs aux minorités, comme la communauté alaouite ou la communauté chrétienne, dont certains membres craignent un changement de régime. Leur sécurité doit être garantie dans la nouvelle Syrie.

Enfin, nous devons envisager une initiative vis-à-vis de Téhéran. Nous avons plaidé dans ces colonnes depuis plusieurs années pour un dialogue stratégique global avec l’Iran qui ne se résumerait pas à la question nucléaire.

On voit bien aujourd’hui à quel point ce dialogue aurait été utile pour éviter l’engrenage dans lequel Damas s’est enfermée, soutenue par un Iran craignant de se retrouver seul face aux puissances sunnites.

Il est encore temps de tenir un langage de vérité avec Téhéran pour empêcher de nouvelles catastrophes.