/ International / Sunnites/Chiites : Un lit pour deux rêves

Sunnites/Chiites : Un lit pour deux rêves

Editor de Oct 10, 2012 - 08:01 dans International

Si bien des théologiens sunnites se sont réclamés du salafisme, ce mot n’a pas revêtu le même sens pour tous.

Par Marc YARED

Toutes tendances confondues, les salafistes n’admettent donc – comme sources irréfutables de la foi et du droit – que le Coran et la Sunna

Dans toutes leurs variantes, les salafistes demandent l’adoption, comme modèles, de la Cité de Médine gouvernée par le Prophète (de 622 à 632), et du califat islamique animé par ses quatre successeurs « bien guidés » (râchidoûn), suivis par les « vertueux ancêtres » (al-salaf al-sâleh). Toutes tendances confondues, les salafistes n’admettent donc – comme sources irréfutables de la foi et du droit – que le Coran et la Sunna… Cette dernière énonçant les règles qui s’inspirent des dits et des faits attribués aux vertueux ancêtres.

Les salafistes exigent d’un bel ensemble l’interdiction de la danse, de la musique et du tabac.

Ils condamnent aussi, comme « inventions blâmables », l’islam confrérique et ses rituels : invocation des « saints », pèlerinages à leurs tombeaux, etc.

Les salafistes récusent enfin la jurisprudence des grandes écoles médiévales – hanafite, chaféite et malékite – toujours en vigueur dans le monde sunnite.

Au lieu de quoi, les salafistes se nourrissent des enseignements d’Ibn Hanbal (780-855), Ibn Hazm (994-1064), Ibn Taïmiya (1263-1328), Ibn al-Qayim al-Jawziya (1292-1350) et Ibn Kathir (1300-1373)…

Pourtant les grands penseurs du mouvement salafiste lancé dans le dernier tiers du XIXe siècle – l’Iranien Jamaleddine el-Afghani (1838-1897) et l’Égyptien Mohamed Abdou (1849-1905) – se sont placés, d’emblée, aux antipodes du cheikh Mohamed ibn Abdelwahhab (1703-1792), dont se réclament la quasi-totalité des salafistes d’aujourd’hui.

Les premiers n’avaient pas tant l’obsession de la pureté du dogme que le souci de dégager un credo commun à tous les musulmans, d’échapper aux querelles d’écoles, pour relever le défi européen.

Loin de penser, comme Ibn Abdelwahhab, que le retour au « véritable islam » des origines suffira pour vaincre le colonisateur étranger, Afghani et Abdou y voyaient une première étape vers une ouverture à l’ère des Lumières, vers l’assimilation sélective de certaines notions et techniques occidentales, indispensables au renforcement de la oumma (communauté des croyants).

Aux partisans d’Ibn Abdelwahhab qui ont pour devise « Hors des Textes sacrés, point de salut ! », les disciples d’Afghani et Abdou rétorquaient : « Innovations utiles bienvenues, sauf interdiction expresse par les Saintes Écritures ! »