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Scénarios de l’Irak post-Mossoul

Khattar Abou Diab de Oct 20, 2017 - 07:43 dans International

À la suite de la victoire de Mossoul en juillet 2017, les forces irakiennes ont entamé la bataille de la ville de Tal Afar, le dernier bastion de Daech dans la province de Ninive.

Les succès militaires successifs et l’hypothèse d’une prochaine élimination de Daech, pourraient-ils dessiner l’Irak de demain à court terme ? Quels seront les scénarios pour l’avenir de ce pays tourmenté par une série de guerres depuis le début des années 1980 ?
Les autorités irakiennes se sont empressées, le 29 juin 2017, d’annoncer la fin de la bataille de Mossoul afin de marquer l’anniversaire de la proclamation du « califat » proclamé au même endroit, il y a trois ans. Mais les réalisations dans la bataille contre le terrorisme ne nous laissent pas parier sur la stabilisation et la sécurisation de la deuxième ville irakienne. Cela ne signifie non plus que les leçons des échecs répétés du processus politique depuis 2003 ont été méditées. Les enseignements tirés de cette situation pourraient bien constituer le point de départ pour l’ajustement du tir, voire la restauration du pays et de son identité irakienne, tout d’abord aux dépens d’autres allégeances identitaires, sectaires ou extérieures.
Très probablement, la victoire à Mossoul ne sera pas une victoire décisive contre le terrorisme avec la possibilité d’un retrait de Daech vers les vastes zones désertiques. Car les criminels de l’État islamique (EI) se cachent dans le désert, conformément à une stratégie qui serait bénéfique pour le terrorisme à moyen terme, et surtout si on s’en réfère au processus de la violence antérieure envenimée entre 2004 et 2006, puis apaisée après la liquidation d’Abou Moussab al-Zarqaoui en 2006.

Base de reconquête. Mais, depuis 2007, l’EI (branche d’Al-Qaïda à cette époque) a pris le désert pour base de reconquête, et il a été ensuite renforcé par l’écroulement de « Sahwat » (milices tribales sunnites créées par les Américains) et par l’échec notoire de la reconstruction de l’État, car la véritable réconciliation n’a pas eu lieu. Ajoutons les tiraillements américano-iraniens entre 2010 et 2012 à propos de la victoire imposée de Nouri al-Maliki et des détails du retrait américain.
Il est judicieux de rappeler ainsi que Daech n’est pas tombé du ciel avec la chute de Mossoul en juin 2014, mais cela été précédé par une résurgence radicale djihadiste à Falloujah, Ramadi et Al-Anbar.
La séquence des événements et des échecs depuis 2006 explique donc pourquoi le paroxysme a été atteint avec la naissance de Daech et le grand revers de Mossoul. De surcroît, la polémologie en Irak avant la chute de Mossoul en 2014 ne se résume pas à un conflit exclusif entre le gouvernement irakien et le terrorisme. C’est plutôt un conflit à multiples facettes, notamment une dimension interne, une dimension religieuse et une dimension régionale.
Après trois ans de guerre et après toutes les destructions, la solution militaire n’est pas suffisante pour mettre fin à ce phénomène et l’extirper de ses racines, d’autant que Mossoul est capitale de la province de Ninive, l’une des plus grandes provinces de l’Irak qui se distingue par une diversité nationale, religieuse, ethnique et confessionnelle.

Transition par étapes. À ce jour le gouvernement de Bagdad ne semble pas suggérer de plan bien établi pour faire face à la nouvelle situation qui exige le passage en transition par étapes : revitalisation des institutions avec un rôle de premier plan pour les Arabes sunnites afin de combler le vide laissé par Daech à Mossoul et ailleurs.
À court terme, l’avenir de l’Irak ne dépendra plus seulement de la dimension interne, ou de futurs arrangements ou tiraillements américano-iraniens, mais de l’ensemble du jeu international et des « guerres par procuration » qui ont transformé en ruines les grandes villes du Levant, d’Alep à Mossoul.
Outre le conflit haineux sunnite-chiite et les zizanies interchiites (Ammar Hakim et Moqtada Sadr se marginalisent par rapport aux hommes de l’Iran comme Nouri al-Maliki, Hadi al-Ameri), le problème kurde est omniprésent avec l’annonce par le président de la province, Massoud Barzani, de l’organisation, le 25 septembre 2017, d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan d’Irak.
Ce qui provoque la fureur du gouvernement de Bagdad et suscite une alliance « sacrée » entre l’Iran et la Turquie pour enterrer le rêve kurde. Malgré les pressions endogènes et exogènes et le non-assentiment américain, ce référendum pourrait avoir lieu. Et les Kurdes choisissent leur indépendance, mais sans aller plus loin pour le moment.