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Ouvrir le dialogue russo-américain

Lila Schoepf - mai 22, 2017 - 08:33 - International

Le sénateur Alekseï Pouchkov s’inquiète de la réticence de l’Otan, qui doit désormais changer son approche, à faire face aux réelles menaces qui existent en Europe.

Le Centre international de géopolitique et de prospective analytique (CIGPA) fondé et présidé par Mezri Haddad, et l’Institut de la démocratie et de la coopération (IDC) ont organisé le 25 mars dernier, un colloque sur : L’éventualité d’un rapprochement russo-américain et ses conséquences politiques et géopolitiques sur l’Europe et le monde arabe.

Croyez-vous possible que l’Otan concentre sa lutte contre l’État islamique et le terrorisme en tant que principale menace, plutôt que sur la Russie ?
Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a déclaré que le sommet de l’Otan qui se tiendra en mai prochain abordera la question de l’élargissement de son rôle, de sorte qu’elle devienne une organisation capable de lutter contre le terrorisme. Je pense que c’est une déclaration importante, à condition que ce ne soit pas uniquement une promesse non tenue, parce que mon sentiment est qu’à l’heure actuelle l’Otan sert la mauvaise cause, et vise à maintenir une tension et une nouvelle guerre froide avec la Russie, alors que personne en Europe n’est mort en raison de la menace russe, mais que de nombreuses personnes sont mortes à la suite des attaques terroristes.
En tant qu’alliance pour la sécurité, l’Otan devrait faire face aux sources des menaces terroristes, en vue de réduire le plus possible ces menaces, et défendre ceux qui vivent en Europe contre les terroristes. Pour cela, l’Otan ne devrait pas maintenir la tension avec la Russie, mais coopérer avec elle. Malheureusement, il existe de nombreuses forces politiques qui pensent que l’Otan est une alliance contre la Russie. Je pense que c’est une approche erronée et l’Histoire prouvera qu’elle est fausse. L’Otan devra également changer son approche. La question est maintenant de savoir combien de temps nous allons attendre, et combien de vies l’Europe devra payer la réticence de l’Otan à faire face aux réelles menaces qui existent en Europe.

La Russie prend-elle des initiatives pour se rapprocher de l’Otan ?
La Russie a proposé la création d’une alliance internationale antiterroriste. Elle a été présentée par Vladimir Poutine, lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2015. Cette proposition a aussi été adressée à l’Otan, mais malheureusement nous n’avons aucune réponse positive, et nous n’allons pas attendre que l’Otan se joigne à nous dans la lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, l’influence de la Russie au Moyen-Orient est très importante, tandis que l’influence de l’Otan au Moyen-Orient est nulle. En conséquence, s’ils veulent nous avoir comme partenaires, nous sommes prêts pour cela.

Vous avez parlé de la politique américaine à propos de la Crimée et de l’Ukraine comme étant la pierre d’achoppement pour le développement de la relation russo-américaine. Quel changement voudriez-vous voir dans la politique des États-Unis sur ces questions ?
La Crimée a historiquement fait partie de la Fédération de Russie et, pour une brève période de vingt-sept ans, elle a fait partie de l’Ukraine. Mais comme l’ont montré le référendum et de nombreuses études, près de 90 % de la population de la Crimée veut être avec la Russie. Même les études menées par des organisations occidentales « indépendantes » comme Gallup ou Pew Center ont montré que plus de 80 % des habitants de la Crimée estiment qu’ils sont russes, et veulent demeurer en tant que partie de la Russie.
Par conséquent, il est temps pour les États-Unis et l’Europe de comprendre que la Crimée ne peut être remise en question. Le sujet est clos et n’est pas ouvert à la discussion. 
En Ukraine, il existe des tensions entre Kiev et ses provinces de l’Est, notamment Donestk, et Kiev a imposé un embargo sur ces provinces qui se sentent à l’aise dans une relation plus étroite avec la Russie. L’armée russe n’a aucun rôle à jouer dans le conflit interne ukrainien. Mais nous sommes prêts à aider à conduire les deux parties à la table des négociations. Cette question peut être résolue par la discussion et le dialogue, et non en en faisant une condition préalable.
L’UE et les États-Unis doivent comprendre qu’ils peuvent rendre le monde plus sûr en travaillant avec la Russie, et non en travaillant contre elle. Néanmoins, les élites libérales, tant dans l’UE qu’aux États-Unis, restent concentrées sur une prétendue menace de la part de la Russie, qui n’a conduit à aucune effusion de sang depuis les soixante-dix dernières années. Elles ferment les yeux sur la menace qui existe à leurs frontières, voire à l’intérieur de leurs territoires. Elles doivent rompre avec cette idée, et ce n’est qu’alors que nous pourrons travailler ensemble.

Quelles sont les chances que l’administration Trump prenne l’initiative d’ouvrir un nouveau dialogue avec la Russie ?
Nous l’espérons vraiment, et le contexte est favorable, du fait que le président Trump a gagné, en dépit du très important défi des élites libérales des États-Unis, et même d’une partie de son propre Parti républicain. Mais cette possibilité d’ouverture reste très courte, et nous constatons que les médias américains et d’autres groupes d’intérêt ont fait monter la pression sur l’administration Trump en utilisant à nouveau l’épouvantail russe. Nous espérions une rencontre entre les présidents Poutine et Trump en février ou mars, mais il semble probable maintenant que ce sera seulement pour juillet, durant le sommet du G20 à Hambourg, en Allemagne.
En attendant, la déclaration sur l’Ukraine faite par le nouvel ambassadeur américain aux Nations unies a été une répétition mot pour mot de celle de l’ambassadeur de l’administration Obama. Par conséquent, nous craignons que l’administration Trump n’échoue à briser le carcan des groupes de pression traditionnels, et ne soit pas en mesure de rompre avec le passé.