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Moyen-Orient, le meilleur comme le pire…

Editor de Sep 11, 2012 - 07:36 dans International

Par Christian malard, éditorialiste sur France 3
Spécialiste de politique étrangère, consultant pour CNN, NBC, MSNBC, BBC, BBC World, Al-Arabiya 
www.christian-malard.com

En prenant du recul par rapport à la situation qui prévaut aujourd’hui en Irak, on peut s’apercevoir à quel point l’erreur commise par l’ancien président américain G. W. Bush – en y renversant Saddam Hussein et en voulant y instaurer une démocratie de type occidental – est majeure.

En 2003, quelques semaines avant le déclenchement de la deuxième guerre du Golfe, ne déclarait-il pas devant The American Enterprise Institute : « Un nouveau régime en Irak servira d’exemple, de liberté et d’inspiration pour les autres nations de la région. » Neuf ans après, l’Irak émerge de ses ruines en tant qu’acteur géopolitique au Moyen-Orient, mais certainement pas de la façon dont Bush et ses conseillers néoconservateurs l’entendaient. Le gouvernement irakien d’aujourd’hui, loin d’être homogène, est devenu une dictature instable. Le coût de la guerre (800 milliards de dollars) a fait chanceler le pays. L’Irak produit du pétrole à un niveau égal à celui d’avant-guerre à un prix très élevé. Le problème pour les États-Unis et l’Occident, c’est que l’Irak entretient des liens des plus étroits avec l’Iran des ayatollahs. D’ancien ennemi juré, du temps de Saddam Hussein, il est devenu son plus grand allié. Merci pour votre manque d’intelligence et de vision, ai-je envie de dire à G. W. Bush. Merci aussi à Barack Obama, pour l’erreur qu’il a commise en retirant prématurément les troupes américaines de ce pays.

Aujourd’hui, au moment où l’Amérique et l’Union européenne exercent d’énormes pressions sur l’Iran et veulent lui imposer un embargo pétrolier pour qu’il renonce à son programme nucléaire, l’Irak refuse de se ranger du côté occidental et, bien au contraire, il fait tout pour aider l’Iran à contourner l’embargo par le biais de leur frontière commune. Idem concernant la Syrie, l’administration Obama fait tout avec ses alliés pour faire chuter Bachar al-Assad. Le régime irakien, lui, travaille contre les États-Unis en laissant l’Iran utiliser son espace aérien afin de livrer des armes au régime syrien. En fait, il faut se demander si l’Irak ne travaille pas à l’établissement d’un axe chiite : Iran-Irak-Syrie, destiné à défier l’Arabie Saoudite et les autres monarchies sunnites du Golfe, pour prendre le contrôle de la région. L’administration Bush avait imaginé que l’Irak de l’après-guerre lui servirait de base dans la région avec la douzaine d’aéroports qu’elle a fait construire. Tout cela profite aujourd’hui à un régime antiaméricain et à l’Iran voisin. L’actuel président irakien, Nouri al-Maliki, est le plus grand soutien de l’Iran, vu l’influence, politique, religieuse et commerciale qu’il a exercée en sa faveur. Lors d’une conversation privée avec des officiels américains, en mars 2009, le roi d’Arabie Saoudite qualifiait Nouri al-Maliki d’« agent iranien ».

Dans un tel contexte, pourquoi l’administration Obama s’entête-t-elle à aider financièrement un agent iranien : 5 milliards de dollars doivent être débloqués pour 2013 afin d’entretenir 36 avions chasseurs F16 américains, ultraéquipés militairement, que l’Irak vient d’acheter et qui se retourneront peut-être demain contre les Occidentaux dans la région. La question est de savoir à présent si cette alliance irako-iranienne durera.

Aujourd’hui, loin de l’ère Saddam Hussein, jamais les relations entre les deux pays n’ont été aussi bonnes. Les ayatollahs iraniens ont toujours eu en tête l’idée de faire de l’Irak une autre république islamique à leur frontière. Cela dit, les Irakiens, qui sont avant tout arabes, n’ont pas forcément envie de se laisser imposer la politique religieuse des Perses. La majorité chiite irakienne a toujours considéré que ses intérêts étaient différents de ceux des chiites iraniens. Cela pourrait être rassurant, mais attention, au Moyen-Orient tout reste à vérifier : le meilleur comme le pire.