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Le Qatar mis en cause dans le soutien et le financement du terrorisme

Lila Schoepf - juin 16, 2017 - 07:40 - International

À travers sa force de frappe financière et son activisme politique, le petit pays qu’est le Qatar a développé une stratégie d’influence, à laquelle la France n’a pas échappé. Mais, depuis 2013, le Qatar est souvent critiqué au sein du paysage politique et médiatique. Les avantages financiers accordés à ce pays durant l’époque de l’ancien président Nicolas Sarkozy sont dénoncés. De plus, le soutien qatari accordé aux islamistes et djihadistes de tout bord est considéré comme un manquement aux engagements dans la lutte contre le terrorisme.
Lors de la récente crise entre le Qatar et plusieurs acteurs arabes, Doha a tenté vainement de détourner l’attention de plaintes du « soutien de terrorisme » et d’ingérence dans les affaires internes, formulées par l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Bahreïn, et de présenter le litige comme un blocus inhumain. Ainsi, le Qatar grand investisseur en France est sur la défensive. Au-delà de la logique des intérêts, le terrorisme est un danger universel et la France touchée de plein fouet par la pieuvre radicale ne pourrait être compromise par de liens troubles.
Tout au long de la campagne présidentielle française, le Qatar a été décidément l’invité surprise. Parmi les candidats à l’élection : François Fillon, Marine Le Pen, et Jean-Luc Mélenchon ont inscrit la révision des relations entre la France et le Qatar dans leur programme après des révélations sur les « petits » cadeaux de la pétromonarchie aux politiques français, bien étayées par Georges Malbrunot et Christian Chesnot dans leur enquête : Nos très chers émirs (Michel Lafon, 2016). Cela a conduit, pendant cette période, le candidat Emmanuel Macron (devenu président) à s’engager à « mettre fin aux accords qui favorisent en France le Qatar » (suppression de double imposition et exemption de certaines taxes).

Des relations étroites avec Paris
Dans le concert de relations extérieures de l’émirat, Paris occupe une place singulière. Depuis l’indépendance de l’émirat en 1971, la France a misé sur une relation particulière avec ce pays prometteur économiquement et politiquement. La diplomatie française considérait alors Abou Dhabi, à travers le fondateur des Émirats arabes unis, Zayed ben Sultan al-Nahyane (1971-2004), et Doha, avec la famille Al-Thani, comme vecteurs d’influence face à la présence anglo-saxonne dominante dans la zone.
À part une courte période après le renversement de l’émir Khalifa ben Hamad en 1995, les relations franco-qataries se distinguent par leur continuité et leur vitalité. L’importance des liens bilatéraux s’explique autant par le choix des Qataris de diversifier leurs partenariats que par les contacts personnels de confiance entre les dirigeants des deux pays. Vus de Doha, les liens avec la France représentent un gage pour une diplomatie équilibrée et active. Vu ce Paris, cet émirat dirigé par une équipe francophile est un grand atout.
Durant le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy (2007-2012), les relations personnelles étroites entre l’Élysée et les autorités qataries ont renforcé un partenariat stratégique solide sur les plans politique, économique, sécuritaire, militaire et culturel.
Au-delà de succès confirmés ou apparents, la nouveauté réside dans la volonté du Qatar de jouer un rôle politique et diplomatique en s’appuyant sur l’activisme de sa diplomatie et sur sa puissance financière pour « fluidifier » les situations diplomatiques les plus rugueuses. Toutefois, il ne faut pas adopter une optique réductrice et limiter la politique étrangère qatarie à une diplomatie du chéquier. Ainsi, lors de l’éclatement des « printemps arabes », Doha a aussitôt redéployé sa politique extérieure, est devenue le premier allié de M. Sarkozy dans la crise libyenne, en soutenant l’intervention militaire de l’OTAN entre le 19 mars et le 31 octobre 2011.
Doha a montré son soutien aux mouvements de contestation en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen et en Syrie. À travers l’accumulation de moyens (politique, notamment avec des relais islamistes, financier, médiatique et militaire), l’émirat se montre incontournable et se révèle comme allié indispensable de la France, remplissant par la même occasion le vide créé par l’absence ou l’éclipse de grands acteurs arabes, comme l’Arabie Saoudite. Cependant, les premiers signes de « mésentente » ou de « malentendu » ont commencé à paraître à la fin du mandat M. Sarkozy et surtout sur le terrain libyen, où le Qatar ne cachait pas ses ambitions de contrôler le jeu post-Kadhafi. L’Élysée a ainsi critiqué la décision de Doha d’envoyer 5 000 membres de ses forces spéciales, avant même la chute du régime. Certains milieux à Paris lui reprochent également de ne pas prendre en compte les intérêts français et de jouer ouvertement la carte islamiste. Ces soupçons dépassent le territoire libyen et évoquent un rôle qatari nocif dans l’extension de l’islamisme radical au nord de Mali.

Même si certains en France insistent sur le fait que le Qatar est un pays très riche, et un allié important, et plaident pour préserver les intérêts des sociétés françaises impliquées dans la préparation d’infrastructures, pour la Coupe du monde, la classe politique et la galaxie sécuritaire, ont bien compris qu’il fallait être vigilant sur le financement du terrorisme par ce pays, par exemple quand on laisse le Qatar financer la rançon d’otages.
Malgré sa petite démographie (1,95 million d’habitants en 2012), les atouts majeurs du Qatar font de ce pays un acteur reconnu nouant un partenariat de choix avec Paris pour atteindre ses objectifs. Ce lien avec un grand pays viable comme la France est un élément important, il comprend un réseau complexe d’influences qui servent les desseins des autorités de Doha, conscientes des limites de leurs ambitions. Mais, la récente crise dans le Golfe et la question du soutien au terrorisme, incitent plusieurs voix en France à réclamer la rupture des liens avec Doha. En somme, l’entrisme qatari atteint ses limites