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La Politique américaine au Moyen-Orient

Editor de Nov 12, 2013 - 16:18 dans International

La politique américaine au Moyen-Orient

Par Christian malard, éditorialiste sur France 3

Barack Obama mène-t-il une politique incohérente et perverse au Moyen-Orient ? La question mérite d’être posée si l’on se réfère aux propos du général Hugh Shelton, l’un des principaux chefs des armées sous les présidences Clinton et G. W. Bush. Shelton vient d’affirmer, sur la chaîne Fox News, qu’entre 2011 et 2013 l’administration Obama a travaillé à la déstabilisation de deux pays : le royaume du Bahreïn et l’Égypte. L’affirmation est destructrice et tendrait à prouver les errements de l’actuelle administration américaine.

Shelton déclare que durant le printemps arabe, alors que le Bahreïn était en proie à des troubles fomentés par des extrémistes chiites du pays soutenus par le parti pro-iranien Al-Wafaq, l’administration Obama a pensé que le Bahreïn, où est ancrée la 5e flotte américaine, serait une proie pour faciliter l’effondrement du Conseil de coopération du Golfe (CCG) présidé par l’Arabie Saoudite, et permettrait aux grandes compagnies pétrolières américaines de contrôler le pétrole du Golfe.

Shelton va plus loin. Il déclare que le complot a été déjoué par le roi du Bahreïn, Hamad al-Khalifa qui, en étroite concertation avec l’Arabie Saoudite, a accepté que cette dernière envoie plusieurs milliers de soldats pour endiguer la révolte des extrémistes chiites. Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui le Bahreïn et l’Arabie Saoudite aient perdu confiance en l’administration Obama.

Mais là ne s’arrêtent pas les incohérences. Si l’on sait qu’en février 2011 Obama a joué Mohamed Morsi, le frère musulman, contre Hosni Moubarak, Shelton va plus loin en affirmant que durant 2013 l’ancien ministre de la Défense et chef des services de renseignements égyptiens, le général Fatah al-Sissi, avait découvert le projet américain de soutien aux frères musulmans. Peut-être Shelton a-t-il raison d’affirmer que si Fatah al-Sissi n’avait pas renversé Morsi, l’Égypte serait devenue une autre Syrie.

Pour l’ancien grand patron des armées américaines, il n’est pas surprenant que les alliés arabes traditionnels des États-Unis s’éloignent de plus en plus de l’administration Obama, d’où la nouvelle alliance entre l’Égypte, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn et d’autres émirats arabes dans leur lutte contre les frères musulmans.

C’est dans ce contexte que, lors de la 68e Assemblée générale des Nations unies, à New York, le ministre des Affaires étrangères Bahreïni, cheikh Khaled ben Ahmad al-Khalifa, a demandé des explications aux proches conseillers d’Obama qui lui-même a affirmé que la situation au Bahreïn est semblable à celle de la Syrie et de l’Irak.

Ce qui se passe à Bahreïn aujourd’hui, rappelons-le, est une tentative de déstabilisation par le régime iranien qui soutient des partis extrémistes chiites comme Al-Wafaq.

S’il est un pays du Golfe où la coexistence religieuse entre musulmans, juifs, chrétiens et protestants est plutôt bien ancrée, c’est le Bahreïn qui a pour ambassadrice

à Washington une femme de confession juive : Houda Nonoo.

Dans son discours aux Nations unies, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, n’a pas hésité à mentionner que le Bahreïn était la victime des visées déstabilisatrices de l’Iran. Ce n’est pas un hasard s’il a une confiance limitée en la politique d’Obama vis-à-vis de l’Iran. Netanyahu est très dubitatif sur la politique de main tendue du président iranien, Hassan Rohani, qu’il a qualifié de : « loup déguisé en agneau ».

Le régime iranien étranglé par les sanctions internationales redoute une explosion sociale qui menacerait sa survie politique, ce qui explique ce semblant de politique d’ouverture pour gagner du temps sur la poursuite de son programme nucléaire.

Lorsqu’il négociait avec les Soviétiques et Mikhail Gorbatchev sur le désarmement, en 1987, le président Ronald Reagan disait : « Trust but verify » (« Faisons confiance, mais vérifions »). Je pense que cette formule s’applique plus que jamais à la nouvelle relation que les États-Unis sont prêts à avoir avec l’Iran.

Pour qu’une page se tourne, l’Iran doit arrêter sa production d’uranium enrichi et fermer des sites nucléaires sensibles comme Natanz, Parchin et surtout Fordow, au sud de Téhéran, enfoui à 70 mètres sous terre.

En 1978, le président américain Jimmy Carter avait contribué, avec le président français Valéry Giscard d’Estaing, à la chute du shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi et pensé naïvement qu’il pourrait faire affaire avec l’ayatollah Khomeiny. Trente-cinq ans après, on voit le prix que l’Occident et les pays arabes modérés paient pour une erreur de stratégie monumentale.

Il ne faudrait pas que Barak Obama devienne un Jimmy Carter numéro 2 et commette le même type d’erreur sous prétexte qu’avec le gaz de schiste dont regorgent les États-Unis, il n’aura plus besoin, d’ici à quelques années, du pétrole de l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe menacés par les velléités expansionnistes de l’ayatollarchie iranienne.