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ÉTATS-UNIS Urgence pour les réfugiés

Barbara GB FERGUSON and Tim Kennedy de Déc 12, 2016 - 11:22 dans International

Le mois dernier, les Etats-Unis ont accueilli leur dix-millième réfugié de guerre syrien, faisant partie de leur programme de réinstallation de l’année.

Cependant, selon plusieurs sources, ce n’est là qu’une goutte d’eau au milieu des centaines de milliers de réfugiés syriens et moyen-orientaux qui ont fui la guerre dans leur pays.
La plupart des Américains considèrent les États-Unis comme une nation composée de réfugiés ayant émigré vers ce pays au cours des deux derniers siècles, en quête d’une vie meilleure. Ils pensent donc que les 10 000 réfugiés syriens accueillis cette année représentent un chiffre infime. Près de cinq millions de Syriens ont fui la guerre civile dans leur pays au cours des cinq dernières années. Ils lut-tent pour survivre, dans de dures conditions, dans les pays avoisinants – la Jordanie a, par exemple, pris 660 000 réfugiés syriens – ou bien risquent leur vie en tentant de rejoindre l’Europe, où ils de-mandent l’asile.
Pour ceux qui espèrent se rendre aux États-Unis, l’avenir semble suspendu à la présidentielle de no-vembre.
 Le candidat républicain Donald Trump a déclaré que s’il était élu, il cesserait d’accueillir les réfugiés syriens, les qualifiant de « menace potentielle de sécurité ». Il a ajouté que cela serait égale-ment valable pour tous les Musulmans espérant trouver refuge sur les rivages américains. Pour ces 10 000 Syriens qui se sont rendus aux États-Unis, il est intéressant d’observer les lieux de répartition où ils ont abouti, de nombreux gouverneurs républicains ayant refusé de leur accorder asile à l’intérieur de leurs frontières.
La Californie et le Michigan sont en tête dans l’accueil du plus grand nombre de réfugiés syriens, suivis par l’Arizona, l’Illinois, et le Texas. Les autres villes qui ont accueilli un nombre substantiel (toutes moins de 500 réfugiés) sont Chicago, dans l’Illinois, Glendale dans l’Arizona, Troy dans le Michigan ainsi que Dallas, au Texas.
En dépit de la campagne d’opposition aux immigrants menée par Trump, de nombreux Américains sont irrités par le faible nombre de familles de réfugiés autorisées à entrer aux États-Unis.
Dernièrement, des centaines de citoyens américains engagés – dont des citoyens d’origine musul-mane, chrétienne et juive – se sont rassemblés à l’ombre du Monument de Washington pour expri-mer leur soutien, sensibiliser l’opinion à propos de la crise mondiale des réfugiés, et pousser à une action continue des États-Unis dans le pays ainsi qu’à l’étranger, en vue d’alléger les souffrances des réfugiés à travers des opérations de secours et de réinstallation.
L’événement, annoncé comme le DC Rally 4 Refugees (Rassemblement de Washington pour les réfu-giés) a attiré des Américains de tout le pays. Il comportait une série de discours et de manifestations, dont la chorale Pihcintu composée de 32 femmes réfugiées, la chanteuse d’opéra syrienne Lubana al-Quntar ainsi que le groupe pop-rock irakien Utni.


Intervenants. Au nombre des intervenants se trouvaient des journalistes, des auteurs compositeurs, ainsi que d’anciens ministres et ambassadeurs irakiens. Des membres du corps médical récemment volontaires en Syrie se sont également adressés à l’assistance, ainsi que des enfants réfugiés qui ont chanté plusieurs chants patriotiques américains.
« En ce moment, cette initiative est ma religion. Notre but aujourd’hui est d’aider chacun à compren-dre que chaque petit geste compte », a déclaré Kathy Hertz, fondatrice et directrice du DC Rally 4 Refugees. Elle a expliqué que les gens hésitent à offrir leur aide parce qu’ils ne savent pas quoi faire et pensent que leurs efforts pourraient être jugés insignifiants. Au contraire, explique-t-elle : « “Trop peu” signifie ne rien faire. Les gens ont seulement besoin de faire quelque chose, n’importe quoi. »
Kathy Hertz, qui a employé ses vacances à aider les réfugiés sur l’île grecque de Lesbos, a dé-claré qu’elle était étonnée de voir qu’un trop grand nombre d’Américains semblent indifférents face à la plus grande crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale.
« Quand je suis rentrée chez moi, je ne pouvais pas croire que les gens n’étaient pas dehors à pro-tester et à crier dans les rues, et à faire quelque chose. De nombreux réfugiés nous demandent de l’aide », a-t-elle affirmé, ajoutant que ceux qui se trouvent sur sa liste spéciale pour une assistance sont les « traducteurs et policiers afghans qui ont travaillé pour nous en Irak et en Afghanistan ».
Indignée par la situation désespérée de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi d’aider dans leurs pays l’armée américaine quand elle avait besoin d’eux, elle a précisé : « Les Afghans et les Irakiens peu-vent demander un visa, mais il faut deux ans pour passer par une vérification des antécédents, en vue d’être acceptés et de l’obtenir. Ils seront morts avant », dit-elle avec colère, soulignant que ces experts locaux ont été et sont ciblés et tués, pour avoir coopéré avec les troupes de la coalition dans leur pays. « En tant que simple citoyenne, je pense que si quelqu’un nous a aidés, nous nous devons de l’aider et d’assurer sa sécurité. Sinon, pourquoi une personne se donnerait-elle la peine de nous aider ? Quel est le message que nous envoyons à ceux qui penseraient nous aider à l’avenir ? Notre but est de faire en sorte que chacun comprenne que chaque petit geste compte. Chacun doit faire quelque chose… »
DC Rally 4 Refugees est l’une des nombreuses organisations axées sur l’aide aux réfugiés qui cher-chent refuge aux États-Unis. De nombreux citoyens américains engagés nous ont confié être découra-gés par le fait que ces manifestations bénéficiaient, le cas échéant, de si peu de couverture médiatique. C’est important, car de nombreux soldats américains et de Marines qui ont servi en Irak et en Afgha-nistan et qui ont travaillé avec des civils de ces pays qui les ont aidés sur le terrain, n’ont pas oublié ceux qui ont risqué leur vie. Et, depuis leur retour chez eux, ces soldats ont travaillé dur pour obtenir davantage de visas pour ces citoyens locaux mis en danger.
À titre d’exemple, en août dernier, des vétérans militaires américains ont tenu une séance d’information au Capitole, à Washington, espérant convaincre les membres du Congrès et les médias de la raison pour laquelle le désengagement militaire de l’Afghanistan a rendu extrêmement urgent le soutien du Congrès au fonds pour le programme du Special Immigrant Visa ou SIV, (Visa spécial immigrant) de 2017.

Demandes de SIV. Leur conférence, intitulée « Bonds of War : America’s Veterans and their Wartime Allies » (Obligations de guerre : les vétérans des États-Unis et leurs alliés de temps de guerre), a attiré un auditoire très nombreux comprenant des représentants des États-Unis, des membres du personnel du Sénat et du Congrès, ainsi que des citoyens intéressés par le sujet. « 10 000 Afghans ont présenté une demande pour figurer dans les demandes rétroactives du SIV », a déclaré Steven Miska, colonel à la retraite, à ceux qui assistaient à l’événement.
Le programme du SIV a été créé en 2007 par le Congrès américain, afin de simplifier l’immigration aux Afghans et aux Irakiens qui avaient risqué leur vie en soutenant les diplomates américains ainsi que les troupes de combat. Un grand nombre de ces immigrants ainsi que leurs familles avaient un besoin urgent de s’installer ailleurs du fait que leurs services au gouvernement américain les avaient mis en danger dans leur propre pays. Jusqu’à l’année dernière, seuls 1 000 de ces visas étaient an-nuellement accordés.
 Steven Miska, qui a servi en Irak et en Afghanistan, mène actuellement sans relâche une campagne visant à aider ceux qui ont aidé la coalition, en particulier ceux qui ont travaillé avec les troupes américaines. Retraité de l’armée américaine depuis plus d’un an, il continue à parler de la vie ainsi que des périls menaçants dont les Afghans, aussi bien que les Irakiens, souffrent dans leur propre pays.
« Outre les Afghans, il y a également des milliers d’Irakiens qui attendent une autorisation pour émi-grer vers les États-Unis, a affirmé Miska à nos correspondants après la conférence. L’incapacité à maintenir le SIV voudrait dire que les États-Unis manqueront à leur parole… »


Les plus proches alliés. Miska, qui a pris la parole lors du comité des Obligations de guerre, a lon-guement insisté auprès du Congrès pour qu’il n’abandonne pas les milliers d’interprètes, entrepre-neurs et civils afghans et irakiens « qui étaient les plus proches alliés de l’Amérique. » Miska sou-tient que l’appui de l’Amérique au programme du SIV « prouve que les États-Unis se tiennent aux côtés de leurs amis… et ne les laissent pas à la merci de leurs ennemis ».
Matt Zeller, un autre vétéran à la retraite, présent au comité des Bonds of War, a précisé que cette conférence de presse, de même que les autres conférences de presse du Capitol Hill, que lui et ses collègues militaires avaient tenues, n’étaient pas « des discussions sur les réfugiés, mais des discus-sions sur les vétérans. Nous avons tous une obligation commune : nous avons fait des choses qui avaient une réelle importance. Nous avons réalisé quelque chose d’important pour notre pays ».
Chase Millsap, d’abord Marine puis Ranger de l’Armée, qui a servi à cinq reprises en Irak et deux fois en Afghanistan, a saisi l’occasion de la conférence de presse des Bonds of War pour projeter un docu-mentaire de 24 minutes de la chaîne National Geographic qu’il a réalisé avec son frère, concernant ses efforts pour aider un officier irakien handicapé, ainsi que sa famille, à s’installer aux États-Unis. S’adressant au groupe, à l’ombre du Congrès américain, il a précisé : « Notre film, The Captain’s Story : A Bond of Brotherhood Forged in War traite réellement de ma relation avec un autre vétéran de la guerre, mon “frère” irakien. Malheureusement, mon incapacité à l’aider ainsi qu’à aider d’autres ré-fugiés irakiens dans le même cas que lui m’empêche d’avancer dans la vie », a affirmé Chase.
« Mon incapacité à l’aider à bénéficier d’un statut de réfugié m’empêche d’aller de l’avant. L’argent que je reçois de l’administration des Vétérans va tout droit à mon frère irakien et à sa famille, qui vivent actuellement en Turquie. Cela aide à mon rétablissement », a-t-il déclaré. 

« L’entraînement militaire vise aussi à inculquer une éthique professionnelle selon laquelle nous ne laissons personne derrière nous sur le champ de bataille, ajoutait Miska. De nombreux vétérans ont le sentiment que nous avons violé ce code lorsque nous avons laissé derrière nous nos plus proches parte-naires à la fin d’un combat. La doctrine militaire insiste sur l’importance des interprètes de même que celle d’autres partenaires locaux, qui soutiennent les opérations. Les vétérans de guerre comprennent cela implicitement. »

Ces vétérans à la retraite ont également averti du retour de flamme potentiellement dangereux que cette incapacité à aider les partenaires locaux de la coalition pourrait avoir dans les engagements à venir sur les troupes de coalition américaines. « C’est une question de sécurité nationale. Si nous n’aidons pas ceux qui nous ont aidés en Irak et en Afghanistan, qui s’avancera pour nous aider dans des actions futures à l’étranger ? », ont-ils demandé.
Les immigrants aux États-Unis doivent aussi veiller à ne pas tourner le dos à ceux qu’ils ont laissés derrière eux. « Nous ne devons pas oublier que tous ces réfugiés ont été arrachés à leurs maisons et à leurs familles, et qu’ils ont perdu ce qu’ils possédaient, a soutenu Amal Osman, qui a émigré en 2006 avec sa famille, d’Égypte vers les États-Unis. Tout ce qu’ils souhaitent, c’est vivre dans un environnement sûr. »
Feras Jawish, sa femme Raheb ainsi que leur fils âgé de quatre ans sont des réfugiés syriens arrivés à Chicago il y a onze mois, après avoir enduré un séjour de deux ans en Grèce avec un statut de réfu-giés. Tous les trois ont voyagé à Washington DC pour être présents au DC Rally 4 Refugees. « Les réfugiés ne sont pas des gens pauvres. Nous voulons tous contribuer, et faire partie de ce grand pays, affirmait Jawish, qui était médecin à Damas. Nous étions heureux quand nous avons appris que nous avions été sélectionnés par les autorités de l’immigration américaine pour entrer aux États-Unis. Une fois arrivés à Chicago, nous avons été grandement aidés par des organisations de réinstallation, telle que la Catholic Charities (le Secours Catholique) et la communauté syro-américaine. »

Ouvrir les portes. Fatima Abby, une Somalienne Américaine née en Arabie Saoudite, est arrivée aux États-Unis en 1998 avec ses parents et ses frères et sœurs. Elle travaille actuellement avec le Départe-ment de la Santé de Washington, et elle est dernièrement retournée en tant que volontaire pour aider les réfugiés à Lesbos. « Je suis passionnée par le fait d’aider les gens, dit-elle. Quand je suis allée en Grèce, j’ai collecté 4 800 dollars pour acheter des produits pour les réfugiés qui s’y trouvent. Cela, en plus de ce que j’ai payé pour mon propre ticket, ainsi que pour mes frais de séjour.
» Nous sommes tous des êtres humains. Nous devons tous ouvrir nos portes pour permettre aux gens d’avoir la chance d’obtenir ce que tellement d’Américains ont déjà – la paix et la sécurité. »

« C’est vraiment une question de vie ou de mort. Je connais là des centaines de personnes qui ont été menacées en raison de leur affiliation avec les États-Unis », a résumé l’ambassadeur Ryan Crocker, qui a été ambassadeur des États-Unis en Irak de 2007 à 2009, et qui a occupé le même poste en Afghanistan de 2011 à 2012. Et d’ajouter : « Le programme du SIV permet à nos courageux partenaires d’avoir accès à la sécurité aux États-Unis, en raison des sacrifices qu’ils ont faits en notre nom. »