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ÉTATS-UNIS Un président imprévisible ?

Gérard AL-FIL on January 5, 2017 - 10:53 in International

Comment l’ère Donald Trump à la Maison-Blanche définira-t-elle les relations entre la superpuissance occidentale et le Moyen-Orient ?


Lorsque, le 20 janvier 2017, Donald John Trump prêtera serment comme 45e président des États-Unis, les interrogations autour des relations arabo-américaines n’auront jamais été aussi grandes. Quelle sera l’attitude de Washington face à la crise en Syrie, où l’administration Obama s’était engagée à écarter du pouvoir le président en exercice Bachar al-Assad – en soutenant les rebelles antigouvernementaux avec de l’argent et des armes ? Trump et son colistier Mike Pence demeureront-ils inactifs dans le conflit en Libye ? La solution de deux États dans le conflit palestinien, qui dure depuis des décennies, sera-t-elle toujours au programme d’un commandant en chef Donald Trump ?
Et, le plus important pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), le magnat de l’immobilier fera-t-il marche arrière avec l’Iran et remettra-t-il en question l’accord nucléaire, comme il l’avait promis au cours de la plus mouvementée des campagnes électorales américaines ?
Le président élu, qui a des racines germano-écossaises a promis de « vaincre l’EIIL » et de renforcer le contrôle sur les immigrants, de façon à garantir qu’aucun immigrant illégal ou membre d’une organisation terroriste ne traversera plus jamais les frontières des États-Unis à l’avenir.
Tandis que ce discours rappelle celui de son ancien prédécesseur et membre de son parti, George W. Bush, Trump a également déclaré : « J’étais contre la guerre en Irak. » Ce qui est ressenti au premier abord comme du pacifisme apparaît, à seconde vue, comme de l’intérêt personnel, sachant que la guerre n’a jamais été bonne pour les affaires aux États-Unis. Trump avait dû fermer plusieurs de ses casinos quand George Bush père avait commencé en 1991 la première guerre en Irak, dans le but de faire sortir Saddam Hussein du Koweït.
Il serait difficile de définir la future politique étrangère des États-Unis, en partie parce que Trump, premier « outsider » à occuper la Maison-Blanche, est un homme d’affaires et milliardaire qui a gagné en raison du fait qu’il a combattu l’establishment avec ses déclarations. « Nous assècherons les bourbiers à Washington », était le credo de Trump au moment d’aborder les derniers mètres qui le séparaient du jour des élections.
« Nous n’avons pas besoin d’un apprenti à la Maison-Blanche », a déclaré Scott Walker, gouverneur de l’État du Wisconsin des États-Unis et ancien candidat républicain à la présidence, en apprenant que Trump se lançait dans la course. La mise en garde de Walker était une référence au programme de téléréalité à succès mondial de Trump The Apprentice (L’Apprenti).
Comme pour le Brexit : « Les électeurs ont maintenant appris que les politiciens étaient manifestement en collusion avec les grands médias », commentait Philip M. Parker, professeur à la chaire de Sciences de la gestion de l’Insead. Lorsque la victoire de Trump sur son adversaire démocrate Hillary Rodham Clinton devint évidente, aux premières heures de ce matin du 9 novembre, tous les dirigeants arabes envoyèrent des messages de félicitations au candidat du Grand Old Party (GOP), âgé de 70 ans.
Prenant la parole lors de la session d’ouverture du Global Business Forum Latin America, qui était organisé par la chambre de commerce et d’industrie de Dubaï, le ministre de l’Économie et du Commerce extérieur des Émirats arabes unis (EAU), Sultan al-Mansouri, déclarait à l’assistance que les EAU respectaient le système politique américain. « Une fois que les choses se seront calmées… Tout ne se résume pas aux États-Unis au pouvoir du président. Le prochain président doit offrir des avantages au système politique des États-Unis dans son ensemble », a déclaré le ministre. Al-Mansouri avant d’ajouter : « Les EAU ne construisent pas de murs. » Il a conclu en affirmant qu’il était confiant dans le fait que : « L’esprit de sagesse reprendra le dessus dans les prochains mois. »

Liens arabo-américains. La sagesse, cependant, n’a pas toujours été le plus fort partenaire des liens arabo-américains. Les liens historiques entre le « Pays de Dieu » (God’s own country) et le Moyen-Orient sont parmi les plus instables depuis la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale – de l’inconditionnel soutien des États-Unis au premier discours d’investiture de Barack Obama dans lequel il disait au monde musulman : « Nous cherchons une nouvelle façon d’avancer, basée sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel », à la promesse électorale de Trump d’interdire les États-Unis à tous les voyageurs musulmans « jusqu’à ce que les représentants de notre pays puissent comprendre ce qui se passe » (cette promesse fut par la suite retirée du site de la campagne de Trump après sa victoire).
Les relations économiques fortes entre les EAU et les États-Unis donnent l’espoir que le bon sens prévaudra en effet.
Selon Barbara Leaf, l’ambassadrice des États-Unis aux EAU, avec plus de 25 milliards de dollars de commerce bilatéral, les EAU représentent pour l’Amérique le plus grand marché d’exportation au Moyen-Orient, ainsi que « notre deuxième plus grand partenaire commercial dans le monde arabe, et le seizième plus grand partenaire au niveau mondial », a-t-elle déclaré au quotidien de Dubaï Khaleej Times.
De plus, l’Amérique a toujours besoin du pétrole arabe, du fait que le pétrole de schiste ainsi que le secteur du pétrole de schiste en Amérique du Nord est « suspendu », nous a affirmé Steve Suellentrop, président de la Hunt Oil Company, basée au Texas.
Commentant les effets sur le financement personnel, Hamzah Shalchi, directeur régional de Guardian Wealth Management à Dubaï précisait : « Avec une série d’élections et d’autres décisions politiques en Europe approchant à grands pas, c’est actuellement le bon moment pour évaluer le degré de protection de vos investissements face à la volatilité croissante des marchés. »
Il ajoutait : « Il est extrêmement difficile de prédire ce que les marchés feront ensuite, dans le meilleur des cas. Toutefois, garder ses investissements en période de volatilité peut offrir des retours plus importants que d’essayer de voir ce qui va se passer, et rater en fin de compte les meilleurs jours des marchés. »
Le candidat républicain a promis de sécuriser et de créer des emplois, pouvant de ce fait difficilement rater les opportunités d’affaires croissantes à l’étranger, que ce soit aux EAU, en Arabie Saoudite ou en Chine. Au cours de son premier débat télévisé avec Clinton, en direct, Trump a fait l’éloge des aéroports modernes de Dubaï et de Doha (une première dans l’histoire des campagnes américaines), tandis qu’il critiquait vertement les plaques tournantes de l’aviation civile dans le pays, qui sont descendues, sous l’administration Obama, à des niveaux « dignes du tiers monde ».
Promoth Manghat, P-DG d’UAE Exchange Group, affirmait que les sondages et leur impact sur les résultats des élections, aux États-Unis, ont été jusqu’à ce jour contraires aux différents résultats des études. « La victoire actuelle aux États-Unis est également le résultat des changements promis à propos de l’immigration. Dans un tel scénario, le changement démographique pourrait également avoir des incidences sur les envois de fonds », a-t-il affirmé.

Prévisions. Parker, de l’Insead, a exprimé son point de vue peu conventionnel concernant le fait de savoir comment l’Amérique réagirait dans les jours à venir. « D’après mes prévisions, cela va aller, a-t-il souligné. En fait, il existe de grandes chances que l’Amérique soit appelée à prospérer. Rappelez-vous que nous avons précédemment élu à la présidence un acteur (Ronald Reagan, républicain), un planteur de cacahuètes (Jimmy Carter, démocrate), des Rough Riders (1er régiment volontaire de cavalerie aux États-Unis), et un large éventail de personnages », a soutenu Parker. Et d’ajouter qu’il espérait « une simplification du code fiscal des États-Unis pour les individus ainsi que pour les entreprises – en particulier les petites entreprises. »
Les critiques envers Trump ont fait état de leur crainte qu’un président des États-Unis imprévisible, ayant accès aux codes nucléaires, pourrait constituer une réelle menace pour la paix dans le monde. Cela a conduit à des spéculations dans les médias sur le fait que Mike Pence, le vice-président élu, plus patient et plus réfléchi, fera fonction de « vrai président ».

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