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Bilan nuancé de la politique française

Khattar Abou Diab de Mar 13, 2017 - 16:30 dans International

Pour la première fois dans la Ve république, un président français en exercice annonce qu’il s’abstient de se représenter à la magistrature suprême.

François Hollande a donc annoncé son retrait de la course à l’élection présidentielle. Ce président, qui quitte à contrecœur la scène interne, paraît déterminé au cours des derniers mois de son mandat à marquer certains succès en politique étrangère, afin que l’histoire note dans son bilan la lutte contre le terrorisme qui ne passe pas uniquement par le canal européen, mais surtout via les chemins escarpés du Levant, mêlés aux routes de l’arc des crises s’étendant de Jérusalem et du Golfe vers le Sahel et le Nord de l’Afrique.
Le mandat de François Hollande (2012-2017) est concomitant avec le cycle des temps difficiles dans le monde arabe secoué par de nombreux conflits et tiraillements. La France s’est trouvée ainsi au milieu du tumulte en tant qu’acteur impliqué ou influencé, sans pouvoir maîtriser le rythme de certains conflits (libyen en premier lieu) ou récolter de résultats positifs.
Dans la pratique, François Hollande a hérité de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, les deux dossiers chauds de la Libye et de la Syrie, mais il a surtout agi catégoriquement dans la guerre contre le terrorisme, de l’Irak jusqu’au Mali. De surcroît, Hollande a réussi à développer les liens avec Riyad et Le Caire. Il est parvenu aussi à renouer avec Téhéran (bien que son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, ait été le plus ferme dans l’ultime tour de négociations sur le programme nucléaire) sans négliger le processus de paix israélo-palestinien en dépit des efforts de Benjamin Netanyahou pour le dissuader et le faire renoncer.
Sans hasarder un inventaire complet du bilan arabe et moyen-oriental du mandat Hollande, il paraît satisfaisant grosso modo, en admettant que les moyens (voire le contexte) n’ont pas été à la hauteur des ambitions ou des objectifs escomptés.
Cependant, l’erreur « fatale » apparaît avec un livre d’entretiens du président sorti en septembre 2016, dans lequel des secrets furent dévoilés. Cela accentue le déclin de la popularité du président et sa sortie de la compétition de 2017. Mais il faut nuancer et reconnaître que l’échec n’appartient pas à la personne, mais à la France en tant qu’État. En effet, l’élaboration de la politique française à l’égard de cette zone souffrait d’une évaluation approximative des secousses des six dernières années et de développements géopolitiques outre-Méditerranée et dans le Grand Moyen-Orient.
Beaucoup d’éléments internes n’ont pas été pris en considération, comme la lecture de l’élan russe ou d’autres forces régionales impliquées dans le chaos destructif. Ce revers s’est accru avec l’éclipse européenne en général, et le manque d’influence du grand allié américain.
Vu du Maghreb, le président Hollande a rétabli une relation de confiance avec l’Algérie, ce qui a froissé le Maroc « habitué à nouer de liens forts avec les présidents issus de la droite française ».

Positionnement. Mais le positionnement français équilibré a permis à aider la transition en Tunisie. Reste la question libyenne et ses soubresauts, qui mettent l’engagement français à rude épreuve, compte tenu de l’implication de la France dans l’opération de l’Otan en 2011, et l’échec dans la reconstruction et le rétablissement de l’ordre, dû aux déchirures internes et régionales, et aux zizanies entre forces occidentales. Cependant, le niveau de la confiance et de l’influence française en Afrique du Nord a contribué au succès du sauvetage de Mali et de l’opération « Berkhane » dans le Sahel
Au début de 2013, le président François Hollande exerce pleinement sa fonction comme commandant en chef suprême des forces armées et lance une opération au Mali pour immuniser Bamako contre des terroristes implantés au Nord. Cet engagement entier dans la lutte contre le terrorisme se durcit avec l’avènement de l’État islamique (Daech) et la constitution de la coalition internationale à Paris (à la fin de l’été 2014).
En tant que témoin de la terrible nuit du 13 novembre 2015 (l’attaque du stade Saint-Denis) et en tant que président d’un pays touché de plein fouet par le terrorisme, de l’attentat contre Charlie Hebdo (janvier 2015) à celui de Nice (juillet 2016), Hollande a fait de cette lutte son cheval de bataille jusqu’au dernier moment comme l’attestent ces deux derniers déplacements à Bagdad et Bamako. Au cours de son deuxième séjour irakien, il a « exagéré » la liaison faite entre son bilan et la guerre contre le terrorisme. Si le maître de l’Élysée n’a pas tort d’estimer que « le combat contre Daech en Irak protège la France », il va plus loin en avançant : « 2017 sera l’année de la victoire contre le terrorisme ».
Apparemment Hollande n’a pas bien médité le célèbre adage du général de Gaulle : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. » Cette observation a été faite lors d’un passage en Syrie sous mandat français dans les années 1930, et illustre la singularité et la complexité du paysage syrien. Que dire donc aujourd’hui avec tant de facteurs aggravants : le conflit sunnite-chiite, la montée de l’extrémisme, les projets « expansionnistes » des forces régionales non arabes, les tiraillements internationaux et l’impasse dans la question palestinienne. Hollande a été tenace pour faire tenir à Paris, le 15 janvier 2017, une conférence internationale regroupant 70 pays et organisations pour parler de paix et mettre en garde contre l’évaporation de la solution des deux États. Malgré son caractère symbolique, cette rencontre souligne le degré de la continuité dans la politique extérieure de la France.
Il est légitime d’espérer que l’année 2017 se solde par le déracinement de Daech de son territoire en Irak et en Syrie. Mais les méthodes employées pour le moment, qui donnent presque l’exclusivité à la guerre classique et aux opérations sécuritaires, ne semblent pas suffisantes sans gagner la guerre idéologique et reconstruire des États justes et représentatifs de toutes les composantes.
Concernant l’épineux dossier du conflit syrien, la France, très active diplomatiquement (et au plan du soutien à l’opposition et à la société civile en Syrie), n’a pas pu faire face à l’intervention russe qui s’impose. Le recul de la France dans l’une des zones de son influence ne s’explique pas seulement par le retrait de l’administration Obama depuis l’épisode des armes chimiques (août-septembre 2013), mais par des ratés de plusieurs ordres : évaluation des acteurs et du jeu des alliances. Malgré tout, la France a adopté une position dictée par des « considérations morales » à l’époque de la montée du « Hard Power » !

Rôle français.
Sur l’échiquier d’un Grand Moyen-Orient, semé d’embûches, le bilan de Hollande paraît plutôt nuancé avec des succès économiques (avec les pays arabes du Golfe) et le développement de divers partenariats. Mais, pour bien relancer le rôle français outre-Méditerranée, il est indispensable d’élaborer une feuille de route diplomatique qui prenne en compte la dimension européenne. Cela nécessite une redéfinition des priorités et une clarification au niveau des alliances et leurs répercussions en France.
Face à la montée du rôle russe, à l’énigmatique rôle américain sous Trump, et aux faiblesses intrinsèques de l’Europe, la France devrait adapter son outil militaire pour répondre aux menaces plus diffuses et à une instabilité moyen-orientale qui risque de durer. Sans l’addition de ses atouts et de ces adaptations, la France ne saurait consolider son influence dans le voisinage méditerranéen. Ce changement du cap est une condition sine qua non pour assurer la sécurité stratégique et la défense des intérêts économiques et politiques.