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Une coopération riche de promesses

Editor de Mai 20, 2013 - 17:55 dans Economie

Dans le cadre de la nouvelle stratégie mise en place par le président français, François

Hollande, Paris a abrité en avril dernier le Forum économique franco-saoudien.

Par Samir SOBH, Paris

réussite

Tout a été mis en œuvre afin que ce Forum soit une réussite et pour montrer le désir de la France de relancer les relations politico-économiques avec l’Arabie Saoudite

Cette manifestation a reçu plus de 300 représentants d’entreprises. Des ministres sont intervenus, ainsi que des patrons de grands groupes économiques. L’objectif principal de cet événement vise à mettre fin à la politique économique unilatérale et déséquilibrée, menée pendant presque tout le mandat de l’ancien président, Nicolas Sarkozy. Une approche qui avait engendré susceptibilités et erreurs d’évaluation envers les pays arabes, Machrek et Maghreb confondus. Ce qui a fait perdre à la France d’importants contrats économiques, pour des dizaines de milliards d’euros. Pour confirmer cette orientation, tout a été mis en œuvre afin que ce Forum soit une réussite et pour montrer le désir de la France de relancer les relations politico-économiques avec l’Arabie Saoudite.

Rappelons que la première visite à l’étranger du président Hollande dans le monde arabe, après son élection en mai 2012, avait été pour l’Arabie Saoudite, où il avait rencontré le roi Abdallah ben Abdel Aziz. D’autre part, Arabies a appris de sources concordantes que le chef d’État devrait effectuer une deuxième visite à Riyad. Ce qui prouve que le centre de décision français actuel est bien déterminé à mettre les relations avec le royaume saoudien en tête de ses préoccupations en matière de coopération.

Ce Forum a été une occasion pour Paris de montrer – sans provocation – que l’époque où l’ancien pouvoir en place accordait au Qatar priorités et facilités dans tous les domaines est révolue. Et que la France souhaite être à égale distance avec tous les pays arabes, tout en consolidant les relations avec les uns, en calmant les divergences avec les autres, et en normalisant les relations globales.

Dans cet objectif, Hollande aurait créé une cellule spécialisée et expérimentée, formée de certains de ses proches collaborateurs à l’Élysée ; d’ambassadeurs, nouveaux et anciens, qui ont une grande expérience du monde arabe ; de patrons des grands groupes économiques français qui ont fait leurs preuves, et qui entretiennent d’excellentes relations avec les décideurs arabes.

Contrats. La présence de trois ministres, épaulés par les P-DG des fleurons de l’économie et de l’industrie française, comme Total, EDF, Areva, est avant tout un message. Mais cela ne veut pas dire que la France ne vise pas les gros contrats que l’Arabie Saoudite envisage de réaliser dans les prochaines années. D’autant qu’elle leur a déjà consacré les budgets nécessaires, a analysé les conditions de partenariat, et étudié la préparation d’appels d’offres et d’études de faisabilité. La présence de ces groupes, pour épauler les ministres et assurer la réussite du Forum, laisse comprendre que les contrats prévus se concentrent sur l’énergie, l’eau, l’électricité, la construction de centrales nucléaires.

L’intervention la plus ciblée, d’après les connaisseurs des pays du Golfe, a été celle de Christophe de Margerie, patron de Total, qui a mené à bien une joint-venture avec Riyad pour la création de la plus grande raffinerie dans le Royaume. De Margerie a loué ce qu’il appelé le « beau bébé » qu’est Satorp, société mixte qui est sur le point de finir un immense complexe de raffinerie et site pétrochimique à Jubaïl. « Il faut s’associer à des sociétés saoudiennes pour créer des sociétés saoudiennes », a conseillé le meilleur spécialiste en matière d’énergie dans les pays du Golfe. De son côté, le ministre français de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici a déclaré que les Français souhaitent davantage d’investissement en provenance d’Arabie Saoudite, qu’ils soient industriels ou financiers.

Durant les interventions et les discussions en marge de ce forum, les Saoudiens ont beaucoup parlé d’un projet étalé sur plus de vingt ans. Il porterait sur la réalisation de dix-sept gigantesques nouveaux réacteurs nucléaires et de plus du double en énergie renouvelable, soit un total de 60 unités. Notons que l’Arabie Saoudite veut éviter de produire l’électricité avec des hydrocarbures, en ayant pour cela recours au nucléaire. Elle s’apprête ainsi à lancer de gigantesques appels d’offres dans le nucléaire, les énergies renouvelables et le solaire. Ce qui place les deux géants français de l’énergie EDF et Areva dans la course. Ces deux groupes, qui ont ouvert un bureau commun à Riyad, veulent ainsi effacer l’échec essuyé aux Émirats arabes unis où le consortium français a perdu un contrat portant sur des dizaines de milliards de dollars aux profits des Sud-Coréens. Pour atteindre cet objectif, le P-DG d’Areva, Luc Oursel, a dit espérer le lancement de l’appel d’offres d’ici à la fin de l’année prochaine. Pour anticiper, « EDF travaille sur la formation d’ingénieurs saoudiens en France et dans le royaume », a tenu à expliquer le P-DG du groupe, Henri Prioglio.

Du côté saoudien, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Tawfik al-Ridah, a affirmé que son pays accueille avec beaucoup d’intérêt tout investisseur étranger. Néanmoins, il a précisé que le royaume cherche à « défendre la localisation de la chaîne de valeur ». Un point de vue partagé par Khaled al-Suleiman, le vice-président de K.A.Care, organisme en charge des énergies renouvelables.