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Takreem, primes et progrès

Editor de Mai 20, 2013 - 18:18 dans Economie

À travers le prix Takreem qu’il a fondé, Ricardo Karam veut proposer à la jeunesse arabe des modèles de développement économique, culturel et humain.

Par Marc YARED

Les pieds dans la boue, la tête dominant les nuages… Ricardo Karam, jeune et célèbre professionnel des médias, est l’archétype de ces Libanais qui forcent l’admiration : leur patrie a beau être menue – de la taille d’undépartement français –, leur contrée a beau être la proie de dérives (communautaires), à la merci de cyclones (Israël, Syrie), leur regard embrasse le grand large et découvre mille raisons d’espérer…

Un prestigieux Jury international se concerte à Paris en ce mois de mai 2013 sous les auspices de Takreem, l’association conçue il y a cinq ans par Ricardo Karam pour distinguer et honorer les talents arabes.

Objectif de l’aréopage – où devraient siéger une douzaine de personnalités comme l’Algérien Lakhdar Brahimi, les Franco-Libanais Carlos Ghosn et Amin Maalouf, l’Égyptien Mohamed el-Baradei, le Soudanais MoIbrahim, la Palestinienne Hanane Achraoui, ainsi que des Altesses du Golfe – : désigner les lauréats des prix Takreem 2013 dans neuf secteurs clés tels que l’avancée scientifique et technologique, le développement durable, le leadership entrepreneurial, le rôle de la femme, l’innovation pédagogique, l’excellence culturelle, la philanthropie. Un prix Takreem de la Paix a un temps été attribué, avant d’être « gelé » à la suite de déconvenues enregistrées au lendemain des printemps arabes.

Takreem (qui veut dire « hommage », en arabe) n’est pas pour Ricardo Karam un hobby, mais une passion longuement mûrie. L’animateur et réalisateur vedette du petit écran libanais avait déjà révélé depuis des lustres à ses concitoyens les success stories des stars orientales qui ont conquis la planète : Nicolas Hayek, le Libanais qui a révolutionné avec la montre Swatch l’horlogerie suisse et mondiale ; Zaha Hadid, l’architecte anglo-irakienne dont les monuments éblouissent les métropoles des cinq continents ; Gabriel Yared, le musicien franco-libanais, oscarisé pour avoir enchanté les publics cinématographiques…

Aujourd’hui comme hier, Ricardo Karam veut démontrer que le monde arabe ne se résume pas à un Âge d’Or bien révolu (VIIe-Xe siècles), ou à une actualité politico-religieuse souvent désespérante. En braquant les projecteurs sur des champions du savoir, de l’économie, de l’écologie et de la solidarité au Moyen-Orient et dans le Maghreb actuels, l’initiateur de Takreem veut afficher des modèles de progrès à l’intention de deux publics distincts : les jeunes générations arabes, en quête de projets exemplaires et de sources d’inspiration ; mais aussi l’opinion internationale, qu’inquiètent les éruptions fondamentalistes à l’heure de la globalisation.

Équité et transparence Le processus de sélection des lauréats de Takreem tend à garantir un maximum d’équité et de transparence. Neuf comités – un par spécialité – composés chacun de dix personnes rassemblent bon an mal an les dossiers de dizaines de personnalités susceptibles d’être retenues, avant de sélectionner en avril à Beyrouth, en séance plénière, trois spécialistes pour chaque discipline.

Les méthodes d’évaluation sont précises. Puis la cérémonie de proclamation des lauréats et de remise des trophées – qui se déroule en novembre, chaque année dans un pays arabe différent (Liban, Qatar, Bahreïn…) – assure aux heureux bénéficiaires des prix Takreem une large notoriété, grâce à la qualité des jurés et à la participation d’importants médias internationaux.

D’une année à l’autre, le cérémonial gagne en durée (il est passé de trois heures à une heure quinze minutes) et en rigueur. Le cadre est de plus en plus académique ou culturel, au grand dam des amateurs de paillettes…

L’argent demeure certes un nerf important de l’entreprise Takreem : pour rémunérer la petite équipe de permanents – une vingtaine de salariés qui se dépensent sans compter – et pour régler billets d’avion et notes d’hôtel.À l’instar de Total, Renault-Nissan, As-Salam Investment (Qatar), la Fondation Juffali (Arabie Saoudite), la CCC et Chopard, pour citer quelques exemples, de généreux sponsors n’hésitent pas à mettre la main à la poche.

Mais Ricardo Karam veut aller plus loin : « Takreem ne peut pas se résumer à une cérémonie. Nous voudrions rassembler en un forum annuel une centaine de lauréats et des jeunes Arabes de tous horizons, optimistes et décomplexés. Les échanges et débats qui s’ensuivraient – loin des préjugés et des tabous – contribueraient à booster la modernité et le progrès dans les mentalités, les sociétés et les économies. »

Bon sang ne saurait mentir… À l’heure où l’Orient est le théâtre de bouleversements géopolitiques majeurs, Ricardo Karam apparaît comme le digne héritier des pionniers de la Nahda, cette Renaissance arabe partie des rivages libanais, qui annonçait l’effondrement de l’empire Ottoman, il y a un siècle.