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Relever les défis pour assurer l’avenir

Editor de Mai 20, 2013 - 18:08 dans Economie

Relever les défis pour assurer l’avenir

Sadik Omar al-Kabir, le président de la Banque centrale de Libye, nous parle des efforts

du pays pour moderniser le secteur bancaire, créer des emplois et diversifier les ressources.

Entretien réalisé par Atique naqvi

secteur

bancaire

« Nous avons mis

au point un plan

à moyen terme, visant l’optimisation et la modernisation du secteur bancaire libyen en général,

y compris pour la

Banque centrale »

La Libye a connu une renaissance… Comment se présentent pour vous, en tant que gouverneur de la Banque centrale, les défis principaux ?

Depuis la libération de la Libye en octobre 2011, nous avons eu à relever un bon nombre de défis. Tout d’abord, nous avons souffert d’un manque de liquidité, mais nous avons réussi à surmonter cet obstacle. Mais nous nous sommes heurtés à d’autres problèmes relevant du développement des capacités et de l’amélioration des ressources humaines.

Nous avons mis au point un plan à moyen terme, visant l’optimisation et la modernisation du secteur bancaire libyen en général, y compris pour la Banque centrale. Nous espérons que cette initiative pourra nous aider à relever les défis.

Le secteur financier forme sans doute le cœur battant de l’économie… Quelles mesures avez-vous prises pour faciliter les prêts qui sont l’un des piliers majeurs de l’opération bancaire ?

Comme vous le savez, c’est un grand défi pour la Banque centrale et le gouvernement. Le secteur privé ne contribue qu’à 5 % du PIB qui, en grande partie, provient du secteur public. Nous avons tenu plusieurs réunions pour les responsables du gouvernement afin de discuter des obstacles majeurs auxquels se heurte le secteur privé, et nous cherchons les moyens de le revitaliser et de faciliter la contribution des investisseurs. La Libye recèle un potentiel prometteur, mais il nous revient de trouver les moyens adéquats de le gérer savamment.

Comment qualifiez-vous le cadre réglementaire régissant les investissements privés dans le pays ?

Il existe inévitablement des obstacles à surmonter, vu que les législations actuelles ont été rédigées dans le cadre d’une économie unifiée. Aujourd’hui, le gouvernement œuvre à changer les lois en vigueur afin de promouvoir le secteur privé. Nous avons introduit quelques changements législatifs, et nous cherchons à établir un environnement propice au secteur privé. Le besoin urgent de moderniser notre secteur bancaire, dépassé et désuet, s’impose fortement. Nous souhaitons le faire dans un avenir proche.

En ce qui concerne l’environnement général et les perspectives, percevez-vous des réactions positives de la part des économies mondiales ?

C’était ma première visite à Davos, et la première fois que la Libye y contribuait par sa présence. J’ai observé et je me suis efforcé de transmettre un message positif pour contrer les rapports médiatiques négatifs et retoucher l’image erronée que le monde a de la Libye. Nous cherchons à rencontrer les gens et nous voulons leur expliquer que la situation sur le terrain est bien meilleure que celle qui est véhiculée par les médias. À mon avis, Davos est un rassemblement très bénéfique, et nous espérons avoir réussi à transmettre le bon message.

Avez-vous eu des discussions avec vos confrères des pays arabes de la région sur les moyens d’aller de l’avant et de renforcer les liens d’amitié ?

Nous l’avons fait avec l’Union du Maghreb arabe qui, comme vous le savez, se compose de la Libye, de la Tunisie, de l’Algérie, du Maroc et de la Mauritanie. Au début de janvier dernier, nous avons rencontré le président du Fonds monétaire international [FMI]. Nous avons tenu des rencontres bilatérales. Puis nous avons eu quelques réunions avec des responsables des banques centrales du monde arabe. Nous réalisons quelques avancées et nous tentons d’établir des liens de coopération.

En votre qualité de gouverneur de la Banque centrale, quels sont vos plans pour faciliter les affaires durant les deux prochaines années en Libye ? Quelles sont les tâches majeures auxquelles il faudra s’atteler ?

Comme je l’ai déjà dit, notre tâche principale consiste à renforcer les capacités humaines, une ambition qui nécessite des programmes de formation. C’est une priorité pour nous. Nous devons adapter les meilleures pratiques, et c’est là que se trouve le défi. La Libye est un petit pays comparé à d’autres, et sa population n’est pas nombreuse. L’ancien régime avait adopté un système éducatif obsolète. Nous essayons à présent de redresser tous ces secteurs.

À Davos, la pression a été mise sur la création d’emplois. Que se passe-t-il en Libye à ce niveau ? En tant que pays de transition, vous devrez créer des emplois afin d’engager les jeunes…

C’est vrai, la création d’emplois figure parmi les défis auxquels nous devons faire face actuellement. Notre taux de chômage frôle 80 %. En traçant la voie pour davantage d’investissements du secteur privé, nous espérons que ce dernier pourra afficher des chiffres d’affaires acceptables et créer ainsi plus d’emplois pour les Libyens. Mais cela reste un problème à résoudre et il nous faut trouver le meilleur moyen de fournir du travail aux citoyens, et surtout aux jeunes.

Quel type de croissance la Banque centrale prévoit-elle en Libye ? Envisagez-vous un plan ou des mesures, comme la réduction des taux d’intérêt, en vue de promouvoir les prêts ?

Comme vous le savez sans doute, nous nous sommes engagés auprès d’entrepreneurs internationaux par des contrats signés bien avant la révolution. Nous nous attendons donc à une croissance de PIB qui oscillera entre 18 et 20 %, ce qui représente un essor important. Nous espérons pouvoir réaliser ces prévisions, d’autant que l’infrastructure demeure faible, ce qui représente un problème auquel nous essayons de remédier.

Il est bien connu que la Libye dépend du secteur pétrolier pour assurer presque toutes ses recettes… Quelles sont ses autres ressources ? D’autres pays du Conseil de coopération du Golfe [CCG] cherchent à diversifier leurs économies. Que fait la Libye à cet égard ?

Comme je l’ai déjà mentionné, nous possédons d’autres ressources dans lesquelles nous pouvons puiser. Nous avons le tourisme, le secteur de la pétrochimie, et d’autres ressources qui ont déjà été découvertes mais non exploitées.

Nous espérons que le secteur privé pourra jouer un rôle important dans notre démarche qui vise à diversifier l’économie. Il ne fait aucun doute que le pétrole et le gaz représentent la base de nos revenus avec un taux allant jusqu’à 95 % de notre PIB. Mais dans cinq ans, nous espérons voir ce taux réduit à 60 % seulement.

Quel est le message que vous voulez transmettre aux investisseurs arabes et étrangers ?

Il faut reconnaître les problèmes de sécurité auxquels nous sommes confrontés, tout en assurant qu’ils ne prennent pas autant d’ampleur que le prétendent certains médias. La Libye est un pays sûr pour les investisseurs, un pays qui regorge d’opportunités. Nous devrions dépenser des milliards de dollars pour construire et améliorer l’infrastructure du pays. Le potentiel existe. Le premier arrivé sera le premier servi !